Definition

Lors de la dernière revue d'un portefeuille de titres cotés, nous avons découvert que le client avait classé en niveau 1 une obligation corporate négociée deux fois en huit mois. Le prix existait sur Bloomberg. Le marché actif, non. Ce glissement (prix disponible = niveau 1) représente le constat d'inspection le plus fréquent sur la hiérarchie IFRS 13 en France et en Belgique.

Fonctionnement

La hiérarchie de la juste valeur ne commence pas par le niveau 1. Elle commence par la question : le marché est-il actif ? IAS 13.76 définit un marché actif comme un marché dans lequel des transactions pour l'actif ou le passif se produisent avec une fréquence et un volume suffisants pour fournir régulièrement des informations de prix. IAS 13.A69 précise : un marché où les transactions se produisent régulièrement entre des acheteurs et des vendeurs non liés.

Ce n'est pas la même chose qu'un prix qui existe. Un prix qui existe mais où les transactions sont rares ou sporadiques n'est pas observable sur un marché actif. Si votre client détient 100 obligations d'une petite entreprise familiale, cotée sur une bourse secondaire avec deux transactions l'année dernière, ce n'est pas du niveau 1, même si un prix est disponible. IAS 13.A71 le dit sans ambiguïté : « Un marché actif se caractérise par une fréquence et un volume de transactions suffisants. »

Le niveau 1 est le sommet de la cascade. Il repose sur des données observables directement sur un marché actif pour l'élément que vous évaluez. Pas pour quelque chose de similaire. Pas pour une approximation. Pour l'élément exact, au prix fermant du jour du bilan.

Pour les instruments financiers, cela comprend les prix cotés sur des bourses reconnues (Euronext Paris, Deutsche Börse, London Stock Exchange, Borsa Italiana). Pour les matières premières, les prix sur les bourses spécialisées (LME pour les métaux, ICE pour l'énergie). Pour les devises, les cours de change au comptant publiés. Vous utilisez le prix fermant du jour du bilan, pas le prix moyen hebdomadaire ou un prix ajusté pour les frais.

Si le client détient à la fois des actions ordinaires et des actions privilégiées de la même société cotée, et que seules les actions ordinaires se négocient régulièrement, seules les actions ordinaires sont du niveau 1. Les actions privilégiées, bien qu'elles soient de la même entité, peuvent être du niveau 2 (prix observables pour des actifs similaires) ou du niveau 3 (estimation interne) si aucun prix actif n'existe pour elles.

Exemple pratique : Société générale de portefeuille Rousseau

Client : Entreprise française de gestion de portefeuille, exercice clôturé au 30 septembre 2024, rapportant en IFRS, actifs sous gestion de 187 M EUR.

Portefeuille de titres cotés : Rousseau détient une position à titre de transaction dans son propre portefeuille d'investissement : - 45 000 actions Axa, achetées à 28,50 EUR/action - 120 obligations d'État français (OAT) échéance 2029, valeur nominale 100 EUR chacune - 8 500 parts de SICAV de trésorerie, prix de rachat 100 EUR/part

Documentation : consultez les données de prix du 30 septembre 2024 auprès des fournisseurs de données (Bloomberg, Reuters, Euroclear).

Étape 1 : Identifier le marché actif. Les actions Axa se négocient quotidiennement sur Euronext Paris (plusieurs millions de titres par jour). Les OAT se négocient sur le marché obligataire OTC français avec un volume régulier. Les parts de SICAV de trésorerie se négocient via le gestionnaire de fonds avec un prix de rachat quotidien publié.

Documentation : enregistrez la source du prix (Euronext pour Axa, agence France Trésor pour les OAT, gestionnaire pour la SICAV) et la date de cotation (30 septembre 2024).

Étape 2 : Appliquer le prix fermant non ajusté. Axa : 27,95 EUR au 30 septembre 2024, soit 45 000 x 27,95 = 1 257 750 EUR. OAT 2029 : prix fermant 96,40 EUR (donc 120 x 96,40 = 11 568 EUR). SICAV trésorerie : 100 EUR/part (prix de rachat officiel), soit 8 500 x 100 = 850 000 EUR.

Documentation : enregistrez chaque prix de fermeture exact et la multiplication pour le portefeuille. Aucun ajustement pour les frais de transaction ou les spreads acheteur-vendeur n'est appliqué au prix d'évaluation lui-même.

Étape 3 : Classer comme niveau 1. Chacune de ces trois positions utilise un prix observable sur un marché actif sans ajustement. Axa et les OAT sont cotées sur des marchés reconnus avec un volume de transactions régulier. La SICAV de trésorerie a un prix de rachat publié quotidiennement. Aucune estimation n'a été requise. Aucun prix de niveau 2 (obligation comparable) ou niveau 3 (modèle interne) n'a dû être dérivé.

Valeur totale du portefeuille au niveau 1 : 1 257 750 + 11 568 + 850 000 = 2 119 318 EUR.

Documentation : créez un tableau de synthèse des trois actifs, leurs prix sources, les multiples, et le classement de niveau. Conservez les extraits de Bloomberg ou du fournisseur de données comme éléments probants.

Ce que les auditeurs et les correcteurs confondent

Le constat le plus fréquent est le reclassement de niveau 2 en niveau 1. Un élément a un prix observable quelque part (peut-être sur un marché moins actif ou pour un actif légèrement différent) et le client le classe au niveau 1 pour éviter d'appliquer des ajustements. C'est du tampon : on coche la case « prix coté » sans vérifier que le marché est actif au sens d'IAS 13.76. Une obligation de société cotée qui s'échange une ou deux fois par an n'est pas du niveau 1, même si un prix EOD existe sur une base de données. La fréquence et le volume comptent.

Le deuxième piège concerne les prix ajustés présentés comme niveau 1. Le client utilise le prix de marché mais l'ajuste pour les commissions, l'illiquidité ou les coûts de transaction. IAS 13.76 exige le prix non ajusté. Si l'ajustement doit être appliqué parce que le client doit payer une prime pour accéder au marché ou que le prix de cotation n'est pas représentatif, l'actif descend à niveau 2 ou 3. Nous voyons aussi des clients qui n'appliquent pas l'ajustement au prix mais le documentent dans les notes sur la juste valeur « pour information ». Cette incohérence entre le prix retenu et la note explicative crée un problème d'audit en soi.

Il y a aussi la confusion entre « observable » et « publié ». Un prix publié n'est pas la même chose qu'un prix observable sur un marché actif. Une obligation corporate cotée qui s'est négociée une fois ce trimestre a un prix published mais n'a pas d'observabilité au sens d'IAS 13. Le prix doit être le résultat de transactions fréquentes pour supporter une classification de niveau 1. Quand le dossier est trop léger sur l'évaluation de l'activité du marché (pas de capture d'écran du volume de transactions, pas de justification de la fréquence), nous ne pouvons pas conclure que la classification est correcte, même si le prix lui-même est exact.

Termes connexes

- Hiérarchie de la juste valeur : Niveau 2: Prix observables pour des actifs similaires ou un marché moins actif. - Hiérarchie de la juste valeur : Niveau 3: Intrants non observables et estimations internes. - Juste valeur: La définition générale et les exigences de divulgation. - Divulgations de la juste valeur: Les exigences de présentation pour tous les niveaux. - IAS 13 : Évaluation de la juste valeur: L'intégralité de la norme. - Portefeuille d'investissement: Contexte des actifs financiers et des titres de placement.

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