Estimateur d'émissions Scope 3 | ciferi
Le cadre belge de déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) se situe à l'intersection de la législation nationale, de la directive...
Introduction
Le cadre belge de déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) se situe à l'intersection de la législation nationale, de la directive européenne et des normes internationales de comptabilité carbone. La Belgique, en tant que membre de l'Union européenne, est soumise à la Directive sur la Divulgation de Durabilité des Entreprises (CSRD), qui exige que les grandes entités et les petites et moyennes entreprises (PME) cotées en bourse divulguent leurs émissions Scope 1, Scope 2 et Scope 3 selon les Normes Européennes de Rapport de Durabilité (ESRS E1-6). Contrairement à certains cadres volontaires, la CSRD n'offre pas d'option pour exclure les catégories Scope 3. Les entités visées par la CSRD doivent identifier toutes les catégories matérielles du Protocole GES et divulguer soit les émissions réelles, soit les estimations documentées. Pour les entités belges non soumises à la CSRD, le Protocole GES reste le cadre de référence international, et les estimations Scope 3 s'appuient sur les facteurs d'émission fournis par les autorités belges, européennes ou des bases de données internationales.
Contexte réglementaire
La Belgique n'a pas d'autorité unique de surveillance des émissions. Plusieurs organismes partagent les responsabilités. Le Service Public Fédéral (SPF) Environnement supervise la conformité aux obligations climatiques nationales et aux directives de l'UE, y compris la mise en œuvre de la CSRD et le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (SEQUE ou EU ETS). Pour les entités cotées, la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) exerce une surveillance des divulgations de durabilité liées aux risques financiers. L'Institut des Réviseurs d'Entreprises (IRE/IBR), l'organe d'autorégulation des auditeurs légaux belges, définit les normes de diligence professionnelle pour l'examen limité ou l'assurance raisonnable des rapports de durabilité selon l'ISAE 3410 ou l'ISAE 3000 (Révisé).
La Belgique utilise le système SEQUE pour les installations soumises au plafonnement des émissions (production d'électricité, industrie lourde, aviation). Les données vérifiées du SEQUE constituent une source fiable pour les émissions Scope 1 des participants, qui sont utilisées par leurs chaînes d'approvisionnement pour calculer les émissions Scope 3 de catégorie 1. Cependant, le SEQUE ne s'étend pas à tous les secteurs. Les PME produisant des émissions en dehors du SEQUE doivent compter sur des méthodologies d'estimation.
Bruxelles-Environnement et les régions wallonne et flamande publient des données sur les émissions nationales et régionales, y compris les facteurs d'émission pour l'électricité, les carburants et les modes de transport. Ces facteurs régionaux reflètent le mix énergétique local et la structure de la flotte de transport de chaque région. Le facteur d'émission du réseau belge pour l'électricité varie selon la région : la Flandre, avec ses installations éoliennes offshore significatives, affiche un facteur inférieur à celui de la Wallonie, qui dépend davantage des importations d'électricité et des centrales à combustibles fossiles. Pour les entités opérant dans plusieurs régions belges, appliquer le facteur régional approprié à chaque zone d'exploitation produit des estimations plus précises qu'un facteur national moyen.
Orientations pratiques
Les entités belges estimant les émissions Scope 3 doivent d'abord consulter les facteurs d'émission publiés par les autorités belges et régionales, en particulier ceux de l'ADEME (si applicable aux opérations français-belges) et les bases de données EXIOBASE, qui fournissent des facteurs basés sur les dépenses par secteur pour la catégorie 1 (biens et services achetés). Le facteur d'émission moyen pour la catégorie 1 est environ 0,42 kg CO2e par euro dépensé, mais ce chiffre varie considérablement selon le secteur : les achats d'électricité et de gaz naturel génèrent des intensités plus élevées, tandis que les services de consultation affichent des intensités plus faibles.
Pour les catégories impliquant l'électricité (catégories 3, 11), utiliser le facteur d'émission du réseau belge basé sur la localisation. En 2023, ce facteur était d'environ 0,385 kg CO2e par kWh (fondé sur le mix énergétique belge, qui comprend l'énergie nucléaire, l'énergie éolienne offshore et les importations). Ce chiffre diminue au fil du temps à mesure que la part des énergies renouvelables augmente. Les entités ayant accès aux tarifs d'énergie renouvelable fournis par des producteurs d'énergie vérifiés peuvent appliquer les facteurs d'émission spécifiques à ces contrats, qui sont généralement inférieurs au facteur national.
