Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi
La Belgique a transposé la directive CSRD dans son droit national, obligeant environ 800 entités belges à produire des rapports de durabilité conformes...
Cadre réglementaire belge
La Belgique a transposé la directive CSRD dans son droit national, obligeant environ 800 entités belges à produire des rapports de durabilité conformes aux normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Le cadre belge combine les exigences ESRS avec les dispositions existantes de la loi relative aux rapports non-financiers (transposition de la NFRD en 2017), créant une obligation progressive pour les grandes entreprises et les PME de structure complexe.
La Banque Nationale de Belgique (BNB) supervise les institutions financières et certains rapports de durabilité. La Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) exerce un contrôle sur les rapports ESG des entités du secteur financier. Pour les entités de plus de 250 salariés et un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions EUR, la Belgique impose désormais un audit limité sur les données de durabilité (par assurance ISAE 3410 ou ISAE 3000 Révisée), alignant ainsi la Belgique sur les exigences d'assurance de l'UE.
L'Institut des Réviseurs d'Entreprises (IRE en français, IBR en néerlandais) est l'organisme professionnel compétent et accrédite les auditeurs légaux en Belgique. Tout audit des données d'émissions Scope 3 doit être conduit par un réviseur d'entreprises qualifié, soumis aux normes ISA (que la Belgique adopte directement) et aux normes d'assurance ISAE en vigueur.
Contexte réglementaire et facteurs d'émission
La Belgique ne publie pas de facteurs d'émission nationaux au même titre que le Royaume-Uni ou l'Allemagne. Elle s'appuie sur les bases de données internationales suivantes :
Les entités belges transitant du rapportage volontaire au rapportage ESRS doivent recalculer leurs Scope 3 en utilisant les mêmes facteurs année sur année. Tout changement de méthodologie ou de base de données doit être documenté et réconcilié dans le rapport de durabilité.
- DEFRA 2024 (UK DESNZ) : utilisée comme référence première pour les facteurs de combustion des carburants, l'électricité et le transport routier.
- Agora Energiewende / Fraunhofer ISE : pour les facteurs d'émission de la grille électrique belge. Le facteur de localisation 2024 est approximativement 0,285 kg CO2e par kWh, reflétant le mix belge (nucléaire 50%, gaz 25%, renouvelables 20%, charbon 5%).
- Ecoinvent 3.9 : base de données de cycle de vie largement utilisée en Belgique pour les facteurs de produits et matériaux.
- EXIOBASE : pour les facteurs de dépenses ventilés par secteur industriel (Scope 3 Catégorie 1).
- KMI / Institut Royal de Météorologie : pour les données de transport liées au climat belge spécifique.
Orientations pratiques pour la Belgique
Électricité et énergie (Scope 3 Catégorie 3)
Utilisez le facteur de localisation de la grille belge 2024 : approximativement 0,285 kg CO2e par kWh. Ce chiffre reflète le mix énergétique belge, historiquement parmi les plus bas d'Europe grâce à la production nucléaire. Cependant, la Belgique a fermé les réacteurs nucléaires d'Electrabel entre 2022 et 2025, entraînant une augmentation du facteur de grille. Pour les émissions antérieures à 2023, utilisez le facteur publié par Agora pour l'année de rapportage correspondante.
Pour les Scope 3 Catégories impliquant la consommation d'électricité (par exemple, les produits vendus consommant de l'électricité), le facteur de localisation est approprié à moins que vous ayez des données spécifiques sur le mix énergétique du client en aval.
Transport (Scope 3 Catégories 4 et 9)
La Belgique dispose d'une infrastructure ferroviaire dense (SNCB / NMBS) et de corridors de transport routier importants. Pour le transport de marchandises en amont (Catégorie 4) et en aval (Catégorie 9) :
Pour le voyage d'affaires (Catégorie 6), les distances intra-belges et vers les pays limitrophes (Pays-Bas, France, Allemagne, Luxembourg) sont courtes. Utilisez le facteur court-courrier (< 3 700 km) : 0,156 kg CO2e par passager-km, ou décomposez par mode de transport si vous disposez de données de voyage détaillées.
Biens et services achetés (Scope 3 Catégorie 1)
Belgique est un centre logistique et manufacturier majeur. Les entités belges ont souvent un portefeuille fournisseurs diversifié couvrant les chaînes d'approvisionnement mondiales. Pour l'estimation initiale :
Déchets (Scope 3 Catégories 5 et 12)
Belgique a les taux de recyclage les plus élevés d'Europe (>90% pour les déchets de papier et carton). Cependant, les facteurs d'émission du traitement des déchets varient considérablement :
La plupart des déchets belges sont traités par incinération avec récupération d'énergie thermique. Si vos déchets transitent par les installations Suez, Veolia ou Van Gansewinkel, vous pouvez demander des données spécifiques aux installations, qui supplantent les facteurs génériques.
