Fonctionnement

Lorsqu'une entité teste la dépréciation d'un actif non courant (machine, usine, logiciel, portefeuille de contrats), IAS 36.9 exige de comparer sa valeur comptable à sa « valeur recouvrable ». La valeur recouvrable est le plus élevé de deux montants : la valeur d'utilité ou la juste valeur diminuée des coûts de disposition (IAS 36.6). Cette hiérarchie est directionnelle. L'entité calcule d'abord la juste valeur diminuée des coûts de disposition, car elle est généralement moins exigeante en termes de jugement. Si ce montant dépasse la valeur comptable, l'actif n'est pas déprécié. Si la juste valeur diminuée des coûts de disposition ne suffit pas, l'entité calcule alors la valeur d'utilité. Seul le plus élevé des deux compte.
La valeur d'utilité requiert de projeter tous les flux de trésorerie futurs que l'entité s'attend à générer en utilisant cet actif spécifique (IAS 36.30-54). Ces flux incluent les entrées de trésorerie opérationnelles qu'on attribue directement à l'actif et les sorties de trésorerie opérationnelles qu'il génère. L'entité les actualise avec un taux qui reflète à la fois la valeur temps de l'argent et les risques d'exploitation spécifiques à ces flux. Ce taux s'appelle le « taux d'actualisation » et c'est un jugement clé. Un taux trop bas surestime la valeur d'utilité. Un taux trop haut la sous-estime.
La juste valeur diminuée des coûts de disposition est le prix qu'une entité obtiendrait si elle vendait l'actif aujourd'hui à un acheteur impartial, moins les coûts directs de vente (commissions, démontage, transport vers le site d'acheteur) (IAS 36.27-29). Cette valeur est généralement établie soit en observant les prix de transactions comparables sur le marché, soit en estimant un prix si le marché est peu liquide. Pour les actifs qu'on vend rarement (une usine de fabrication propriétaire, un système logiciel personnalisé), la juste valeur diminuée des coûts de disposition requiert aussi du jugement sur le prix hypothétique de marché.
L'écart entre les deux approches devient visible lors d'une dépréciation sectorielle. Supposez qu'une entité fabrique des conteneurs maritimes et qu'une récession frappe le secteur du transport. La juste valeur diminuée des coûts de disposition reflète immédiatement la chute du prix de marché d'un conteneur. La valeur d'utilité peut rester plus élevée si l'entité s'attend à ce que les flux de trésorerie se rétablissent à court terme. Ou elle peut tomber plus bas si l'entité doit réduire les coûts pour survivre et que ces coûts diminuent les flux projetés plus que le prix de marché ne l'indique.