Pour le transport (catégories 4, 6, 9), les données de l'Institut Belge de Normalisation (IBN) et les facteurs de l'ADEME fournissent les émissions par mode de transport (route, rail, mer, air) et par type de véhicule. Pour les trajets domicile-travail des employés (catégorie 7), utiliser le facteur moyen d'environ 1,28 kg CO2e par employé par jour ouvrable, en ajustant à la hausse ou à la baisse en fonction de la proportion de travailleurs utilisant les transports en commun, le covoiturage ou les véhicules électriques. La Belgique a une infrastructure de transport en commun robuste, en particulier entre Bruxelles et les banlieues, ce qui signifie que le facteur moyen peut être inférieur à celui des pays ruralisés.
Pour les déchets (catégories 5, 12), les facteurs d'émission belges font la distinction entre les décharges (avec capture du méthane), l'incinération (avec ou sans récupération d'énergie), le recyclage et le compostage. Les installations de traitement des déchets belges sont parmi les plus modernes d'Europe, avec une incinération généralisée dotée de systèmes de récupération d'énergie, ce qui réduit les facteurs d'émission par rapport aux pays où les décharges sont plus courantes.
Attentes en matière d'assurance
Les organismes d'assurance belges effectuant une assurance limitée ou raisonnable des divulgations GES en vertu de l'ISAE 3410 ou de l'ISAE 3000 (Révisé) se concentrent sur la cohérence méthodologique, la documentation des sources de facteurs d'émission, l'exhaustivité des frontières et la réconciliation entre les cadres de déclaration. L'IRE a émis des lignes directrices soulignant que les entités belges doivent documenter le pourcentage de données Scope 3 basées sur des chiffres réels par rapport aux estimations, la méthode utilisée pour développer les attentes des auditeurs pour les procédures analytiques, et les ajustements année après année dans les estimations dues aux changements méthodologiques.
Pour les entités belges soumises à la CSRD qui rapportent également aux cadres volontaires (GRI, Science Based Targets initiative, Carbon Trust Standard), la réconciliation entre les frontières de déclaration est attendue. La CSRD utilise le contrôle financier ou opérationnel pour établir les frontières de consolidation, tandis que les cadres volontaires peuvent utiliser le contrôle opérationnel seul. Les auditeurs doivent s'assurer que les différences entre les chiffres rapportés dans les deux cadres sont expliquées.
Considérations spécifiques à la Belgique
Le mix énergétique belge comprend une proportion significative d'énergie nucléaire (environ 40 % de la production d'électricité en 2023), ce qui maintient le facteur d'émission du réseau à un niveau relativement bas par rapport à d'autres pays européens, malgré les importations de combustibles fossiles. Cependant, la fermeture progressive des réacteurs nucléaires belges augmentera les facteurs d'émission à mesure que la Belgique augmente sa dépendance aux énergies renouvelables importées et aux centrales à gaz naturel de secours. Les entités planifiant des estimations Scope 3 sur plusieurs années doivent anticiper cette augmentation du facteur du réseau.
La Belgique est un centre logistique majeur en Europe, avec le port d'Anvers gérant des millions de conteneurs par an. Les entités belges impliquées dans le transport maritime (catégorie 4 ou 9) doivent utiliser les facteurs d'émission spécifiques au transport maritime, qui sont nettement inférieurs au transport routier. Les données du port d'Anvers sur le tonnage traité et les routes commerciales permettent des estimations plus granulaires que les facteurs génériques.
Les PME belges, en particulier dans le secteur manufacturier et les services professionnels, représentent une part importante de l'économie. Beaucoup de ces entités opèrent dans des chaînes d'approvisionnement européennes denses, ce qui signifie que la catégorie 1 (biens et services achetés) génère souvent la majorité des émissions Scope 3. Pour ces entités, les facteurs de dépenses par secteur EXIOBASE sont une base appropriée, mais le passage à des facteurs d'émission spécifiques aux fournisseurs (lorsqu'ils sont disponibles auprès de participants au SEQUE ou d'autres sources vérifiées) améliore considérablement la précision.
Les constatations d'inspection au niveau européen montrent que 35 % à 40 % des entités rapportant Scope 3 ometent une ou plusieurs catégories sans justification documentée. En vertu de la CSRD, l'omission d'une catégorie matérielle est une non-conformité à moins que l'entité ne fournisse une analyse clairement documentée de la raison pour laquelle cette catégorie n'est pas matérielle pour son activité. Pour les secteurs où les analyses de matérialité existantes (comme les évaluations des risques climatiques ou les analyses de la chaîne de valeur) suggèrent que toutes les catégories sont potentiellement matérielles, l'omission expose l'entité à un risque de correction.
