Definition

Le BEPS fonctionne selon trois niveaux de risque que l'auditeur doit considérer. Le premier niveau concerne les transactions transfrontalières simples : un transfert de prix entre une entité française et sa filiale aux Pays-Bas, par exemple. L'ISA 315 vous oblige à identifier ce type de transaction comme un domaine de risque potentiel. Le second niveau implique les structures financières plus complexes : financements croisés, prêts inter-sociétés avec taux d'intérêt bas, ou recours à des entités relais dans des juridictions à faible fiscalité. Ces structures suscitent des questions sur la substance économique réelle de la transaction par rapport à sa forme juridique. L'ISA 540 (Estimations comptables) s'applique ici si l'entité doit constituer une provision pour risque fiscal.

Fonctionnement

Le BEPS fonctionne selon trois niveaux de risque que l'auditeur doit considérer. Le premier niveau concerne les transactions transfrontalières simples : un transfert de prix entre une entité française et sa filiale aux Pays-Bas, par exemple. L'ISA 315 vous oblige à identifier ce type de transaction comme un domaine de risque potentiel. Le second niveau implique les structures financières plus complexes : financements croisés, prêts inter-sociétés avec taux d'intérêt bas, ou recours à des entités relais dans des juridictions à faible fiscalité. Ces structures suscitent des questions sur la substance économique réelle de la transaction par rapport à sa forme juridique. L'ISA 540 (Estimations comptables) s'applique ici si l'entité doit constituer une provision pour risque fiscal.
Le troisième niveau concerne la documentation du dossier BEPS lui-même. L'OCDE exige que les multinationales dépassant certains seuils de chiffre d'affaires produisent un dossier maître (master file) détaillant la structure du groupe et les politiques de transfert de prix, ainsi qu'un dossier local (local file) documentant chaque transaction majeure. Même si vous n'auditez pas directement ce dossier, son absence ou son inadéquation affecte le profil de risque fiscal de l'entité que vous évaluez. Un auditeur prudent demande d'emblée si le dossier BEPS existe et, si oui, examine sa cohérence avec les états financiers.
La ligne directrice clé du BEPS est la substance plutôt que la forme. Une transaction ne se défend pas parce qu'elle est légale sur le plan formel, mais parce qu'elle reflète une réalité économique. L'OCDE a introduit la directive ATAD (Anti-Tax Avoidance Directive) en droit européen, qui limite les déductions d'intérêts et empêche l'utilisation d'instruments hybrides. Pour l'auditeur, cela signifie examiner si le classement comptable d'une dépense (intérêt, royalty, service fee) correspond à ce que la juridiction la plus restrictive considérerait comme valide.

Exemple pratique : Groupe Manufrance

Entité : Manufrance Industries S.A.S., fabricant français de composants métalliques, chiffre d'affaires 67 M EUR, groupe consolidé avec filiale à Singapour.
Situation : La filiale singapourienne (Manufrance Asia Pte Ltd) facture des services de gestion à la maison mère française pour 4,2 M EUR par an. Le taux de la prestation est argué être de « services de centre partagé » : gestion administrative, tenue de paie, support IT. Cependant, Singapour applique un impôt sur les sociétés de 17 %, tandis que la France en applique 25,83 %. L'économie fiscale annuelle est de 374 k EUR environ.
Étape 1 : Identification du risque BEPS
Note de documentation : audit checklist, section Risques de fraude et non-conformité fiscale, marquée comme « Domaine à risque élevé. transfert de prix transfrontalier »
Vous demandez la justification économique de ce niveau de frais. La réponse reçue : « Les services sont réels, les coûts directs sont ségrégés et facturés au coût majoré d'une marge commerciale standard de 15 % ». Cela ressemble à une réponse préparée. Vous allez vérifier.
Étape 2 : Examen du dossier maître BEPS
Note de documentation : « Dossier maître BEPS obtenu, date février 2024, produit par le groupe. Chapitres relatifs aux transferts de prix examinés ; politique de groupe appliquée depuis 2021 sans mise à jour. »
Le dossier maître énonce une politique de transfert de prix : « Services fournis par les centres partagés facturés sur la base de coûts réels plus marge commerciale usuelle du secteur ». Cependant, il ne contient pas de benchmark (comparaison avec des prestataires de services tiers) justifiant la marge de 15 %. Sans benchmark, la position fiscale est défendable formellement, mais fragile face à une vérification.
Étape 3 : Évaluation de l'exposition en impôt différé
Note de documentation : « IAS 12 Impôts différés : risque identifié que l'administration française conteste la déduction des 4,2 M EUR en tant que dépense non substantiée. Provision estimée : entre 800 k EUR et 1,2 M EUR (impôt additionnel + intérêts). Provision constituée : 950 k EUR au 31 décembre 2024. Justification : benchmark partiel obtenu pour 300 k EUR de services confirmant la marge ; reste sans support. »
Vous vérifiez le calcul de la provision en impôt différé. L'entité a retenu un scénario médian (950 k EUR) sur la base d'une probabilité d'ajustement par l'administration estimée à 55 %. Cela paraît raisonnable compte tenu du risque.
Étape 4 : Audit des divulgations
Note de documentation : « Annexe aux comptes, note sur les positions fiscales incertaines : divulgations conformes à IAS 12.89. Détail du risque de transfert de prix fourni, provision justifiée. Audit opinion : sans réserve. »
Vous vérifiez que la note aux états financiers reflète clairement :
Conclusion : Manufrance a identifié et documenté un risque BEPS réel. Sans la provision, la perte potentielle aurait été matérielle et non divulguée. L'auditeur a pu justifier une opinion sans réserve parce que le risque était reconnu et chiffré correctement.

