Estimateur Scope 3 : Immobilier | ciferi
En France, la déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) répond à plusieurs cadres législatifs qui se renforcent progressivement. La...
Cadre réglementaire français
En France, la déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) répond à plusieurs cadres législatifs qui se renforcent progressivement. La Directive sur la Divulgation de Durabilité des Entreprises (CSRD) impose aux entreprises de taille significative une reporting de durabilité alignée sur les Normes Européennes de Reporting de Durabilité (ESRS). Pour les entités françaises, cela signifie que l'ESRS E1, qui couvre les émissions de GES, exige la divulgation des émissions Scope 3 au niveau des catégories matérielles.
La Loi AGEC (Loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) de 2020 et ses décrets d'application ont renforcé les exigences en matière de reporting environnemental. Les articles L. 225-102-1 et suivants du Code de Commerce imposent aux entreprises de plus de 500 salariés une déclaration de performance extra-financière incluant une évaluation des impacts environnementaux. Pour le secteur immobilier, cela inclut explicitement la consommation énergétique et les émissions de GES.
La H3C (Haut Conseil du Commissariat aux Comptes) a publié un avis sur le contrôle des informations de développement durable (avis du 17 novembre 2023). Bien que le commissariat aux comptes ne soit pas responsable de l'assurance complète sur les données Scope 3, la cohérence entre les chiffres d'émissions rapportés et les données opérationnelles (consommation énergétique, volumes de transport) fait partie de la compréhension que le commissaire aux comptes doit acquérir du secteur et de l'entreprise.
L'AMF (Autorité des Marchés Financiers) surveille le reporting de durabilité des sociétés cotées et s'attend à ce que les émissions Scope 3 soient documentées avec transparence quant à la méthodologie utilisée, aux facteurs d'émission appliqués et aux données qui demeurent estimées.
Contexte spécifique à l'immobilier français
Le secteur immobilier français représente environ 44 % des émissions directes de GES nationales (selon le Haut Conseil pour le Climat). Cette part comprend à la fois les émissions liées au chauffage et à la climatisation des bâtiments (Scope 1 et 2 pour les propriétaires/gestionnaires) et une part significative des émissions Scope 3 liées à la construction et la rénovation.
Pour un gestionnaire ou propriétaire immobilier en France, les catégories Scope 3 les plus matérielles sont généralement les suivantes :
Catégorie 1 (Biens et services achetés). Pour la construction et la rénovation, les matériaux de construction (ciment, acier, bois, isolants, menuiseries) généraient en 2023 un facteur d'émission moyen de 0,65 kg CO2e par euro dépensé (basé sur des données EXIOBASE pour le contexte français). Cette catégorie s'avère souvent la plus lourde pour les propriétaires réalisant des travaux importants.
Catégorie 4 (Transport et distribution en amont). Le transport des matériaux depuis les fournisseurs vers les sites de construction ou de rénovation génère des émissions significatives, particulièrement pour les matériaux lourds (béton, carrelage, revêtements). Les facteurs d'émission varient selon le mode : 0,107 kg CO2e par tonne-km pour le transport routier (HGV), 0,028 pour le rail, et 0,016 pour le transport maritime.
Catégorie 9 (Transport et distribution en aval). Bien que moins courant pour l'immobilier pur, cette catégorie s'applique aux sociétés de gestion qui livrent des services ou des biens aux locataires ou utilisateurs finaux.
Catégorie 11 (Utilisation des produits vendus). Pour les propriétaires qui vendent ou louent des biens immobiliers, cette catégorie couvre les émissions associées à l'utilisation d'énergie dans les bâtiments pendant leur cycle de vie. Ce calcul exige une estimation de la consommation énergétique future du bâtiment et s'appuie sur le diagnostic de performance énergétique (DPE) du bien.
Facteurs d'émission applicables en France
Pour les calculs Scope 3, les entités françaises doivent utiliser des facteurs d'émission documentés et traçables. L'ADEME (Agence de la Transition Écologique) publie la Base Empreinte, une compilation de facteurs d'émission spécifiques au contexte français, couvrant les matériaux, l'énergie, les transports et les traitements de déchets. La Base Carbone de l'ADEME reste la référence principale pour les analyses en France.