- Transport routier (HGV) : 0,107 kg CO2e par tonne-km (DEFRA 2024)
- Transport ferroviaire : 0,028 kg CO2e par tonne-km (électrifié, mix belge)
- Transport maritime : 0,016 kg CO2e par tonne-km (grands navires porte-conteneurs)
- Transport aérien : 0,602 kg CO2e par tonne-km (fret de courrier rapide)
- Utilisez le facteur EXIOBASE par code NACE (nomenclature de l'activité économique belge) : approximativement 0,42 kg CO2e par EUR dépensé en moyenne sur tous les secteurs.
- Pour les fournisseurs spécifiques, demandez les données d'émissions vérifiées. La BNB encourage les entités financières à demander les données Scope 1 et 2 de leurs plus grands fournisseurs comme base pour les Scope 3.
- Pour les matières premières (métaux, minéraux, produits agricoles), les facteurs ecoinvent 3.9 par matériau sont préférables aux facteurs génériques.
- Mise en décharge : 586 kg CO2e par tonne (avec capture de méthane intermittente)
- Incinération avec récupération d'énergie : 21,3 kg CO2e par tonne (le principal itinéraire belge)
- Recyclage (papier/carton) : 21,3 kg CO2e par tonne
- Compostage : 10,2 kg CO2e par tonne
Attentes en matière d'assurance
Les réviseurs d'entreprises belges effectuant une assurance limitée sur les divulgations GHG selon les normes ISAE 3410 ou ISAE 3000 (Révisée) se concentrent sur les aspects suivants :
Méthodologie et cohérence : la documentation doit montrer que la méthodologie GHG Protocol est appliquée, que les limites de rapport sont définies de façon cohérente d'une année sur l'autre, et que tout changement majeur est documenté.
Sourçage des facteurs d'émission : chaque facteur utilisé doit être traçable à sa source (DEFRA, ecoinvent, base de données interne d'un fournisseur vérifiée). Les facteurs génériques par défaut (« 0,42 kg CO2e par EUR ») sont acceptables comme point de départ, mais ils doivent être progressivement remplacés par des facteurs spécifiques à l'activité pour les catégories matérielles.
Exhaustivité des frontières : les auditeurs vérifient que toutes les Catégories Scope 3 applicables à l'entité ont été évaluées. Une omission de Catégories matérielles (par exemple, l'omission de la Catégorie 4 pour une entreprise importatrice) est un constat majeur.
Réconciliation ESRS et données précédentes : si l'entité passait d'un cadre de rapportage volontaire antérieur (tel que le Pacte mondial des Nations unies), les figures ESRS doivent être réconciliées avec les figures précédemment divulguées. Tout écart méthodologique doit être expliqué.
Pourcentage des données estimées vs. réelles : les normes ESRS exigent une divulgation du pourcentage des émissions Scope 3 basées sur des données réelles par rapport aux données estimées. Les assureurs vérifient que cette divulgation est présente et raisonnablement étayée.
Contexte spécifique à la Belgique
La Belgique est fortement intégrée aux chaînes d'approvisionnement du Benelux et de l'UE de l'Ouest. Ses plus grands secteurs générateurs d'émissions Scope 3 sont :
Pour les entités opérant dans le secteur financier ou des fonds d'investissement (domaines importants en Belgique), la Catégorie 15 (Investissements) est souvent matérielle. La BNB s'attend à ce que les institutions financières décomposent les émissions finançées de leurs portefeuilles de prêts et d'investissements par secteur client, fournissant ainsi des données Scope 3 détaillées à leurs clients à titre consultatif.
- Chimie et pharmacie : grandes dépenses en matières premières (Catégorie 1) et transport spécialisé (Catégorie 4).
- Logistique et commerce : port d'Anvers (deuxième port européen), générant des Scope 3 importants pour les clients en aval via le transport et le stockage (Catégories 4 et 9).
- Sidérurgie (ArcelorMittal : siège en Belgique) : émissions de combustion du minerai de fer (Scope 1) et émissions amont du charbon (Scope 3).
- Alimentation et brassage : les brasseries belges font appel à des orges et des houblons importés, générant des Scope 3 Catégorie 1 mesurables.
Questions fréquemment posées
La Belgique exige-t-elle le rapportage Scope 3 pour toutes les entités ?
Non, le rapportage ESRS obligatoire s'applique d'abord aux grandes entités (> 500 salariés, > 250 M EUR de chiffre d'affaires ou > 125 M EUR de total du bilan) depuis janvier 2025. Les PME de plus de 250 salariés ou d'une taille financière intermédiaire seront concernées à partir de janvier 2026. Le rapportage Scope 3 est volontaire pour les petites entités, mais obligatoire dès lors qu'une entité transmet un rapport ESRS.
Quels facteurs d'émission devrions-nous utiliser en priorité ?
Utilisez DEFRA 2024 comme référence par défaut pour les carburants, l'électricité et le transport. Pour les produits et matériaux spécifiques, ecoinvent 3.9 ou les données fournisseur vérifiées sont préférables. Pour les facteurs spécifiques à la Belgique, consultez Agora Energiewende pour les facteurs de grille annuels mises à jour.
