Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi

Le Canada n'a pas imposé de divulgation obligatoire des émissions de gaz à effet de serre au niveau fédéral comparable à la CSRD européenne ou aux...

Contexte réglementaire canadien

Le Canada n'a pas imposé de divulgation obligatoire des émissions de gaz à effet de serre au niveau fédéral comparable à la CSRD européenne ou aux exigences britanniques SECR. Cependant, plusieurs leviers réglementaires et de marché façonnent les attentes en matière de rapports Scope 3.
Le gouvernement fédéral canadien a annoncé l'intention de mettre en place une obligation de divulgation climatique alignée sur les normes du Conseil des normes de comptabilité durable (SASB) et du Groupe de travail sur l'information financière relative au climat (TCFD). Les sociétés cotées à la Bourse de Toronto (TSX) avec une capitalisation boursière supérieure à 10 milliards de dollars canadiens doivent actuellement divulguer les risques liés au climat conformément aux recommandations du TCFD, ce qui inclut les émissions Scope 3 lorsqu'elles sont importantes.
Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) publie le Registre national des émissions de polluants (RNEP) et maintient des facteurs d'émission canadiens spécifiques pour la Scope 1 et la Scope 2. Le Protocole des gaz à effet de serre (GES) demeure la méthodologie acceptée pour la Scope 3.

Facteurs d'émission et sources de données

Électricité


Le facteur d'émission de la grille électrique canadienne varie considérablement selon la province, en raison des différentes sources d'énergie. Le Canada dispose de facteurs d'émission détaillés par province publiés par ECCC et par Ressources naturelles Canada (RNCan).
Pour les entités opérant dans plusieurs provinces, appliquer le facteur spécifique à chaque province plutôt qu'une moyenne nationale.

Catégorie 1 : Biens et services achetés


Les données de dépenses par secteur d'activité constituent le point de départ pour les entités sans données d'activité détaillées. Statistique Canada publie les codes SCIAN (Système de classification des industries de l'Amérique du Nord) qui permettent de mapper les dépenses sur les facteurs d'émission. Les facteurs de base (EXIOBASE, US EPA) s'appliquent à défaut de données canadiennes sectorielles précises.

Catégorie 4 et 9 : Transport en amont et en aval


Les facteurs de transport routier pour les poids lourds varient selon le type de carburant et le poids du véhicule. Pour le rail, le facteur d'émission canadien est environ 0,024 kg CO₂e par tonne-km. Le transport maritime suit les facteurs GHG Protocol (environ 0,014 kg CO₂e par tonne-km).
Le transport aérien de marchandises génère environ 0,560 kg CO₂e par tonne-km.

Catégorie 6 : Déplacements professionnels


Pour les vols intérieurs canadiens, utiliser les facteurs spécifiques du GHG Protocol ou ceux publiés par l'Association du transport aérien du Canada (ATAC). Les vols transatlantiques vers l'Europe génèrent environ 0,195 kg CO₂e par passager-km (classe économique, avec forçage radiatif).

Catégorie 7 : Trajets domicile-travail


Le kilométrage moyen quotidien varie selon la région métropolitaine. À Toronto, Montréal et Vancouver, la distance moyenne est d'environ 25 à 35 km par jour ouvrable. Le facteur d'émission moyen (mix de modes) est environ 0,165 kg CO₂e par km de passager.

Catégories 5 et 12 : Déchets

  • Colombie-Britannique : environ 0,050 kg CO₂e par kWh (location-based), grâce à l'hydroélectricité
  • Ontario : environ 0,065 kg CO₂e par kWh (location-based), énergie nucléaire et hydroélectricité
  • Alberta : environ 0,680 kg CO₂e par kWh (location-based), dépendante du charbon et du gaz naturel
  • Québec : environ 0,010 kg CO₂e par kWh (location-based), majoritairement hydroélectricité
  • Enfouissement : 586 kg CO₂e par tonne (incluant l'effet du méthane)
  • Incinération avec récupération d'énergie : 21,3 kg CO₂e par tonne
  • Recyclage : 21,3 kg CO₂e par tonne (facteur canadien moyen)
  • Compostage : 10,2 kg CO₂e par tonne

Attentes en matière d'assurance

Les cabinets d'audit engagés dans une assurance limitée sur les divulgations de GES au Canada font référence à l'ISAE 3410 ou à l'ISAE 3000 (Révisée). Étant donné l'absence actuelle de mandat réglementaire fédéral uniformisé, les attentes en matière d'assurance sont généralement négociées avec les parties prenantes de l'entité.
Pour les sociétés cotées à la TSX, l'assurance limitée sur les émissions Scope 3 doit démontrer :

  • La cohérence méthodologique d'une année sur l'autre (tout changement de méthodologie doit être documenté et expliqué)
  • L'exhaustivité des catégories Scope 3 incluses dans le périmètre de rapports
  • La documentation de la source de chaque facteur d'émission utilisé
  • La documentation des lacunes de données et la manière dont elles ont été traitées
  • Une comparaison année sur année avec explication des variations significatives