Pour l'électricité, le facteur d'émission du mix électrique français a baissé de manière significative au cours des deux dernières décennies, passant d'environ 0,100 kg CO2e par kWh en 2012 à 0,043 kg CO2e par kWh en 2023 (données locales basées sur la production nucléaire et hydraulique dominante). Ce facteur très bas rend la consommation électrique française particulièrement efficiente en termes d'émissions comparée aux autres États membres de l'UE.
Pour les matériaux de construction courants, les facteurs d'émission de la Base Carbone ADEME incluent :
Pour le transport de marchandises, l'ADEME fournit des facteurs spécifiques à la distance et au mode. À titre d'exemple, un transport routier sur 500 km en camion de 30 tonnes génère environ 0,054 kg CO2e par tonne-km.
- Ciment (production) : 0,900 kg CO2e par kg
- Acier (production) : 1,700 kg CO2e par kg
- Bois de charpente (production, source France) : 0,200 kg CO2e par kg
- Isolant thermique (laine minérale) : 1,200 kg CO2e par kg
- Tuiles ou ardoise (production) : 0,600 kg CO2e par unité
Attentes en matière de reporting et d'assurance
La H3C s'attend à ce que les commissaires aux comptes, dans le cadre de leur compréhension de l'entité et de son secteur, puissent réconcilier les émissions rapportées avec les données opérationnelles sous-jacentes. Pour une entité immobilière déclarant des émissions Scope 3, cela signifie :
Pour les sociétés cotées ou soumises à la CSRD, une assurance limitée (niveau « raisonnable » selon ISAE 3410) est de plus en plus attendue. Les prestataires d'assurance privilégient la vérification de la traçabilité des données, la cohérence année sur année et la transparence méthodologique plutôt qu'une vérification statistique exhaustive des facteurs d'émission.
- Vérifier que la méthodologie appliquée (spend-based, activity-based, ou hybride) est documentée et cohérente année après année.
- S'assurer que les facteurs d'émission utilisés sont issus de sources reconnues (Base Carbone ADEME, Base Empreinte, ou standards internationaux comme le GHG Protocol).
- Valider que le périmètre Scope 3 inclut les catégories matérielles pour le secteur immobilier (matériaux de construction, transport en amont).
- Évaluer le traitement des données manquantes. Une estimation est acceptable si elle repose sur des proxies raisonnables et est divulguée.
Constats d'inspection et erreurs courantes
Les inspections récentes de la H3C et de l'AMF ont identifié des écarts récurrents dans le reporting Scope 3 au secteur immobilier français :
Plusieurs entités n'intègrent pas les émissions upstream (extraction et transport des matières premières) dans leurs calculs Catégorie 1, ce qui sous-estime le total de 15 % à 25 % selon le mix de matériaux utilisés.
Des gestionnaires immobiliers omettent la Catégorie 11 (utilisation des produits vendus) même lorsqu'ils louent ou vendent des biens neufs ou rénovés. Or, pour un bâtiment tertiaire destiné à la location, cette catégorie peut représenter 70 % des émissions de cycle de vie total.
Des écarts significatifs apparaissent lors de changements de facteurs d'émission entre deux années (par exemple, passage de l'édition 2022 à l'édition 2024 de la Base Empreinte). Ces changements de méthodologie sont rarement expliqués dans les notes méthodologiques, créant une confusion avec les réductions d'émissions réelles.
Des entités confondent la facturation du transport (charge client) avec la responsabilité opérationnelle du transport, ce qui crée des sous-déclarations ou des incohérences dans le périmètre Scope 3.
Utilisation de cet outil pour vos missions immobilières
Cet estimateur Scope 3 pour l'immobilier vous aide à documenter et valider les calculs d'émissions lors de vos missions d'audit ou d'examen d'informations de durabilité. Les étapes suivantes structurent votre approche :
- Identifier les catégories matérielles. Pour une entité immobilière, concentrez-vous d'abord sur la Catégorie 1 (matériaux de construction et services d'entretien), la Catégorie 4 (transport de matériaux en amont), et la Catégorie 11 (utilisation énergétique des bâtiments loués ou vendus).
- Collecter les données d'activité. Rassemblez les factures de fournisseurs (matériaux), les relevés de transport, et les diagnostics de performance énergétique (DPE) pour les bâtiments loués. La traçabilité de ces données sources est essentielle pour l'assurance.
