Definition
En 2023, la H2A a relevé dans 28 % des dossiers de contrôle examinés que les tests d'existence présentaient une documentation insuffisante : confirmations non tracées au bilan, procédures alternatives absentes pour les non-réponses, direction de test inversée. Le constat revient chaque année parce que l'assertion d'existence paraît simple en théorie, mais pose des difficultés récurrentes en exécution.
Fonctionnement
L'ISA 315.A116 catégorise l'assertion d'existence comme l'une des cinq assertions d'audit. Elle répond à une question directe : cet actif existe-t-il vraiment, ce passif est-il réellement une obligation, cette transaction s'est-elle effectivement produite ?
Contrairement à l'assertion de présentation (qui demande si une transaction est correctement classée et décrite), l'assertion d'existence demande si la chose elle-même est réelle. Une créance client de 500 000 EUR pourrait être correctement présentée dans le bilan, mais ne pas exister. Un stock pourrait être enregistré dans le grand livre, mais l'entité ne le possède pas physiquement.
Pour tester l'existence, nous procédons toujours de la preuve vers l'état financier. Nous commençons par une facture client confirmée, un contrat de vente, un reçu de livraison ou une confirmation directe du tiers. Nous traçons ensuite ce document vers l'enregistrement dans le grand livre et la présentation dans le bilan. C'est l'inverse de tester l'exhaustivité, où nous partirions du bilan pour vérifier que toutes les transactions y ont été enregistrées.
Exemple pratique : Marchand S.à r.l.
Client : Marchand S.à r.l., distributeur de fournitures industrielles, Bruxelles, chiffre d'affaires de 28 M EUR, rapporteur IFRS.
Étape 1 : Sélectionner un échantillon de créances clients à partir du grand livre Nous consultons le grand livre des créances clients au 31 décembre 2024. Le solde total est de 3,2 M EUR. Nous sélectionnons 18 créances pour un montant de 1,8 M EUR (56 % de la population). Note de documentation : Liste des créances sélectionnées avec numéros de facture originaux, dates, montants en EUR et noms de clients.
Étape 2 : Envoyer des confirmations positives Pour chaque créance sélectionnée, nous envoyons une confirmation écrite directement au client. Nous demandons au client de confirmer l'existence de la créance, le montant dû et la date d'échéance. La réponse doit être adressée directement au cabinet. Note de documentation : Copies des lettres de confirmation envoyées, adresses des tiers, dates d'envoi et dates de clôture prévues.
Étape 3 : Analyser les réponses Nous recevons 16 confirmations positives sans exception. Deux clients (montants de 85 000 EUR et 42 000 EUR) ne répondent pas à la première demande. Nous envoyons une deuxième lettre. Une des deux finit par répondre. L'autre ne répond toujours pas après un délai raisonnable. Note de documentation : Toutes les confirmations reçues classées par client, dates de réception, exceptions notées.
Étape 4 : Tracer les confirmations au bilan Nous comparons chaque confirmation reçue au montant figurant dans le bilan au 31 décembre 2024. Pour les 17 confirmations reçues (16 initiales + 1 relance), les montants correspondent. Pour la créance non confirmée (42 000 EUR), nous exécutons une procédure alternative : examen des documents de livraison originaux, factures signées et reçus d'expédition. Ces documents soutiennent l'existence. Note de documentation : Feuille de rapprochement des confirmations avec les balances de contrôle du bilan, exceptions et procédures alternatives documentées.
Conclusion L'assertion d'existence pour les créances clients est acceptée. Nous avons tracé 18 créances représentant 56 % de la population à partir de preuves externes (confirmations de tiers) ou de documents d'origine interne, et confirmé que ces créances existaient au 31 décembre 2024. Un constat d'inspection viserait des réponses de confirmations non tracées à la balance de contrôle ou une documentation des procédures alternatives absente pour les non-réponses.
Ce que les réviseurs et les praticiens se trompent
Nous voyons trois erreurs récurrentes sur les dossiers.
L'inversion de direction de test reste la plus fréquente. La procédure courante consiste à partir du bilan, sélectionner une créance client, et vérifier qu'elle s'est réglée après le 31 décembre (procédure de suivi). Cela teste l'exhaustivité et la valeur réalisable, pas l'existence. L'existence exige que nous commencions par la preuve (facture, contrat, confirmation) et que nous la tracions au bilan.
Les confirmations de tiers non obtenues directement posent un problème de valeur probante. Demander au personnel du client de « chercher une confirmation » ou de remettre une confirmation déjà reçue affaiblit la preuve. L'ISA 505.9 exige que nous envoyions directement la demande de confirmation au tiers et que nous recevions la réponse directement. Quand le processus passe par le client, c'est du tampon : la forme y est, mais la valeur probante est vidée. Le dossier est trop léger pour résister à un contrôle qualité.
Si un client ne répond pas à une ou deux demandes de confirmation, nous devons exécuter une procédure alternative (examen des documents d'expédition, contrats signés). Accepter une créance non confirmée sur la base du seul rapprochement comptable expose le dossier à des constats d'inspection pour tests d'existence insuffisants. C'est frustrant, parce que la procédure alternative prend du temps, mais c'est précisément ce que l'inspecteur vérifiera en premier.
Assertion d'existence vs assertion d'exhaustivité
| Dimension | Existence | Exhaustivité |
|---|---|---|
| Question de l'auditeur | Cet actif enregistré existe-t-il vraiment ? | Y a-t-il des actifs ou passifs qui n'ont pas été enregistrés ? |
| Direction du test | De la preuve vers le bilan (confirmation, contrat → grand livre → états financiers) | Du bilan vers la preuve (états financiers → recherche de transactions non enregistrées) |
| Exemple | Sélectionner une créance client à partir du grand livre et l'envoyer directement au client pour confirmation | Examiner les reçus d'expédition après la clôture pour vérifier que toutes les ventes ont été enregistrées en décembre, pas en janvier |
| Erreur d'inspection courante | Documentation insuffisante de la preuve d'existence ; confirmations non tracées au bilan | Acceptation de procédures alternatives faibles pour l'exhaustivité (tests de suivi insuffisants, rapprochements incohérents) |
Termes connexes
Assertion de présentation : La présentation détermine comment une transaction est classée et décrite. L'existence détermine si elle s'est produite.
Assertion de valeur : L'existence confirme qu'un actif est réel ; la valeur détermine à quel montant le comptabiliser.
Assertion d'exhaustivité : L'exhaustivité cherche les transactions manquantes. L'existence confirme que les transactions enregistrées sont réelles.
Procédures substantives : Les tests d'existence sont des procédures substantives, car elles visent à détecter les anomalies dans les comptes.
Confirmation des tiers : La confirmation écrite est la source de preuve la plus fiable pour l'assertion d'existence.
Évaluation des risques d'anomalies significatives : L'existence est l'une des assertions où nous évaluons les risques liés à la fraude ou aux erreurs lors de la phase de planification.
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