Exemple pratique : Atelier Mécanique Dupont SARL

Client : Atelier Mécanique Dupont SARL, fabricant français de pièces de moteurs diesel, FY2024, chiffre d'affaires 18 M EUR, IFRS reporter. L'entité possède une machine de précision qui coûte 2,8 M EUR neuf, amortie depuis 8 ans, valeur nette comptable aujourd'hui 1,2 M EUR. Le secteur automobile a subi une contraction, et la direction teste la dépréciation.
Étape 1 : Juste valeur diminuée des coûts de disposition
La direction contacte trois courtiers spécialisés en équipement d'usinage. Les trois proposent 850 k EUR pour l'équipement dans son état actuel (remis à neuf, pas de modernisation). Les coûts de démontage et de transport vers l'acheteur potentiel en Allemagne s'élèvent à 35 k EUR. Juste valeur diminuée des coûts de disposition : 850 k EUR − 35 k EUR = 815 k EUR.
Note documentaire : une feuille de calcul liste les trois devis, les dates de publication, les termes de paiement (comptant, pas de crédit), et la justification de l'exclusion de tout devis aberrant (un devis de 450 k EUR a été écarté comme non représentatif et documenté comme tel).
Étape 2 : Évaluation du seuil de dépréciation
La valeur nette comptable est 1,2 M EUR. La juste valeur diminuée des coûts de disposition est 815 k EUR. Puisque 815 k EUR < 1,2 M EUR, il existe un indicateur de dépréciation potentielle. L'entité doit maintenant évaluer la valeur d'utilité.
Note documentaire : le modèle comptable enregistre les deux montants côte à côte avec une colonne de comparaison.
Étape 3 : Valeur d'utilité
La direction projette que la machine générera des flux de trésorerie opérationnels nets pour les 7 années restantes de sa durée de vie économique estimée (avant remplacement). Année 1 : 280 k EUR. Années 2-7 : 240 k EUR par an (contraction progressive, puis stabilisation à un niveau réduit). Valeur résiduelle de la machine dans 7 ans : 80 k EUR (prix de ferraille).
Note documentaire : le modèle répertorie l'hypothèse pour chaque année et la base (par exemple, « Année 1 basée sur les commandes engagées du client de segment léger »), « Années 2-7 basées sur la contraction estimée du secteur automobile moins 8 % par an, passant à un plateau stable »).
Taux d'actualisation : la direction utilise 7,5 %. Ce taux reflète (a) un taux sans risque basé sur les obligations d'État françaises à 10 ans (2,1 %), (b) une prime de risque pour le risque d'exploitation dans l'industrie des pièces automobiles (4,8 %), (c) un ajustement pour le risque de crédit de la direction (0,6 %). La direction documente que ce taux d'actualisation a été comparé aux études de capital-risque pour l'industrie des équipements lourds français.
Note documentaire : feuille de calcul avec les trois composantes du taux, sources externes citées, et justification du choix du taux plutôt que d'une fourchette de taux.
Calcul de la valeur actualisée : VAN = 280 k EUR / (1,075)^1 + 240 k EUR / (1,075)^2 + 240 k EUR / (1,075)^3 + ... + (240 k EUR + 80 k EUR) / (1,075)^7. Résultat : 1,055 M EUR.
Étape 4 : Valeur recouvrable et test de dépréciation
Valeur recouvrable = max(815 k EUR, 1,055 M EUR) = 1,055 M EUR. C'est plus élevé que la juste valeur diminuée des coûts de disposition mais inférieur à la valeur nette comptable de 1,2 M EUR. Perte de valeur à comptabiliser : 1,2 M EUR − 1,055 M EUR = 145 k EUR.
Note documentaire : enregistrement de la comptabilité générale avec la perte de valeur identifiée et la justification que le test a utilisé le plus élevé des deux montants.
Conclusion
Sans le calcul de la valeur d'utilité, Atelier Mécanique Dupont aurait enregistré une perte de valeur de 385 k EUR (basée uniquement sur la juste valeur diminuée des coûts de disposition). Avec la valeur d'utilité, la perte est de 145 k EUR. Le jugement sur les flux futurs et le taux d'actualisation a réduit la dépréciation comptabilisée de 240 k EUR. Si l'auditeur ne documente pas la raison pour laquelle ce jugement est défendable, il expose le dossier à un constat d'inspection portant sur le caractère défendable du montant finalement comptabilisé.

Ce que les auditeurs et les examinateurs manquent

Confondre la valeur recouvrable avec la valeur d'utilité. De nombreuses documentations de test de dépréciation décrivent le montant final comme « valeur d'utilité » alors qu'il s'agit en fait du « plus élevé de la valeur d'utilité ou de la juste valeur diminuée des coûts de disposition ». C'est plus qu'une imprécision terminologique. Si la juste valeur diminuée des coûts de disposition est le montant le plus élevé (comme dans l'exemple d'Atelier Mécanique Dupont), l'appellation erronée masque le fait que le jugement critique (le taux d'actualisation et les projections de flux) peut être défaillant sans que cela affecte le résultat. L'auditeur qui teste uniquement la valeur d'utilité supposée manque de vérifier la juste valeur diminuée des coûts de disposition.
Ne pas assez tester le taux d'actualisation. IAS 36.55 exige que le taux d'actualisation reflète « les estimations du marché actuelles concernant la valeur temps de l'argent et les risques spécifiques au flux ». La plupart des papiers de travail documentent un taux d'actualisation comme un nombre (par exemple, 7,5 %) sans montrer comment ce taux a été dérivé. Une approche courante et dangereuse est de prendre le coût du capital moyen pondéré (CCMP) publié de l'entité et de l'utiliser tel quel. Mais le CCMP reflète la structure de capital de l'entité (proportions de dette et de fonds propres), pas nécessairement le risque d'exploitation de l'actif spécifique en cours de test. Un actif à haut risque dans un portefeuille à faible risque a besoin d'un taux plus élevé.
Accepter les projections de flux de trésorerie sans recoupement. La direction soumet une projection de flux de trésorerie pour la machine. L'auditeur vérifie que les projections sont conformes au budget approuvé du conseil d'administration. Mais le budget peut avoir été approuvé six mois avant un changement majeur du secteur (récession soudaine, perte d'un contrat important, entrée d'un concurrent). IAS 36.33 exige des projections « basées sur les hypothèses les plus récentes et les plus fiables ». « Le plus récent » signifie que les projections doivent intégrer les informations disponibles jusqu'à la date du test, pas au moment de la préparation du budget.

