Comment cela fonctionne
Le TCFD propose deux approches : une évaluation des risques physiques (événements climatiques directs affectant les opérations) et des risques de transition (restructurations réglementaires, prix du carbone, préférences des consommateurs). Chaque entité doit évaluer la signification financière de ces risques. L'auditeur intervient à deux niveaux.
D'abord, lors de la planification, l'auditeur identifie si les divulgations climat sont significatives au sens de l'ISA 320 (seuil de matérialité). Une usine de production textile avec exposition directe aux inondations côtières doit communiquer ce risque ; une entreprise de conseil dans une région stable peut déterminer que ce risque est non significatif. Cette décision doit être documentée.
Ensuite, lors du travail détaillé, l'auditeur examine la complétude et l'exactitude des données climat présentées. Le TCFD ne fournit pas une méthodologie de calcul unique. Il demande plutôt une transparence cohérente sur la méthode choisie. Un émetteur qui change sa méthodologie d'une année à l'autre sans l'expliquer viole l'attente du TCFD, indépendamment du chiffre produit.
Les quatre piliers du TCFD guident le périmètre du travail. La gouvernance (qui surveille les risques climat) relève généralement du contrôle interne de l'entité et de l'évaluation des risques de fraude (ISA 240.A1). La stratégie (comment l'entité ajuste son modèle économique) peut affecter les hypothèses comptables critiques comme la dépréciation d'immobilisations ou la continuité d'exploitation. La gestion des risques (processus d'identification et d'atténuation) se chevauche avec l'ISA 315 (évaluation des risques). Les métriques et cibles constituent le contenu des divulgations à auditer.
Exemple pratique : Meunerie Lorraine SARL
Client : entreprise française de meunerie, chiffre d'affaires 18 M EUR, IFRS reporter, trois usines en Lorraine.
Étape 1 : Évaluation initiale de la matérialité climat
L'équipe d'audit examine le profil de risque. Deux des trois usines sont situées en zone inondable selon les cartes du ministère de la Transition écologique. Une perte d'exploitation de deux semaines due à une inondation représenterait un impact de 300 k EUR. En appliquant les seuils de matérialité (perte maximale tolérable : 450 k EUR en fonction du bénéfice), ce risque dépasse 60 % du seuil. Conclusion documentée : « Risque physique significatif requérant une divulgation TCFD conforme. »
Note de documentation : Papier de travail 2.1: Évaluation initiale de la matérialité climat, références cartes inondabilité, impact projeté, justification du seuil.
Étape 2 : Examen de la couverture d'assurance
L'entité déclare dans son rapport TCFD que « les trois usines sont couvertes contre les risques climatiques physiques ». L'auditeur demande une copie des trois polices. Découverte : une police datant de 2019 a été annulée en 2023 sans remplacement. L'usine découverte en 2023 n'a jamais eu de couverture. La divulgation TCFD est matériellement inexacte.
Note de documentation : Papier de travail 2.2: Examen des polices d'assurance, décision d'annulation en juillet 2023, absence de remplacement, impact sur les divulgations TCFD.
Étape 3 : Lien avec la continuité d'exploitation
L'équipe s'interroge : cette exposition aux risques climatiques affecte-t-elle l'hypothèse de continuité d'exploitation ? Selon l'ISA 570 (Révisée 2024), l'auditeur évalue d'abord les événements ou conditions bruts, puis les plans d'atténuation. Ici : événement brut (deux usines inondables, couverture incomplète), plan d'atténuation (l'entité envisage une relocalisation en 2026, en cours de financement). Ce plan est-il faisable ? L'entité a reçu une promesse de financement du fonds régional. Conclusion : plan faisable, mais dépendant du déblocage du financement en 2025. Continuité d'exploitation ne nécessite pas de note, mais le jugement d'atténuation doit être documenté.
Note de documentation : Papier de travail 2.3: Évaluation de la continuité d'exploitation (ISA 570.5), événement brut vs atténuations, faisabilité du plan de relocalisation, dépendance au financement.
Étape 4 : Vérification de la cohérence année sur année
L'auditeur compare le rapport TCFD 2024 au rapport TCFD 2023. L'entité a changé sa méthodologie de scénario de transition (passage d'un scénario RCP 2.8°C à RCP 1.5°C) sans explication dans les notes. Le TCFD s'attend à une explication des changements méthodologiques. Constat : divulgation incohérente, nécessite une note explicative.
Note de documentation : Papier de travail 2.4: Cohérence année sur année, analyse des changements méthodologiques TCFD, justification de la modification du scénario de température.
Conclusion
Meunerie Lorraine doit rectifier deux éléments : la divulgation sur la couverture d'assurance et l'explication du changement de scénario. Après correction, les divulgations TCFD deviennent conformes aux recommandations du TCFD 2021 et soutiennent l'opinion d'audit sans réserve.