- Appliquer les facteurs d'émission. Utilisez la Base Carbone ADEME ou la Base Empreinte pour les matériaux français. Pour le transport, appliquez les facteurs fournis dans l'outil ci-dessous en fonction du mode (routier, ferroviaire, maritime). Pour l'utilisation énergétique, le facteur d'émission moyen français pour l'électricité (0,043 kg CO2e/kWh) s'applique, ajusté selon la source énergétique réelle (gaz naturel : 0,227 kg CO2e/kWh pour la Catégorie 11).
- Documenter les écarts et limites. Notez les données manquantes et les suppositions appliquées. Par exemple, si vous n'avez pas les détails de transport pour chaque matériau, documentez le recours à un facteur spend-based moyen et indiquez son ordre de grandeur.
- Valider la cohérence année sur année. Vérifiez que les changements d'année à année dans les émissions déclarées reflètent des variations d'activité réelles (augmentation de travaux, changement de fournisseurs) et non un simple changement de méthodologie ou de facteurs d'émission.
Catégories Scope 3 et facteurs d'émission
Catégorie 1 : Biens et services achetés
Description. Émissions provenant de la production jusqu'à la porte d'usine (cradle-to-gate) de biens et services achetés. Pour l'immobilier, cela inclut les matériaux de construction (ciment, acier, bois, isolants), les services d'entretien et de nettoyage, et les services professionnels (architectes, bureaux d'études).
Méthode d'entrée. Dépenses ou spend-based. Montant en euros.
Facteur d'émission par défaut. 0,65 kg CO2e par euro dépensé (moyenne cross-secteur EXIOBASE pour le contexte français). Ce facteur peut être affiné selon le type de bien ou service (matériaux de construction : facteur supérieur ; services administratifs : facteur inférieur).
Catégorie 2 : Biens d'équipement
Description. Émissions provenant de la production de biens d'équipement acquis (machines, outillage, véhicules).
Méthode d'entrée. Dépenses ou spend-based. Montant en euros.
Facteur d'émission par défaut. 0,50 kg CO2e par euro dépensé.
Catégorie 3 : Combustible et activités énergétiques
Description. Émissions liées au combustible et à l'énergie non incluse en Scope 1 ou 2, notamment les pertes en ligne (T&D) associées à l'électricité achetée et la production en amont (well-to-tank) de combustibles.
Méthode d'entrée. Énergie. Unité en kWh.
Facteur d'émission par défaut. 0,025 kg CO2e par kWh (pertes T&D et production upstream, données ADEME 2024).
Catégorie 4 : Transport et distribution en amont
Description. Émissions du transport des biens achetés depuis les fournisseurs vers les installations de l'entité. Pour l'immobilier, cela couvre le transport des matériaux de construction vers les chantiers.
Méthode d'entrée. Transport. Unité en tonne-km.
Facteurs d'émission par mode :
Catégorie 5 : Déchets générés en opérations
Description. Émissions du traitement et de l'élimination des déchets produits par l'entité au cours de ses opérations. Pour l'immobilier, cela inclut les débris de construction, les emballages de matériaux, les déchets de démolition.
Méthode d'entrée. Déchets. Unité en tonnes.
Facteurs d'émission par mode de traitement :
Catégorie 6 : Déplacements professionnels
Description. Émissions des transports de salariés pour activités professionnelles. Pour un gestionnaire immobilier, cela inclut les visites de chantiers, les réunions clients, les inspections de bâtiments.
Méthode d'entrée. Déplacements. Unité en km.
Facteurs d'émission par mode :
Catégorie 7 : Trajets domicile-travail des salariés
Description. Émissions des trajets des salariés entre leur domicile et leur lieu de travail.
Méthode d'entrée. Effectifs. Nombre de salariés.
Facteur d'émission par défaut. 1,28 kg CO2e par salarié par jour ouvré (moyenne d'un mix de modes de transport français). Jours ouvrés par an : 230.
Catégorie 8 : Actifs loués en amont
Description. Émissions de l'exploitation d'actifs loués par l'entité et qui ne sont pas inclus en Scope 1 ou 2 (par exemple, une succursale de bureau louée, une flotte de véhicules louée).
Méthode d'entrée. Superficie. Unité en m².
Facteur d'émission par défaut. 50 kg CO2e par m² par an (moyenne bureaux en France).
Catégorie 9 : Transport et distribution en aval
Description. Émissions du transport des produits vendus vers les clients. Pour l'immobilier, cette catégorie s'applique moins fréquemment, sauf pour les entités vendant des matériaux ou des biens immobiliers neufs nécessitant une livraison symbolique.
