Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi

Estimez les émissions de gaz à effet de serre conformes au GHG Protocol pour les entités du secteur bancaire et des services financiers. La catégorie...

Aperçu

Estimez les émissions de gaz à effet de serre conformes au GHG Protocol pour les entités du secteur bancaire et des services financiers. La catégorie 15 (investissements) domine l'empreinte carbone du secteur financier, les émissions financées dépassant généralement les émissions opérationnelles d'un facteur de 100 ou plus.

Contexte réglementaire au Luxembourg

Le Luxembourg, en tant que centre financier international majeur, accueille une proportion importante de fonds d'investissement, de sociétés holding et de services financiers. La Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) supervise à la fois les rapports financiers et les divulgations de durabilité pour les entités réglementées.
Avec l'adoption de la Directive Durabilité Entreprises (CSRD) par le Luxembourg, les entités obligatoires doivent désormais rapporter les émissions Scope 3 conformément aux Normes Européennes de Rapports de Durabilité (ESRS E1-6). Pour les fonds d'investissement, cela comprend la divulgation des émissions financées (Catégorie 15) comme élément clé de l'exposition au risque climatique.
La CSSF s'attend à ce que les institutions financières évaluent les risques climatiques liés au portefeuille d'investissements, ce qui nécessite une compréhension approfondie des émissions finançées. Bien que la CSSF ne prescrive pas un format spécifique de rapports Scope 3, elle exige que les entités comprennent leur exposition aux émissions du portefeuille.

Cadre de rapports au Luxembourg

Les entités luxembourgeoises rapportant les émissions Scope 3 doivent utiliser les facteurs d'émission définis par le GHG Protocol comme source primaire. Pour les activités basées en Europe, les facteurs d'émission des agences gouvernementales nationales et des bases de données régionales (telles que DEFRA pour le Royaume-Uni, ProBas pour l'Allemagne) constituent les points de départ appropriés.
Pour les fonds d'investissement luxembourgeois, le calcul des émissions financées utilise généralement la norme PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials). Cette approche convertit les données d'investissement en émissions du portefeuille par le biais de facteurs d'émission basés sur les dépenses ou les données d'intensité d'émission des entreprises financées.

Catégories applicables au secteur bancaire et financier

Pour les institutions financières et les sociétés de gestion d'actifs, les catégories Scope 3 les plus matérielles sont généralement les suivantes :
Catégorie 1 : Biens et services achetés. Les émissions des fournisseurs directs de services opérationnels (informatique, immobilier, services professionnels).
Catégorie 3 : Activités liées au combustible et à l'énergie. Les émissions en amont de l'électricité achetée, les pertes de transmission et de distribution.
Catégorie 6 : Déplacements professionnels. Les émissions des vols d'affaires, transports ferroviaires et déplacements en voiture pour les réunions clients et le développement commercial.
Catégorie 7 : Navette des salariés. Les émissions des trajets domicile-travail des collaborateurs.
Catégorie 15 : Investissements. Les émissions des sociétés financées par le portefeuille d'investissements de l'institution. Pour les gestionnaires de fonds et les banques d'investissement, c'est généralement la catégorie dominante, représentant 95% ou plus des émissions Scope 3 totales.

Calcul des émissions financées (Catégorie 15)