Pouvons-nous continuer à utiliser nos facteurs de l'année précédente pour des comparaisons historiques ?
Oui, mais vous devez réconcilier. Si vous passez à de nouveaux facteurs pour l'année en cours, recalculez les années antérieures avec les mêmes facteurs pour assurer la cohérence. Documentez le changement méthodologique dans votre rapport ESRS et dans votre dossier de travail d'audit.
Qu'est-ce que la BNB attend pour les données d'émissions financées ?
Si vous êtes une institution financière, la BNB exige que vous compreniez les émissions finançées de votre portefeuille de prêts et d'investissements. Cela relève de la Catégorie 15 (Investissements) du Scope 3. Demandez à vos clients d'emprunter ou d'investir leurs données Scope 1 et 2 vérifiées. Si elles ne sont pas disponibles, utilisez des facteurs sectoriels PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) pour estimer.
Sommes-nous tenus d'obtenir une assurance sur nos données Scope 3 ?
Oui, si vous êtes une entité de plus de 250 salariés rapportant en vertu d'ESRS. La loi belge exige une assurance limitée (ISAE 3000 Révisée ou ISAE 3410) sur les données de durabilité. Une assurance raisonnable n'est pas actuellement exigée, mais elle peut être commandée volontairement.
Comment gérer les fournisseurs qui refusent de partager les données d'émissions ?
Documentez votre diligence raisonnable (demandes écrites, suivi). Utilisez des facteurs sectoriels EXIOBASE ou ecoinvent comme proxy pour la dépense totale auprès de ce fournisseur. Dans votre rapport ESRS, divulguez le pourcentage de dépenses couvertes par des données réelles et le pourcentage estimé. Les assureurs acceptent cette approche si le processus de demande est démontré.
Constats d'audit international pertinents pour la Belgique
Constats AFM (Pays-Bas, applicable aux entités transfrontalières Benelux) : l'AFM a noté que 40% des entreprises hollandaises divulguaient des figures Scope 3 sans préciser quelles catégories GHG Protocol (sur les 15) étaient incluses ou exclues. Pour la Belgique, s'assurer que chaque divulgation identifie explicitement les catégories matérielles retenues et celles exclues avec justification.
Constats FRC (Royaume-Uni) : l'examen thématique 2023 du FRC a révélé que plusieurs entités déclaraient des diminutions d'émissions Scope 3 année après année sans expliquer les changements méthodologiques. Pour la Belgique, documenter les mouvements d'une année à l'autre (changements de facteurs, changements d'activité, amélioration réelle) dans le dossier de travail d'assurance.
Constat ISAE 3410 pour l'Europe continentale : les assureurs ont observé que les entités omettaient souvent les émissions amont du carburant et de l'électricité (Catégorie 3) pour le Scope 3. Pour les entités belges, inclure explicitement les facteurs amont (well-to-tank, transmission & distribution) dans vos calculs de Scope 3 Catégorie 3.
Outils et calculatrices ciferi pour la Belgique
Le Calculateur de Matérialité Scope 3 (ISA 320) vous aide à déterminer le seuil de matérialité pour les émissions GHG, pour l'évaluation des risques d'audit selon la norme ISA 315. Une fois votre seuil de matérialité établi, utilisez cet estimateur Scope 3 pour projeter les émissions brutes par catégorie, puis déployer des procédures de test pour valider les figures matérielles.
Le Classeur d'assurance ISAE 3410 (Assurance sur les rapports de durabilité) inclut une feuille de planification dédiée à la matérialité GHG et à l'évaluation des catégories Scope 3 matérielles pour votre entité belge. Les procédures d'assurance limitée suivent le modèle de confiance graduée du GHG Protocol : données réelles avec documentation, données estimées avec justification factorielle, et données par proxy en dernier recours.
Méthodologie de cet estimateur
Cet estimateur applique les facteurs d'émission GHG Protocol et les données régionales belges à vos inputs de dépense, distance, volume ou effectif. Les calculs suivent la hiérarchie GHG Protocol :
À mesure que vos données s'améliorent, remplacez progressivement les facteurs génériques par des facteurs spécifiques. Documentez ce glissement vers la précision dans votre rapport ESRS.
Les résultats de cet estimateur sont destinés au planning d'assurance ISAE 3410 et aux procédures analytiques ISA 520. Utilisez-les comme point de départ pour les seuils de test et la stratégie de tests de détail.
---
- Données d'activité réelles (factures fournisseur, kilométrage de transport, registres des déchets)
- Facteurs d'émission spécifiques au fournisseur ou au projet (données vérifiées du fournisseur)
- Facteurs régionaux ou nationaux (DEFRA 2024 pour le Royaume-Uni, Agora pour la Belgique)
- Facteurs génériques sectoriels (EXIOBASE, ecoinvent) comme dernier recours