Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi
Le cadre de reporting d'émissions en France repose sur deux piliers : la directive européenne sur le reporting de durabilité (CSRD) et la législation...
Contexte réglementaire français
Le cadre de reporting d'émissions en France repose sur deux piliers : la directive européenne sur le reporting de durabilité (CSRD) et la législation française de transposition. La loi DDADUE (2025) intègre désormais l'assurance de conformité aux normes de durabilité dans le régime légal français. Les entités assujetties à la CSRD doivent reporter leurs émissions Scope 3 conformément aux normes ESRS E1-6, qui exigent la divulgation des émissions brutes Scope 3 ventilées par catégorie matérielle.
L'Autorité des Marchés Financiers (AMF) supervise les sociétés cotées et exige la cohérence avec les recommandations de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD). Les entités de grande taille non cotées relevant du champ d'application de la CSRD doivent se conformer aux mêmes exigences de reporting.
La H3C (Haut Conseil du Commissariat aux Comptes), autorité indépendante, supervise la qualité de l'audit en France. Ses examens d'audit ont relevé des insuffisances chroniques dans la documentation méthodologique des procédures analytiques appliquées aux estimations d'émissions Scope 3.
Sources de facteurs d'émission pour la France
La France bénéficie de données d'émission officielles détaillées publiées par plusieurs autorités publiques. L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME) maintient la base de données des facteurs d'émission officiels français, disponible gratuitement sur sa plateforme Bilans GES. Cette base couvre l'ensemble des catégories Scope 3.
Pour l'électricité, le facteur d'émission du réseau français est d'environ 0,040 kg CO2e par kWh (sur la base de la localisation, données ADEME 2024). Ce facteur exceptionnellement bas reflète la dominance du nucléaire dans le mix électrique français (71 % en 2023). Pour les catégories Scope 3 impliquant la consommation d'électricité en amont ou en aval, utiliser le facteur de localisation française plutôt qu'un facteur européen moyen surestimerait significativement les émissions.
Pour le transport, l'ADEME fournit des facteurs spécifiques par mode (route, fer, maritime, aérien) et par type de véhicule. Le transport routier émet environ 0,107 kg CO2e par tonne-kilomètre, conforme aux données disponibles internationalement, mais les données ferroviaires françaises sont nettement plus basses que les moyennes européennes en raison du réseau électrifié et de la part élevée d'électricité bas-carbone.
Pour les achats de biens et services (catégorie 1), l'ADEME publie des facteurs spécifiques par code NAF (nomenclature d'activités française), permettant aux entités de convertir les dépenses d'achat en émissions estimées. Ces facteurs sont plus précis que les facteurs génériques européens pour le contexte français.
Guidance pratique pour le contexte français
Les entités françaises estimant leurs émissions Scope 3 doivent utiliser les facteurs de conversion ADEME comme source primaire pour les activités basées en France. Pour la catégorie 1 (achats de biens et services), les facteurs spécifiques par secteur d'activité de l'ADEME fournissent l'intensité d'émissions en kg CO2e par euro de dépense. Pour une estimation de qualité supérieure, basculer vers les facteurs basés sur l'activité : kWh pour l'énergie, tonne-km pour le transport, tonnes pour les déchets.
Le facteur d'émission de l'électricité française pour 2024 est d'environ 0,040 kg CO2e par kWh (localisation), ce qui est pertinent pour la catégorie 3 (émissions amont liées à l'énergie) et pour l'estimation de la catégorie 11 quand les produits vendus consomment de l'électricité en usage.
Pour les déplacements professionnels (catégorie 6), les facteurs d'émission de l'ADEME incluent des valeurs distinctes pour les vols domestiques, court-courrier et long-courrier par classe de cabine, avec et sans forçage radiatif. Pour le trajet domicile-travail (catégorie 7), utiliser les données de l'Enquête nationale Transports et Déplacements (ENTD) du ministère de la Transition Écologique pour les distances moyennes et les répartitions modales par région.
Pour les déchets (catégorie 5), les facteurs d'émission ADEME couvrent le stockage (avec et sans capture de méthane), l'incinération (avec et sans récupération d'énergie), le compostage et le recyclage.
Attentes d'audit en France
Les prestataires d'assurance français effectuant un audit limité sur les divulgations GES conformément à la NEP 3402 (équivalent français d'ISAE 3402) ou aux normes de travaux d'assurance concentrent leur attention sur la cohérence méthodologique, la documentation de la source des facteurs et l'exhaustivité des limites du périmètre.
La H3C a relevé, lors de ses examens thématiques, que plusieurs entités françaises divulguent des chiffres Scope 3 sans expliquer quelles catégories étaient incluses ou exclues de la figure rapportée, quelles méthodes avaient été utilisées, ou comment les lacunes en données avaient été traitées. La H3C attend que les entités divulguent le pourcentage d'émissions Scope 3 basé sur des données réelles par rapport aux données estimées, et qu'elles expliquent les variations d'année en année.
Pour les entités françaises reportant à la fois sous le régime français et sous ESRS (via la CSRD), le rapprochement entre les deux cadres est attendu. Vérifier que les chiffres d'émissions rapportés sont cohérents d'un rapport à l'autre, ou documenté les différences méthodologiques qui les expliquent.