Méthode d'entrée. Transport. Unité en tonne-km.
Facteurs d'émission (identiques à Catégorie 4) :
Catégorie 11 : Utilisation des produits vendus
Description. Émissions provenant de l'utilisation en aval de biens et services vendus par l'entité. Pour un gestionnaire ou propriétaire immobilier, cette catégorie couvre les émissions énergétiques des bâtiments loués ou vendus pendant leur cycle de vie d'exploitation.
Méthode d'entrée. Utilisation de produit. Unité variable selon le type de bâtiment (par exemple, kWh pour une consommation énergétique estimée, ou années d'exploitation multipliées par une consommation moyenne).
Exemple de calcul pour un immeuble de bureaux loué. Un bâtiment tertiaire de 2 000 m² loué pendant 20 ans avec une consommation énergétique moyenne de 150 kWh/m²/an (mix électricité + gaz naturel) générerait :
- Transport routier (HGV/poids lourd) : 0,107 kg CO2e par tonne-km
- Transport ferroviaire : 0,028 kg CO2e par tonne-km
- Transport maritime : 0,016 kg CO2e par tonne-km
- Transport aérien : 0,602 kg CO2e par tonne-km
- Mise en décharge (landfill) : 586 kg CO2e par tonne
- Incinération (avec récupération d'énergie) : 21,3 kg CO2e par tonne
- Recyclage : 21,3 kg CO2e par tonne
- Compostage : 10,2 kg CO2e par tonne
- Vol court-courrier (< 3 700 km) : 0,156 kg CO2e par passager-km
- Vol long-courrier (> 3 700 km) : 0,195 kg CO2e par passager-km
- Train : 0,035 kg CO2e par passager-km
- Voiture (moyenne) : 0,171 kg CO2e par passager-km
- Transport routier : 0,107 kg CO2e par tonne-km
- Transport ferroviaire : 0,028 kg CO2e par tonne-km
- Transport maritime : 0,016 kg CO2e par tonne-km
- Transport aérien : 0,602 kg CO2e par tonne-km
- Électricité (60 % du mix) : 2 000 × 150 × 0,60 × 20 ans × 0,043 kg CO2e/kWh = 309,6 tonnes CO2e
- Gaz naturel (40 % du mix) : 2 000 × 150 × 0,40 × 20 ans × 0,227 kg CO2e/kWh équivalent = 1 364,4 tonnes CO2e
- Total Catégorie 11 : 1 674 tonnes CO2e pour le cycle de vie du bâtiment
Bonnes pratiques pour le reporting Scope 3 immobilier
Documenter systématiquement la source des données et les facteurs appliqués. Un papier de travail ou un fichier de calcul doit clairement indiquer :
Réconcilier les catégories Scope 3 avec les données opérationnelles. Pour chaque catégorie matérielle, un lien explicite doit exister avec les registres source : factures de fournisseurs (Catégorie 1), contrats de transport (Catégorie 4), relevés énergétiques (Catégorie 11).
Publier une note méthodologique à destination des utilisateurs. Même si ce n'est pas requis par la loi, une brève explication de la méthode, des limites et des changements année sur année renforce la confiance et facilite la vérification lors d'une inspection.
Anticiper l'évolution des facteurs d'émission. La Base Carbone ADEME et la Base Empreinte sont mises à jour régulièrement. Un changement de facteur d'année à année doit être expliqué, sinon il crée l'illusion d'une réduction d'émissions qui n'est que méthodologique.
Examiner les émissions finales au prisme de la matérialité. Une Catégorie 3 (combustible et énergie upstream) représentant 0,5 % des émissions totales Scope 3 peut ne pas mériter des jours de travail d'audit si d'autres catégories sont sensiblement plus élevées et présentent des risques d'erreur significative plus grands.
- La source de chaque facteur d'émission utilisé (Base Carbone ADEME, GHG Protocol, fournisseur spécifique)
- L'année de publication du facteur (les facteurs évoluent année après année)
- La justification du choix entre une approche spend-based et activity-based
- Les données estimées versus les données réelles, avec un indicateur transparent du degré d'incertitude
Liens connexes
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- Materiality Calculator for Sustainability Reporting
- CSRD Compliance Checklist
- GHG Protocol Scope 3 Standard