Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi

L'Australie occupe une position unique dans le paysage international des émissions de gaz à effet de serre. En tant que producteur majeur de charbon et...

Vue d'ensemble

L'Australie occupe une position unique dans le paysage international des émissions de gaz à effet de serre. En tant que producteur majeur de charbon et de gaz naturel, et économie largement tributaire de l'agriculture et de l'extraction minière, le pays fait face à des exigences croissantes de divulgation des émissions Scope 3. Les entités australiennes exportatrices de matières premières doivent rendre compte non seulement de leurs propres émissions, mais aussi des émissions générées par le transport international de leurs produits et par leur chaîne d'approvisionnement en amont.
Le cadre de divulgation australien combine des exigences fédérales (Australian Securities Exchange, ASX), des obligations de droit commun appliquées par les régulateurs des marchés de capitaux, et une adoption croissante des normes de durabilité élaborées par l'International Sustainability Standards Board (ISSB). Pour les entités sujettes à la Corporations Act 2001, la divulgation climatique alignée sur les recommandations de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) devient progressivement obligatoire. Les entités australiennes qui opèrent en tant que filiales ou partenaires de sociétés-mères domiciliées dans l'UE et soumises à la directive CSRD doivent produire des données Scope 3 conformes aux normes ESRS, indépendamment de leurs propres obligations australiennes.

Contexte réglementaire

L'Australian Securities Exchange (ASX) a publié des recommandations obligatoires de divulgation climatique applicables aux sociétés cotées depuis janvier 2021, avec des exigences de transition accrue vers une divulgation TCFD complète. Ces recommandations couvrent les risques climatiques liés à la transition énergétique et aux impacts physiques du changement climatique. Bien que le cadre ASX ne prescrive pas spécifiquement la déclaration Scope 3, il exige que les entités divulguent les catégories de risques climatiques matériels, ce qui inclut souvent le Scope 3 pour les secteurs à forte intensité d'émissions.
L'Australian Prudential Regulation Authority (APRA) a publié la Declaration on Climate Risk pour les institutions financières, exigeant une évaluation des risques climatiques de transition et physiques. Pour les banques et les assureurs, cela implique d'évaluer les émissions financées (une forme de Scope 3 pour les prêteurs et les investisseurs).
Le Department of Climate Change, Energy, Environment and Water (DCCEEW) publie les facteurs d'émission nationaux australiens par le biais du National Greenhouse Accounts (NGA). Le NGA Factors Database contient des facteurs d'émission basés sur l'activité pour la combustion de carburants, l'électricité, les transports et les déchets, spécifiques au contexte australien. Pour le secteur agricole, les facteurs d'émission du DCCEEW incluent les émissions de méthane du bétail, les émissions de protoxyde d'azote des sols et les émissions liées à l'utilisation de carburant agricole.
Le Department of Industry, Science and Resources administre le Climate Active program, un programme volontaire de certification d'émissions neutres en carbone qui utilise le Protocole des gaz à effet de serre (GHG Protocol). Le programme Climate Active exige que les entités certifiées mesurent les trois catégories de Scope (1, 2 et 3) et fournissent des facteurs d'émission détaillés pour justifier leurs déclarations de neutralité carbone.