Les assureurs, les banques et les gestionnaires d'actifs belges sont soumis à des attentes supplémentaires. Les autorités de régulation prudentielle belges, fonctionnant dans le cadre de l'Autorité de Surveillance Bancaire Européenne (ABE), exigent que les institutions financières évaluent les risques climatiques au sein de leurs portefeuilles de crédit et d'investissement, ce qui nécessite une compréhension des émissions financées. Les entités financières doivent réconcilier les données GES qu'elles reçoivent de leurs emprunteurs et de leurs sociétés participées avec les méthodologies PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) ou équivalentes.
Questions fréquemment posées
La CSRD exige-t-elle la divulgation du Scope 3 pour les entités belges ?
Oui. Pour les entités soumises à la CSRD en Belgique, la divulgation du Scope 3 est obligatoire. Les entités doivent identifier toutes les catégories matérielles du Protocole GES et divulguer soit les chiffres réels, soit les estimations documentées pour chaque catégorie matérielle. L'omission d'une catégorie matérielle sans justification documentée est une non-conformité. Pour les entités non soumises à la CSRD (PME non cotées au-dessous des seuils de taille), le Scope 3 reste volontaire, bien que les attentes des investisseurs et des financeurs augmentent.
Quels facteurs d'émission devons-nous utiliser pour la catégorie 1 (biens et services achetés) ?
Les entités belges doivent d'abord consulter les facteurs de dépenses par secteur d'EXIOBASE, qui fournissent des facteurs en kg CO2e par euro dépensé, ventilés par secteur d'activité économique. Le facteur moyen est environ 0,42 kg CO2e par euro, mais varie considérablement selon le secteur. Pour les achats spécifiques où les données de quantité physique sont disponibles (kWh d'énergie, tonnes de matériaux, kilomètres de transport), utiliser les facteurs d'émission basés sur l'activité provenant des bases de données régionales ou de l'ADEME, qui sont plus précis. Pour les entités ayant accès aux données vérifiées du SEQUE de leurs fournisseurs (participants à l'EU ETS), utiliser ces données réelles plutôt que les facteurs génériques.
Quel facteur d'émission du réseau électrique devrions-nous utiliser pour le Scope 3 ?
Utiliser le facteur d'émission du réseau belge basé sur la localisation pour l'année de rapportage. En 2023, ce facteur était d'environ 0,385 kg CO2e par kWh. Ce chiffre diminue chaque année à mesure que la part de l'énergie nucléaire existante et des énergies renouvelables augmente (bien que la fermeture progressive des réacteurs nucléaires créera une volatilité). Pour les catégories Scope 3 impliquant la consommation d'électricité (par exemple, les émissions en amont de l'électricité achetée, catégorie 3 ; l'utilisation de produits vendus consommant de l'électricité, catégorie 11), appliquer le facteur national moyen à moins que l'entité dispose de preuve du mix énergétique spécifique utilisé par le consommateur en aval.
Comment le SEQUE (EU ETS) interagit-il avec la déclaration du Scope 3 ?
Le SEQUE lui-même ne requiert pas la divulgation du Scope 3, mais les données d'émissions vérifiées que les participants au SEQUE produisent à titre de conformité sont utilement accessibles au public via le registre de l'SEQUE. Si votre fournisseur ou votre client est un participant au SEQUE, ses émissions Scope 1 vérifiées sont disponibles publiquement. Vous pouvez utiliser cette donnée pour calculer vos émissions Scope 3 de catégorie 1 provenant de ce fournisseur ou pour fournir des données de catégorie 14 ou 15 (franchises et investissements) plus précises que les facteurs génériques.
Y a-t-il des exigences spécifiques au Scope 3 dans le secteur financier belge ?
Les banques belges, les assureurs et les gestionnaires d'actifs sont soumis à des attentes réglementaires quant à l'évaluation des risques climatiques, y compris la compréhension des émissions financées. La Banque Nationale de Belgique (BNB) et l'Autorité de Surveillance Bancaire Européenne (ABE) exigent que les institutions financières évaluent leurs portefeuilles de crédit et d'investissement pour les risques climatiques et les émissions de financement associées. Bien que les normes spécifiques de divulgation du Scope 3 varient entre les cadres prudentiels et TCFD, la tendance générale est que les institutions financières belges doivent comprendre et rapporter les émissions financées de leurs emprunteurs et sociétés participées à titre de risque opérationnel et de crédit.
Comment les entités belges devraient-elles documenter les changements méthodologiques année après année ?