Ce que les auditeurs et réviseurs manquent
Erreur Tier 1 : Confusion entre la présence du TCFD et sa pertinence. La FRC (Royaume-Uni) a publié des constats montrant que 31 % des équipes d'audit examinent les divulgations TCFD uniquement parce que le régulateur l'exige, sans évaluer si le risque climat est vraiment significatif pour cette entité. Une PME dans le secteur immatériel (conseil, logiciels) peut déterminer légalement que le risque climat est non significatif et donc minimiser ses divulgations. Cela ne viole pas le TCFD. Cela viole le TCFD si l'entité ne documente pas cette évaluation.
Erreur Tier 2 : Non-application de l'ISA 320 à la matérialité climat. Beaucoup d'équipes créent une « barre de matérialité climat » distincte, indépendante du seuil de matérialité financière global. Ceci est incorrect. Le TCFD s'applique au contenu des états financiers et des divulgations connexes. Si un risque climat affecte une réserve comptable, une provision IAS 37, ou un test de dépréciation IAS 36, il s'agit d'une anomalie potentielle mesurée par la matérialité ISA 320, pas par une matérialité climat indépendante.
Erreur Tier 3 : Absence de documentation de l'évaluation initiale. L'évaluation initiale de la pertinence du TCFD pour une entité doit être documentée dans le dossier de planification. La plupart des équipes notent simplement « TCFD applicable » ou « non applicable » sans justification. L'AFM a constaté que 42 % des dossiers examinés en 2023-2024 manquaient d'une analyse structurée de cette pertinence.
TCFD vs. CSRD (Directive sur la durabilité des entreprises)
Le TCFD est volontaire et couvre les risques climatiques. La CSRD est une directive UE obligatoire (applicable à partir de 2025 pour les grandes entreprises, 2028 pour les PME cotées) qui couvre un éventail plus large : climat, eau, biodiversité, social, gouvernance. La CSRD exige une assurance limitée ou un audit complet (selon le calendrier de phase-in). Le TCFD reste applicable aux entités non couvertes par la CSRD et à celles qui souhaitent dépasser les exigences minimales.
| Dimension | TCFD | CSRD |
|---|---|---|
| Caractère | Cadre volontaire | Directive UE obligatoire |
| Couverture | Climat uniquement | ESG complet |
| Assurance | Pas d'exigence d'assurance | Assurance limitée (ESRS) obligatoire |
| Entités visées | Toutes (volontaire) | Grandes entreprises UE, PME cotées UE |
| Applicable à partir de | 2015 (recommandations TCFD 2021) | 2025-2028 (phase-in) |
Quand la distinction compte sur une mission d'audit
Une grande usine chimique allemande (Chimie Industrien GmbH) exporte 60 % de sa production en UE. En 2024, elle est soumise à la CSRD car elle emploie 350 salariés et génère 45 M EUR de chiffre d'affaires. Son ancien rapport TCFD 2023 (volontaire) ne couvrait que les risques climatiques. Le rapport de durabilité CSRD 2024 doit couvrir le climat (risques physiques et de transition), mais aussi l'eau, la biodiversité, les droits du travail et la gouvernance. L'auditeur ne peut pas se contenter de valider le contenu climat et de supposer que la couverture CSRD est adéquate. Il doit évaluer si tous les domaines ESRS pertinents pour l'entité ont été couverts. La confusion entre TCFD (climat seul) et CSRD (ESG complet) a conduit à des rapports incomplets et à des constats de conformité manqués.
Termes connexes
- Risque physique lié au climat : événements climatiques directs affectant les actifs, les opérations ou les chaînes d'approvisionnement.
- Risque de transition : impact financier de la transition vers une économie bas-carbone (régulation, technologie, préférences des marchés).
- Matérialité double : concept ESRS distinguant l'impact significatif de l'entité sur la durabilité et l'impact significatif de la durabilité sur l'entité.
- Continuité d'exploitation : hypothèse comptable et obligation d'audit (ISA 570) ; risques climatiques peuvent affecter cette évaluation.
- CSRD : directive UE obligatoire sur la durabilité des entreprises, élargissant le TCFD à l'ensemble du spectre ESG.
- Risque de fraude et divulgations : si l'entité maquille ou sous-divulgue volontairement des risques climatiques significatifs, cela relève de l'ISA 240.
Ressources et outils ciferi
Utilisez le Calculateur de matérialité climat pour évaluer rapidement si les risques climat d'une entité dépassent le seuil de signification. L'outil guide l'équipe à travers les quatre piliers du TCFD et produit un papier de travail structuré prêt pour la revue de l'associé.
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