Orientations pratiques

Les entités australiennes estimant leurs émissions Scope 3 doivent commencer par le NGA Factors Database du DCCEEW comme source primaire de facteurs d'émission pour les activités en Australie. Pour la Catégorie 1 (biens et services achetés), le DCCEEW fournit des facteurs d'émission basés sur les dépenses par secteur d'activité. Pour une meilleure précision, utiliser des facteurs basés sur l'activité physique : kilowatt-heures pour l'énergie, tonnes pour les matériaux, kilomètres-tonnes pour le transport.
Pour l'électricité, le facteur d'émission de la grille australienne varie considérablement selon les États-provinces en raison des différences dans les mix énergétiques. Le Queensland, qui dépend largement du charbon, a un facteur d'émission plus élevé (environ 0,78 kg CO2e par kWh en 2023) que la Tasmanie ou l'Australie du Sud, qui s'appuient davantage sur les énergies renouvelables (environ 0,15 kg CO2e/kWh). Les entités opérant dans plusieurs États-provinces doivent appliquer le facteur spécifique à chaque région où leurs activités se déroulent.
Pour le transport en amont (Catégorie 4), le NGA Factors Database fournit des facteurs d'émission pour le transport routier par poids lourd (0,108 kg CO2e/tonne-km), le transport ferroviaire (0,022 kg CO2e/tonne-km), et le transport maritime (0,015 kg CO2e/tonne-km). Pour le fret aérien international, les facteurs publiés par le DCCEEW incluent les émissions radiatives forçantes (RFI), ce qui augmente l'impact climatique apparent du transport aérien de 2 à 3 fois par rapport au dioxyde de carbone seul.
Pour les voyages d'affaires (Catégorie 6), le NGA Factors Database fournit des facteurs pour les vols intérieurs australiens courts et moyens, ainsi que pour les vols internationaux par classe de cabine. Pour les trajets domicile-travail des employés (Catégorie 7), l'Australian Bureau of Statistics publie les données de l'Household Travel Survey, qui fournit les distances moyennes et la répartition des modes de transport par région géographique et par groupe socio-économique.
Pour les déchets (Catégorie 5), le DCCEEW fournit des facteurs d'émission pour l'enfouissement (avec et sans capture de méthane), l'incinération (avec et sans récupération d'énergie), le compostage et le recyclage. Le taux de capture de méthane dans les décharges australiennes varie selon l'État-province et l'ancienneté du site, la plupart des installations modernes capturant au minimum 60 à 70 % du méthane généré.

Attentes d'assurance

Les prestataires d'assurance australiens effectuant une assurance limitée sur les divulgations GHG en vertu de l'ISAE 3410 ou de l'ISAE 3000 (Révisé) se concentrent sur la cohérence méthodologique, la documentation des sources de facteurs et l'exhaustivité des limites de reporting. Pour les entités australiennes soumises au cadre ASX, l'attente croissante est que les déclarations Scope 3 spécifient clairement les catégories incluses ou exclues, expliquent les méthodes utilisées, justifient les écarts de données, et fournissent un rapprochement année sur année des variations significatives.
Pour les entités australiennes qui sont des filiales de sociétés-mères européennes soumises à la CSRD, le rapprochement entre le cadre ESRS (qui suit les normes ISSB) et le cadre australien est attendu. Les deux cadres exigent la déclaration Scope 3, mais les catégories prioritaires, les seuils de matérialité et les méthodes de consolidation diffèrent. Toute différence matérielle entre les deux rapports doit être expliquée.

Considérations spécifiques au pays

Le mix énergétique australien change rapidement. L'Australie a installé plus de 32 GW de capacité d'énergie solaire et éolienne au cours des cinq dernières années, ce qui réduit progressivement le facteur d'émission de la grille. Pour 2024, le facteur moyen pour l'Australie continentale est d'environ 0,62 kg CO2e par kWh, mais ce chiffre diminuera d'environ 0,03 kg CO2e/kWh par an à mesure que les centrales au charbon sont fermées selon le programme de retraite du gouvernement.
La production agricole australienne (bovins de boucherie, produits laitiers, laine) génère des émissions de méthane entérique et de protoxyde d'azote des sols qui sont significatives au niveau national. Les entités du secteur agroalimentaire doivent utiliser les facteurs d'émission du NGA spécifiques aux émissions agricoles pour la Catégorie 1 (achats de fourrage) et la Catégorie 11 (utilisation des produits agricoles vendus).
L'Australie produit environ 490 millions de tonnes de charbon par an, dont 70 % sont exportées. Pour les entreprises minières australiennes, la Catégorie 4 (transports en amont) est dominée par le transport maritime international vers les ports de charge. Le facteur d'émission du transport maritime, y compris les émissions portuaires, doit être appliqué au poids total du charbon exporté.
Le programme Climate Active du Department of Industry, Science and Resources exige que les entités certifiées déclarent l'incertitude de leurs calculs d'émissions. Les facteurs d'émission les plus incertains en Australie sont les émissions non énergétiques des activités agricoles et les facteurs basés sur les dépenses pour les catégories d'approvisionnement hautement spécialisées (chimie fine, équipements de technologie). Les entités doivent documenter les sources de données et les hypothèses pour permettre aux auditeurs d'évaluer la fiabilité des estimations.