Pour les entités financières luxembourgeoises, le calcul des émissions financées suit généralement cette approche :
Étape 1 : Définir le périmètre du portefeuille. Identifier toutes les positions d'investissement (actions, obligations, prêts) qui seront incluses dans le calcul. La limite de matérialité varie selon la politique de l'entité, mais les portefeuilles couvrant 75% à 90% des actifs sous gestion sont courants.
Étape 2 : Collecter les données des entreprises financées. Pour chaque investissement, obtenir les données d'émissions de l'entreprise financée : Scope 1, Scope 2 (optionnellement Scope 3 si disponibles). Lorsque les données directes ne sont pas disponibles, utiliser des données de proxy basées sur l'intensité sectorielle.
Documentation : maintenir un registre des sources de données pour chaque entreprise financée (rapports de développement durable publiés, bases de données de fournisseurs (Refinitiv, Bloomberg), estimations par secteur et taille).
Étape 3 : Attribuer les émissions au portefeuille. Pour chaque position d'investissement, calculer la part attribuée à cette position en utilisant l'une des trois méthodologies PCAF : Ownership Approach (actions), Loan Approach (prêts), ou IPO Approach (obligations). La formule générale est :
Émissions attribuées = Émissions de l'entreprise × (Investissement / Capitalisation de l'entreprise)
Pour exemple, Banque Ardennes S.A., basée à Luxembourg, gère un portefeuille de 500 M EUR comprenant 120 M EUR d'actions dans Luxembourg Mining Industries S.A., une entreprise d'extraction de lignite. Les émissions Scope 1+2 déclarées par Luxembourg Mining Industries pour l'exercice sont de 250 000 tonnes CO2e. La capitalisation boursière de Luxembourg Mining Industries est de 1,2 Md EUR.
Émissions attribuées = 250 000 × (120 / 1 200) = 25 000 tonnes CO2e
Documentation : créer une feuille de calcul récapitulative listant chaque position, l'entreprise financée, les émissions de l'entreprise, la méthodologie d'attribution utilisée et les émissions attribuées.
Étape 4 : Calculer l'intensité carbone du portefeuille. Diviser les émissions totales attribuées par l'actif net du portefeuille.
Intensité = Émissions totales du portefeuille / Actif net gestion
Pour Banque Ardennes : si les émissions attribuées totales à travers tout le portefeuille sont 180 000 tonnes CO2e et l'actif net sous gestion est 500 M EUR, l'intensité carbone est de 0,36 tonnes CO2e par million d'EUR investis.
Documentation : rapporter l'intensité carbone du portefeuille aux régulateurs et aux actionnaires. Comparer avec les années précédentes et les indices de référence sectoriels pour démontrer la cohérence ou les changements méthodologiques.

Données et facteurs d'émission

Pour les émissions opérationnelles (Catégories 1, 3, 6, 7), utiliser les facteurs d'émission suivants comme points de départ :
Catégorie 1 (Biens et services achetés) : Les facteurs varient considérablement par secteur. Un facteur moyen EXIOBASE de 0,42 kg CO2e par EUR dépensé convient pour une première estimation. Affiner en utilisant les données d'émission spécifiques des fournisseurs majeurs lorsqu'elles sont disponibles.
Catégorie 3 (Activités liées au combustible et à l'énergie) : Pour l'électricité achetée en Europe continentale, utiliser un facteur d'environ 0,32 kg CO2e par kWh (moyenne UE). Le Luxembourg dispose d'une électricité plus décarbonée via ses interconnexions avec la France et l'Allemagne. Le facteur basé sur la localisation peut être plus bas avec des tarifs d'énergie renouvelable documentés.
Catégorie 6 (Déplacements professionnels) : Utiliser 0,156 kg CO2e par km passager pour les vols court-courrier (< 3 700 km) et 0,195 kg CO2e par km pour les vols long-courrier (> 3 700 km). Pour les trajets ferroviaires en Europe, utiliser 0,035 kg CO2e par km passager.
Catégorie 7 (Navette des salariés) : Un facteur moyen de 1,28 kg CO2e par employé et par jour ouvrable pour un mix modal représentatif (voiture, transports publics, vélo, télétravail) convient pour une estimation initiale.

Attentes en matière de contrôle pour les réviseurs

La CSSF et l'Institut des Réviseurs d'Entreprises au Luxembourg (IRE) s'attendent à ce que les réviseurs exerçant un contrôle sur les divulgations Scope 3 examinent :
Complétude des catégories : Vérifier que l'entité a identifié toutes les catégories Scope 3 matérielles. Les décisions de matérialité doivent être documentées. Vérifier que les catégories exclues sont justifiées (exemple : une banque sans portefeuille de financement d'énergie fossile peut exclure une catégorie spécifique, mais cette décision doit être documentée).
Cohérence des facteurs d'émission : Les sources de facteurs (GHG Protocol, DEFRA, ProBas, PCAF pour les émissions financées) doivent être documentées et appliquées uniformément. Comparaison année sur année : si le facteur change, documenter le changement et son impact sur les estimations.
Traçabilité des données : Pour les estimations par le biais de dépenses (Catégories 1, 15), vérifier que les montants de dépenses ou d'investissements utilisés peuvent être tracés jusqu'aux registres comptables sous-jacents ou aux états financiers.
Divulgation d'incertitude : L'entité doit indiquer quelle part des émissions Scope 3 est basée sur des données réelles par rapport aux données estimées. La CSSF s'attend à ce que cette distinction soit claire dans les notes aux rapports de durabilité.