  • La nature du risque identifié (transfert de prix non entièrement documenté)
  • Le montant de la provision (950 k EUR)
  • L'étendue de l'incertitude (fourchette basse 800 k, haute 1,2 M)
  • Le calendrier probable de résolution (vérification fiscale attendue 2026)

Ce que les auditeurs se trompent souvent

  • Niveau 1: Constats de vérification : Les autorités fiscales belges et françaises ont constaté en 2023-2024 que les PME disposant de filiales en juridictions à bas taux d'imposition ne produisaient souvent pas de dossier local BEPS. Le risque d'ajustement était identifié dans l'audit, mais aucune provision n'avait été constituée aux états financiers. Ces constats reflètent une sous-estimation systématique de l'exposition fiscale.
  • Niveau 2: Erreur pratique courante : L'ISA 315.34 exige que l'auditeur identifie les domaines de risque significatif avant de concevoir les procédures d'audit. Les équipes omettent souvent d'identifier les transferts de prix comme domaine de risque si le montant est inférieur à 5 % du bénéfice avant impôt. Or, c'est précisément la structure du BEPS que les entreprises utilisent : plusieurs petites transactions qui, additionnées, forment une érosion fiscale significative.
  • Niveau 3: Pratique documentaire insuffisante : Bien que l'ISA 230.8 impose à l'auditeur de documenter son évaluation des risques et les procédures mises en place, la plupart des dossiers d'audit ne contiennent pas d'analyse tracée des transferts de prix. Aucune référence au dossier maître BEPS de l'entité, aucune matrice des transactions transfrontalières significatives, aucune note sur la raison pour laquelle le risque de transfert de prix a été jugé acceptable ou non. C'est une lacune en termes de documentation d'audit, même si l'analyse a été effectuée oralement.
  • Niveau 4 : Articulation avec IAS 12.88 : IAS 12.88 exige que l'entité divulgue les jugements significatifs retenus pour déterminer les positions fiscales incertaines. Dans un cas concret récent, un cabinet mid-tier auditait une holding luxembourgeoise avec 12 M EUR de royalties intra-groupe versées à Jersey. L'équipe avait bien identifié le risque BEPS mais avait accepté la provision sans vérifier si la note annexe décrivait le jugement sous-jacent (probabilité d'ajustement, base de calcul). L'absence de cette divulgation a été soulevée par l'inspection qualité deux ans plus tard et a débouché sur une correction de l'opinion.

Terme connexe : Positions fiscales incertaines

Les positions fiscales incertaines sont étroitement liées au BEPS. Une position fiscale incertaine est une application interprétative de la fiscalité que l'entité a adoptée (par exemple, déduction d'une dépense, classification en tant que frais de siège plutôt que en tant que distribution de bénéfices) mais où le résultat fiscal final est incertain. Une position BEPS en est un cas particulier : c'est une position incertaine qui met particulièrement en jeu la substance économique par rapport à la forme, ou qui exploite un écart entre les juridictions. Tous les risques BEPS sont des positions fiscales incertaines ; toutes les positions fiscales incertaines ne sont pas des risques BEPS.

Termes associés

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