Contexte spécifique au Canada

Le Canada s'est engagé à atteindre la carboneutralité d'ici 2050 et à réduire les émissions de GES de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030. Cette trajectoire affecte le facteur d'émission de la grille électrique, qui devrait continuer à diminuer à mesure que les sources de carburant fossile seront progressivement supprimées.
Les entités canadiennes doivent anticiper que les éléments probants pour les émissions Scope 3 seront scrutés plus étroitement à mesure que les exigences de divulgation se durcissent. Une documentation robuste des sources de données, des hypothèses de calcul et des procédures de vérification indépendante est maintenant considérée comme une pratique exemplaire.
Pour les entités multinationales avec des opérations au Canada et en Europe, la conciliation entre les méthodologies CSRD (pour les parents européens) et les cadres canadiens est une attente croissante de la part des assureurs et des parties prenantes.

Questions fréquemment posées

Les émissions Scope 3 sont-elles obligatoires pour les sociétés cotées au Canada ?
Pas actuellement, sauf si l'entité mère est soumise à la CSRD en tant que filiale d'une entité européenne. Toutefois, les sociétés cotées à la TSX avec une capitalisation boursière supérieure à 10 milliards de dollars canadiens doivent divulguer les risques climatiques selon le TCFD, ce qui encourage généralement la divulgation du Scope 3.
Quel facteur d'émission de l'électricité dois-je utiliser pour une entité opérant dans plusieurs provinces ?
Appliquer le facteur spécifique à chaque province. Si une entité consomme 40 % de son électricité en Ontario et 60 % en Alberta, calculer une moyenne pondérée : (0,065 × 0,40) + (0,680 × 0,60) = 0,434 kg CO₂e par kWh.
Comment documenter les données manquantes pour la Scope 3 dans un rapport d'assurance ?
Divulguer la pourcentage des émissions Scope 3 fondé sur des données réelles par rapport aux données estimées. Par exemple : « 65 % de la Catégorie 1 est basé sur des données fournisseur réelles ; 35 % est estimé à l'aide de facteurs de dépense sectoriels génériques. » Justifier ce niveau d'estimation dans le contexte des risques matériels de l'entité.
Les dispositions du traité commercial Canada-États-Unis affectent-elles les rapports Scope 3 ?
Non directement. Cependant, les entités participant aux chaînes d'approvisionnement transfrontalières doivent s'aligner sur les méthodologies acceptées des deux côtés de la frontière. Les facteurs d'émission américains (EPA) et canadiens (ECCC) varient légèrement ; utiliser les données canadiennes pour les activités canadiennes.

Attentes en matière de documentation pour les commissaires aux comptes

Un auditeur examinant les divulgations de GES d'une entité canadienne doit obtenir des éléments probants sur :

  • La sélection et l'application cohérente des facteurs d'émission d'une période à l'autre
  • La complétude du périmètre Scope 3 (toutes les catégories pertinentes ont-elles été identifiées ?)
  • La source documentée de chaque facteur d'émission utilisé (ECCC, EPA, GHG Protocol, données de fournisseurs)
  • Les hypothèses de calcul, notamment les taux de conversion d'énergie et les allocations entre centres de profit
  • Les procédures de réconciliation entre les données de gestion interne et les chiffres déclarés publiquement
  • Les variations année sur année, avec analyse des causes (changements méthodologiques, variations d'activité, améliorations réelles)

Exemple pratique : Société de gestion immobilière montréalaise

Société : Immobilier Laurentien S.E.N.C., gestionnaire de quatre centres commerciaux à Montréal, Gatineau et Toronto. Chiffre d'affaires : 142 M CAD. Émissions Scope 1 (chauffage au gaz naturel) : 4 200 tonnes CO₂e. Émissions Scope 2 (électricité) : 2 100 tonnes CO₂e.
Étape 1 : Identifier les catégories Scope 3 pertinentes. Pour Immobilier Laurentien, les catégories principales sont :
Documentation : mémorandum d'évaluation de matérialité, signature du responsable du projet d'assurance.
Étape 2 : Collecte des données de dépenses. Dépenses annuelles d'entretien et de réparation : 18,5 M CAD. Facteur d'émission pour les services d'entretien (SCIAN 5621: Services de nettoyage) : 0,38 kg CO₂e par dollar dépensé. Calcul : 18,5 × 0,38 = 7,03 tonnes CO₂e pour la Catégorie 1.
Documentation : réconciliation des dépenses avec les dossiers comptables, capture d'écran des facteurs de source EXIOBASE avec date.
Étape 3 : Analyse du transport. Matériaux de construction acheminés par camion depuis Toronto (distance moyenne 500 km). Tonnage annuel estimé : 850 tonnes. Facteur pour camions lourds : 0,107 kg CO₂e par tonne-km. Calcul : 850 × 500 × 0,107 = 45,475 tonnes CO₂e pour la Catégorie 4.
Documentation : manifeste d'expédition échantillonné, lettre de conformation du fournisseur de transport, feuille de calcul d'audit avec sources de facteurs.
Étape 4 : Réconciliation. Total Scope 3 estimé : 52,5 tonnes CO₂e. Variation par rapport à l'année précédente : augmentation de 8 %. Cause documentée : augmentation du tonnage de rénovation due à trois projets majeurs de mise à niveau de toiture.
Conclusion : Les émissions Scope 3 d'Immobilier Laurentien sont conformes aux attentes du GHG Protocol et aux pratiques canadiennes acceptées. La documentation remplit les exigences minimales d'une assurance limitée selon l'ISAE 3000.
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  • Catégorie 1 (services d'entretien et de réparation, fournitures de nettoyage)
  • Catégorie 3 (pertes de transmission amont et facteur d'émission du carburant naturel)
  • Catégorie 4 (transport de matériaux de construction et fournitures)