Erreurs courantes dans les rapports Scope 3 bancaires

Basées sur les attentes de contrôle énoncées par les organismes de surveillance et les associations professionnelles :
Émissions financées non alignées avec les données comptables : L'entité rapporte des émissions financées (Catégorie 15) sans pouvoir tracer les montants investis aux lignes de bilan ou du compte de résultat. Vérifier la réconciliation entre les données du portefeuille d'investissements utilisées pour les calculs de Scope 3 et les données publiées dans les comptes annuels.
Changements méthodologiques non divulgués : Une institution financière change de fournisseur de données d'émission ou ajuste sa méthodologie d'attribution (par exemple, passage de l'approche Propriété à l'approche Prêt pour les portefeuilles de crédit) sans divulguer l'impact du changement sur les chiffres rapportés. Les mouvements année sur année doivent être expliqués, avec clarté sur ce qui est dû à des réductions réelles d'émissions par rapport aux changements méthodologiques.
Facteurs d'émission obsolètes ou géographiquement non pertinents : Utiliser des facteurs d'émission régionaux (par exemple, facteurs allemands) pour des émissions génératrices de revenus au Royaume-Uni. S'assurer que les facteurs reflètent le contexte géographique et sont à jour pour l'année de rapports.
Limites de matérialité appliquées de manière incohérente : Les institutions financières excluent du calcul des positions d'investissements sous une certaine taille sans expliquer comment cette limite de matérialité a été établie ou comment elle a changé d'une période à l'autre.
Données de proxy non justifiées pour les émissions financées : Lorsque les données d'émissions directes ne sont pas disponibles pour une entreprise financée, utiliser des données de proxy d'intensité sectorielle. Documenter la source du facteur de proxy et le pourcentage du portefeuille pour lequel des données proxy ont été utilisées. Une divulgation de 100% de facteurs de proxy sans explication de la raison pour laquelle les données directes n'étaient pas disponibles déclenchera généralement un commentaire de réviseur.

Références et ressources

GHG Protocol Corporate Standard : Le cadre fondamental pour la délimitation et le calcul des émissions Scope 1, 2 et 3. Disponible gratuitement auprès du GHG Protocol Initiative.
GHG Protocol Scope 3 Calculation Guidance : Lignes directrices détaillées pour chacune des 15 catégories Scope 3, y compris les formules et les sources de facteurs d'émission.
Partnership for Carbon Accounting Financials (PCAF) : Standard spécialisé pour calculer les émissions financées associées aux portefeuilles d'investissements. Les banques et les gestionnaires de fonds utilisent PCAF pour rapporter la Catégorie 15 avec des méthodologies harmonisées.
DEFRA Emission Factors 2024 : Base de données gouvernementale du Royaume-Uni pour les facteurs d'émission Scope 1, 2 et 3. Les facteurs de dépenses par secteur (tableau 13) et les facteurs d'activité (combustible, transport, déchets) sont régulièrement mis à jour.
UBA ProBas Database : Base de données de l'Agence fédérale allemande pour l'environnement (Umweltbundesamt) contenant plus de 8 000 ensembles de données de processus couvrant l'énergie, le transport, les matériaux et le traitement des déchets pour le contexte allemand et européen.
CSSF Guidance on Climate Risk and Sustainability Reporting : Circulaires et attentes publiées par la Commission de Surveillance du Secteur Financier pour les institutions financières rapportant des risques climatiques et des métriques de durabilité.
---