Quand la distinction entre les deux méthodes compte en mission

Vous auditez une filiale d'une société mère allemande. La direction teste la dépréciation d'une unité génératrice de trésorerie constituée d'une équipe de 45 personnes et d'équipements connexes, valeur nette comptable 8,5 M EUR. La société mère envisage de fermer cette unité dans deux ans, mais la direction de la filiale s'attend à garder l'équipe et les équipements pendant cinq ans.
Si vous utilisez uniquement la juste valeur diminuée des coûts de disposition, vous découvrez que le prix de marché pour vendre l'équipe et les équipements en bloc demain est 5,2 M EUR (les acheteurs réduisent le prix parce qu'une vente en bloc suppose une fermeture imminente). Cela suggère une perte de valeur de 3,3 M EUR.
Si vous calculez également la valeur d'utilité en supposant que l'entité conserve l'équipe et l'équipement pendant cinq ans (ce que la direction croit), la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs peut être 7,8 M EUR, ce qui signifie qu'il n'y a pratiquement pas de perte de valeur.
La question d'audit : quelle est la vraie intention de l'entité ? IAS 36.12 exige que vous utilisiez « la meilleure indication disponible » du prix que l'entité obtiendrait si elle vendait l'actif aujourd'hui. Si la société mère a déclaré publiquement qu'elle fermerait cette unité dans deux ans, la « meilleure indication » est que l'entité prévoit de vendre (ou de cesser d'utiliser) l'actif bientôt. Dans ce cas, la juste valeur diminuée des coûts de disposition doit être privilégiée, et une perte de valeur de 3,3 M EUR est plus défendable. Si la fermeture est incertaine et que le plan stratégique indique une exploitation continue, la valeur d'utilité de 7,8 M EUR peut être appropriée.
C'est le type de jugement où un auditeur qui ne distingue pas clairement entre les deux méthodes manque le point décisif.

Tableau comparatif : Valeur d'utilité vs Juste valeur diminuée des coûts de disposition

| Dimension | Valeur d'utilité | Juste valeur diminuée des coûts de disposition |
|-----------|------|------|
| Hypothèse sous-jacente | L'entité continue d'utiliser l'actif | L'entité vend l'actif aujourd'hui |
| Base du montant | Flux de trésorerie futurs projetés, actualisés | Prix de marché actuel, moins frais de vente directs |
| Charge de jugement | Très élevée (taux d'actualisation, durée de vie, flux futurs) | Modérée (prix de marché peut être observable ; frais sont directs) |
| Sensibilité au contexte | Sensible aux hypothèses de la direction sur l'avenir | Sensible à la liquidité du marché et au moment de la vente |
| Quand elle dépasse l'autre | Quand l'entité envisage une exploitation à long terme rentable | Quand le marché se détériore rapidement ou quand la vente est imminente |
| Documentation clé en audit | Taux d'actualisation, projections de flux, durée de vie, sensibilités | Devis de prix, frais de transaction, comparables de marché |

Termes connexes

Unité génératrice de trésorerie : le plus petit groupe d'actifs dont les flux de trésorerie sont largement indépendants des autres actifs ou groupes d'actifs. Le test de dépréciation s'applique au niveau de l'UGT, pas à chaque actif individuellement.
Dépréciation d'actifs : la réduction de la valeur comptable d'un actif quand la valeur recouvrable tombe en dessous de la valeur nette comptable, conformément à IAS 36.1.
Dépréciation du goodwill : application particulière d'IAS 36 aux écarts d'acquisition, avec test annuel obligatoire même en l'absence d'indice de dépréciation.
Juste valeur diminuée des coûts de sortie : l'une des deux bases de la valeur recouvrable, basée sur le prix de marché net des coûts directs de vente.
Juste valeur (IFRS 13) : le prix qu'une entité obtiendrait pour vendre un actif dans une transaction ordonnée entre acteurs du marché à la date d'évaluation.
Valeur d'utilité : la période pendant laquelle une entité s'attend à obtenir des flux de trésorerie futurs d'un actif, utilisée comme base d'évaluation par actualisation.

Calculatrice IAS 36: Valeur recouvrable

Le calculateur de dépréciation IAS 36 permet de configurer un test en deux étapes, de calculer la juste valeur diminuée des coûts de sortie et la valeur d'utilité en parallèle, et de générer un résumé des hypothèses clés documentées.

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