Étapes de mise en œuvre

Phase 1 : Établir le périmètre


Identifier toutes les catégories de Scope 3 pertinentes pour votre entité. Non toutes les 15 catégories ne s'appliquent à chaque secteur. Une entité de services professionnels peut n'avoir que la Catégorie 6 (déplacements professionnels) et la Catégorie 7 (trajets domicile-travail) de manière significative.

Phase 2 : Sélectionner les facteurs d'émission


Utiliser les facteurs d'émission canadiens (ECCC, RNCan) en priorité pour les activités canadiennes. Pour les catégories où les données canadiennes sont lacunaires, utiliser les facteurs EPA (États-Unis) ou le GHG Protocol (international), en documentant le choix et en notant tout écart de pertinence géographique.

Phase 3 : Collecter les données


Distinguer les données réelles (consommation mesurée, dépenses transactionnelles, distance parcourue) des données estimées (facteurs de dépense sectoriels, facteurs d'émission génériques). Documenter le pourcentage de chacune dans le rapport final.

Phase 4 : Calculer et valider


Appliquer les formules GHG Protocol (Activité × Facteur d'émission = Émissions). Valider les calculs en comparant avec les années précédentes et en expliquant les variations d'au moins 5 %.

Phase 5 : Documenter pour l'assurance


Créer un dossier d'assurance contenant : mémorandum de périmètre, copies des facteurs d'émission avec sources, feuilles de calcul annotées avec les sources de données, lettre de gestion confirmant l'exhaustivité et l'exactitude, procédés-verbaux de revue interne.
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Erreurs courantes dans les rapports Scope 3 canadiens

Erreur 1 : Utiliser un facteur d'émission électrique moyen national


De nombreuses entités appliquent un facteur moyen canadien (environ 0,140 kg CO₂e par kWh) à toutes les opérations. Cela introduit une distorsion significative pour les opérations en Colombie-Britannique (beaucoup plus bas) ou en Alberta (beaucoup plus haut). Utiliser toujours le facteur spécifique à la province.
Exemple d'erreur : Entité avec 60 % de consommation en Alberta et 40 % en Colombie-Britannique utilisant 0,140 au lieu de (0,680 × 0,60) + (0,050 × 0,40) = 0,429. Sous-estimer de 67 %.

Erreur 2 : Omettre les pertes de transmission (Catégorie 3)


Beaucoup d'entités rapportent la Scope 2 pour l'électricité consommée, mais omettent les émissions amont de la production et du transport de cette électricité (Catégorie 3). Ces émissions représentent environ 2 à 4 % de la consommation d'électricité en émissions supplémentaires.

Erreur 3 : Donner comme 100 % réelles les données de Scope 3 basées sur des estimations


Une entité utilisant des facteurs de dépense sectoriels génériques pour la Catégorie 1 et les présentant comme « données réelles » crée une fausse assurance. Toute donnée sans trace back au document source original (facture de fournisseur, bon de commande) est une estimation.

Erreur 4 : Ne pas concilier année sur année


Changer de fournisseur ou de méthodologie sans documenter l'impact peut donner l'impression d'une amélioration (ou d'une dégradation) qui n'est qu'un artefact méthodologique.
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Ressources et outils

Facteurs d'émission :
Orientation :
Outils ciferi :
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  • ECCC Emission Factors Database (données fédérales canadiennes)
  • Ressources naturelles Canada (RNCan) : facteurs de combustible et électricité par province
  • GHG Protocol Corporate Standard (méthodologie)
  • U.S. EPA Emission Factors for Greenhouse Gas Inventories (données supplémentaires pour secteurs sans données canadiennes)
  • Ressources naturelles Canada : Guide de rapports des gaz à effet de serre
  • TSX : Climate Disclosure Handbook for TSX-Listed Companies
  • Association pour la responsabilité environnementale du Canada (AREC) : Guide de divulgation climatique
  • Calculatrice de matérialité (NEP 320)
  • Dossier d'audit analytique de fin de mission (NEP 520)
  • Modèle de lettre de mission pour les missions d'assurance climatique (ISAE 3000)