Questions fréquemment posées

Le cadre ASX exige-t-il la divulgation Scope 3 pour les entités australiennes ?
Non. Les recommandations de divulgation climatique de l'ASX n'imposent pas spécifiquement la divulgation Scope 3, mais elles exigent que les entités divulguent les risques climatiques matériels, ce qui inclut souvent le Scope 3 pour les secteurs à forte intensité de carbone ou ceux avec des chaînes d'approvisionnement longues. Pour les filiales australiennes de sociétés-mères européennes soumises à la CSRD, la divulgation Scope 3 conforme à l'ESRS est obligatoire indépendamment du cadre ASX.
Quels facteurs d'émission utiliser pour l'électricité en Australie ?
Utiliser le facteur d'émission du DCCEEW correspondant à l'État-province où l'électricité est consommée. Pour les entités opérant dans plusieurs États-provinces, appliquer le facteur spécifique à chaque région. Pour 2024, le Queensland est d'environ 0,78 kg CO2e/kWh, la Nouvelle-Galles du Sud environ 0,70 kg CO2e/kWh, et la Tasmanie environ 0,15 kg CO2e/kWh. Ces facteurs changent annuellement à mesure que le mix énergétique se décarbonise.
Comment les émissions radiatives forçantes (RFI) doivent-elles être traitées dans les calculs Scope 3 ?
Le NGA Factors Database du DCCEEW fournit des facteurs d'émission du transport aérien qui incluent l'impact RFI. Lorsque vous déclarez les émissions du transport aérien dans le Scope 3, vous avez le choix entre rapporter le dioxyde de carbone seul ou le dioxyde de carbone plus l'impact RFI. La plupart des prestataires d'assurance et des cadres de rapports TCFD s'attendent à ce que vous utilisiez les facteurs RFI pour le transport aérien, car ils reflètent l'impact climatique réel complet. Si vous déviez du facteur RFI, justifiez ce choix dans votre rapport de divulgation.
Quelles sont les attentes du programme Climate Active concernant les émissions Scope 3 ?
Le programme Climate Active exige que toute entité certifiée « neutre en carbone » mesure l'ensemble des trois catégories d'émissions (Scope 1, 2 et 3) et compense ou neutralise le Scope 3 pour obtenir la certification de neutralité carbone. Pour les entités agricoles, cela signifie mesurer les émissions de méthane entérique et les émissions agricoles directes. Pour les sociétés de négoce et de distribution, cela signifie mesurer la Catégorie 1 (achats) et la Catégorie 4 (transports en amont).
Comment les entités australiennes doivent-elles rapprocher les divulgations Scope 3 entre le cadre ASX et le cadre ESRS ?
Pour les filiales australiennes de sociétés-mères CSRD, créer une matrice de rapprochement qui mappe chaque catégorie ESRS à l'équivalent ASX ou le statut « non applicable ». Les deux cadres exigent le Scope 3, mais l'ESRS définit les matières premières en termes de domaines de double matérialité financière et d'impact, tandis que l'ASX utilise un test de matérialité financière. Les différences doivent être documentées et expliquées.

Constats d'inspection et bonnes pratiques

Les entités australiennes déclarant des émissions Scope 3 sous le cadre Climate Active font face à l'exigence que leurs calculs soient étayés par des documents probants suffisants. Les auditeurs et les prestataires d'assurance en vertu de l'ISAE 3410 se concentrent sur trois domaines clés :
Documentation des facteurs d'émission
Les entités doivent conserver une copie de la source exacte utilisée pour chaque facteur d'émission (numéro de version du NGA Factors Database, date de publication, ou lien vers la source en ligne). Les facteurs doivent être datés de l'année de rapportage ou justifiés si une année antérieure est utilisée.
Cohérence méthodologique d'une année à l'autre
Tout changement de méthodologie, de source de facteur ou de périmètre de rapportage doit être divulgué et rapproché aux données de l'année antérieure pour expliquer l'impact sur les émissions déclarées. Les assureurs rechercheront les changements de facteurs d'émission qui entraînent des variations année sur année sans changements d'activité correspondants.
Séparation entre les données réelles et estimées
Pour chaque catégorie Scope 3, l'entité doit indiquer le pourcentage des émissions déclarées basé sur des données réelles (factures d'achat, relevés d'électricité, rapports de transport) par rapport aux estimations (facteurs basés sur les dépenses, facteurs sectoriels par défaut). Les données estimées supérieures à 30 % d'une catégorie doivent être justifiées.
Frontières de rapportage claires
Tout changement dans le périmètre consolidé (acquisition, cession, changement d'approche de consolidation entre contrôle financier et contrôle opérationnel) doit être documenté et expliqué. Les entités australiennes avec des opérations régionales doivent clairement délimiter les activités incluses et exclues du rapportage Scope 3.
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