Exemple pratique : Évaluation Scope 3 d'une PME manufacturière française
Considérons Ateliers Beaumont S.A.R.L., fabricant de composants métallurgiques basé à Toulouse, avec un chiffre d'affaires de 12 M EUR et 85 salariés. L'entité a calculé ses émissions Scope 3 de la façon suivante :
Catégorie 1 (Biens et services achetés) :
Dépenses annuelles d'achat de matières premières et sous-traitance : 6 500 000 EUR. L'entité a appliqué le facteur ADEME pour la activité « Fabrication de produits métallurgiques » (0,38 kg CO2e par EUR) et a obtenu une estimation de 2 470 tonnes CO2e par an. Note : L'entité a créé un fichier XLSX isolant chaque catégorie d'achat (acier, alliages, services techniques, transport) et appliquant des facteurs spécifiques au secteur NAF de chaque fournisseur principal, ce qui a affiné l'estimation initiale de +/- 8 %. Le commissaire aux comptes a vérifié que le fichier de soutien mapait chaque grande dépense d'achat à un fournisseur spécifique et un facteur justifié.
Catégorie 3 (Activités liées au combustible et à l'énergie) :
Consommation d'électricité annuelle : 520 MWh (acheminées via le réseau français). Facteur ADEME localisation : 0,040 kg CO2e par kWh = 20,8 tonnes CO2e. Consommation de gaz naturel pour le chauffage : 185 MWh. Facteur ADEME : 0,206 kg CO2e par kWh = 38,1 tonnes CO2e. Émissions amont totales catégorie 3 : 58,9 tonnes CO2e. Note : Les données mensuelles de consommation d'électricité et de gaz ont été extraites des factures du fournisseur d'énergie, ce qui a éliminé le besoin d'estimer sur la base du bâtiment ou des postes de travail. Le commissaire aux comptes a vérifié le rapprochement entre les factures d'énergie mensuelles et la consommation totale annuelle déclarée.
Catégorie 6 (Déplacements professionnels) :
Vol France-Allemagne (aller-retour) pour trois collaborateurs, six fois par an : 18 allers-retours à 800 km par vol. Facteur ADEME court-courrier : 0,128 kg CO2e par km passager = 1 843 tonnes CO2e. Note : L'entité a créé un registre de déplacements professionnels à partir des justificatifs de remboursement (billets d'avion), qui a fourni des données réelles au lieu d'estimations. Le commissaire aux comptes a rapproché un échantillon de factures de billets d'avion avec les distances et émissions déclarées.
Catégorie 7 (Trajets domicile-travail des salariés) :
85 salariés en moyenne, 230 jours de travail par an. Selon les données de l'ENTD, le trajet domicile-travail moyen dans la région Occitanie est de 14,2 km par jour, avec un mix modal moyen (65 % automobile, 20 % transports publics, 15 % deux-roues/marche). Facteur ADEME moyen mixte : 0,168 kg CO2e par km passager. Émission annuelle : 85 × 230 × 14,2 × 0,168 = 467 tonnes CO2e. Note : L'entité n'a pas mené d'enquête interne sur les modes de transport réels des salariés, mais elle a documenté l'hypothèse ENTD utilisée et a noté qu'une amélioration pourrait consister à réaliser un sondage annuel interne pour affiner le mix modal. Le commissaire aux comptes a accepté l'hypothèse ENTD comme point de départ raisonnable, mais a signalé que si le nombre de salariés en télétravail augmentait, le calcul devrait refléter le nombre réel de jours travaillés sur site.
Émissions Scope 3 totales : 2 470 + 58,9 + 1,843 + 467 = 4 839,7 tonnes CO2e par an.
L'entité a documenté chaque hypothèse, chaque facteur utilisé, et la source des données ou facteurs appliqués. Le commissaire aux comptes a examiné le périmètre déclaré pour s'assurer que les 15 catégories GHG Protocol avaient été évaluées, que les catégories matérielles avaient été incluses, et que les catégories non matérielles avaient été justifiées comme exclues du rapport.
Constats d'audit couramment observés en France
Les examens de la H3C révèlent que plusieurs entités françaises reportant des émissions Scope 3 omettent des catégories entières sans justification documentée, particulièrement les catégories amont (catégories 1-3) où une estimation même grossière aurait été pertinente.
Les prestataires d'assurance opérant sous NEP 3402 ont noté que les entités omettent fréquemment les émissions amont du transport de marchandises (catégorie 4) ou supposent à tort que le transport est inclus dans le facteur d'émission ADEME pour les achats (catégorie 1). Ces deux catégories sont distinctes : la catégorie 1 couvre la production des biens achetés ; la catégorie 4 couvre le transport de ces biens du fournisseur vers les locaux de l'entité.
Une autre erreur courante consiste à appliquer un facteur d'émission électricité européen moyen (0,350 kg CO2e par kWh) au lieu du facteur français spécifique (0,040 kg CO2e par kWh). Cette substitution surestime les émissions d'un facteur dix. L'entité doit utiliser le facteur de localisation applicable à la zone géographique où la consommation a réellement eu lieu.
Certaines entités appliquent les facteurs ADEME de manière mécanique sans ajuster pour le type de fournisseur ou l'industrie réelle. Le facteur ADEME pour « achats génériques » (0,42 kg CO2e par EUR) ne reflète pas les profils d'émission spécifiques du secteur. Un fabricant de composants électroniques achetant principalement auprès de fournisseurs de circuits intégrés (facteur secteur NAF spécifique plus bas) surestimerait s'il appliquait le facteur générique.
Lien vers l'outil d'estimation Scope 3 ciferi
L'Estimateur d'Émissions Scope 3 ciferi guide les auditeurs et les praticiens à travers les 15 catégories GHG Protocol, applique automatiquement les facteurs d'émission ADEME pour la France, et produit des documents de travail exportables sous format Excel prêts pour la revue et la signature. L'outil accepte les entrées en EUR et convertit automatiquement les devises si des dépenses transfrontalières sont incluses.
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