La CSRD exige une réconciliation année après année des estimations Scope 3. Si les émissions estimées augmentent ou diminuent de manière significative, l'entité doit divulguer si cette variation est due à des changements réels dans les activités (augmentation du volume d'achats, expansion de la flotte de transport) ou à des changements méthodologiques (changement de base de données de facteurs d'émission, affinement de la limite du système, augmentation de la couverture des données). Les changements méthodologiques doivent être documentés dans les notes d'accompagnement de la déclaration de durabilité. Les assureurs et les réviseurs doivent examiner ces réconciliations pour les incohérences (par exemple, une diminution rapportée du Scope 3 due au changement de fournisseur de données d'émission sans justification documentée est un signal d'alerte).
Checklist pour les entités belges
Avant de finaliser vos estimations Scope 3 :
- Avez-vous identifié toutes les catégories Scope 3 pertinentes pour votre chaîne de valeur ? (Documentez votre évaluation de matérialité.)
- Pour chaque catégorie incluse, avez-vous sélectionné des facteurs d'émission provenant de sources officielles belges, régionales ou européennes ?
- Avez-vous documenté le pourcentage de vos émissions Scope 3 basé sur des données réelles par rapport aux estimations ?
- Pour les catégories impliquant l'électricité, avez-vous appliqué le facteur du réseau belge basé sur la localisation pour votre année de rapportage ?
- Avez-vous comparé vos estimations année après année et documenté les raisons de tout changement significatif ?
- Avez-vous réconcilié vos limites de déclaration (contrôle financier ou opérationnel) avec la définition CSRD et documenté les raisons de toute différence par rapport aux rapports antérieurs ou aux cadres volontaires ?
- Si vous êtes une institution financière, avez-vous aligné votre méthodologie d'émissions financées sur PCAF ou sur une autre méthodologie officiellement reconnue ?
Erreurs courantes
Les données d'inspection au niveau européen et les observations des auditeurs ayant travaillé sur des entités belges identifient les erreurs suivantes :
Omission de catégories sans justification documentée. Une entité manufacturière qui rapporte les catégories 1, 4 et 9 mais omet les catégories 6 et 7 (voyages d'affaires et trajets domicile-travail) doit documentation pourquoi ces catégories ne sont pas matérielles. Si l'entité emploie plus de 100 personnes ou effectue des trajets aériens fréquents, l'omission sans justification est considérée comme une non-conformité CSRD.
Application du mauvais facteur d'émission du réseau. L'application d'un facteur d'émission français ou allemand au lieu du facteur belge pour les catégories impliquant l'électricité entraîne des estimations inexactes. Le facteur du réseau belge (environ 0,385 kg CO2e/kWh en 2023) est inférieur au facteur allemand (environ 0,425 kg CO2e/kWh) en raison de la part plus importante du nucléaire belge.
Absence de réconciliation année après année. Si une entité rapporte 50 tonnes CO2e de catégorie 1 l'année 1 et 42 tonnes CO2e l'année 2, sans explication, les assureurs examineront si la réduction est due à une diminution réelle du volume d'achats, à un changement de fournisseur vers des matériaux à plus faible intensité carbone, ou à un changement dans la source des facteurs d'émission. En l'absence d'explication, cela soulève une alerte.
Confusion des limites de consolidation CSRD et volontaires. Une entité rapportant Scope 3 à la fois selon CSRD (utilisant le contrôle financier) et selon GRI ou Science Based Targets (utilisant le contrôle opérationnel) doit réconcilier les deux, car les sauterelles d'émissions diffèrent. La non-réconciliation suggère une erreur sous-jacente dans la frontière du système.
Absence de documentation de la méthodologie des facteurs de dépenses. Pour la catégorie 1, si une entité utilise EXIOBASE sans documenter comment elle a mappé ses catégories de dépenses aux secteurs EXIOBASE, ou sans documenter les ajustements région-spécifiques (par exemple, l'intensité carbone plus faible de l'électricité belge par rapport à l'électricité moyenne de l'UE), les auditeurs ne peuvent pas valider les calculs.
Références et sources
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- Directive CSRD et Normes Européennes de Rapport de Durabilité (ESRS E1-6) : [Texte complet disponible sur le site de la Commission européenne]
- Protocole GES (GHG Protocol Corporate Standard) : [Cadre international de référence]
- Facteurs d'émission belges et régionaux : SPF Environnement, Bruxelles-Environnement, Région wallonne
- Base de données EXIOBASE : Intensités carbone par secteur et région
- Données du SEQUE (EU ETS) : Registre public des émissions vérifiées des participants
- Normes d'assurance ISAE 3410 et ISAE 3000 (Révisé) : Publiées par l'IAASB et disponibles auprès de l'IRE
- Lignes directrices de l'IRE sur l'assurance des rapports de durabilité : [Disponibles auprès de l'Institut des Réviseurs d'Entreprises]