Fonctionnement
L'information de base relative au sujet de l'audit est la matière première sur laquelle repose votre opinion. C'est ce que vous examininez. À titre très simple, si vous auditez les comptes consolidés d'une entité qui adopte les normes IFRS, l'information de base est constituée par les registres comptables, les écritures de consolidation, les annexes et les pièces justificatives. Mais l'information de base inclut aussi les données brutes qui alimentent ces registres : les factures clients, les relevés bancaires, les registres de paie, les inventaires physiques.
L'ISA 100.13(c) précise que vous devez obtenir une compréhension du cadre de référence selon lequel l'information de base est présentée. Si l'entité utilise les IFRS, vous devez comprendre comment les principes des IFRS s'appliquent à son secteur et à ses opérations spécifiques. Si elle utilise un référentiel à usage restreint (par exemple, un référentiel de rapport comptable simplifié), vous devez le documenter et évaluer son acceptabilité.
L'ISA 315.26 ajoute une exigence : vous devez comprendre l'environnement dans lequel l'entité opère et la manière dont elle produit l'information de base. Cela inclut le système informatique, les personnes qui saisissent les données, les contrôles qui vérifient la complétude et l'exactitude des enregistrements. Cette compréhension est la fondation de votre évaluation des risques d'anomalies significatives au niveau des assertions.
Une documentation insuffisante de cette compréhension est parmi les constats les plus fréquents lors des inspections externes. Les dossiers d'audit décrivent souvent l'entité et ses opérations en termes génériques (« entité manufacturière opérant en Europe ») sans documenter les éléments spécifiques de l'information de base qui importent pour votre audit.
Exemple pratique : Fabrication Véron S.A.R.L.
Client : Véron S.A.R.L., fabricant français d'équipements de chauffage, chiffre d'affaires 28 M EUR, 145 salariés, adoption des normes IFRS depuis 2022.
Étape 1 : Obtenir l'information de base
Vous recevez de la part du directeur financier les éléments suivants : bilan au 31 décembre 2024, compte de résultat, tableau de flux de trésorerie, grand-livre, balance auxiliaire clients et fournisseurs, documents d'inventaire physique datés du 5 janvier 2025.
Note de documentation : Vous listez dans votre papier de travail de planification tous les éléments reçus avec la date de réception. Vous notez également les formats (numérique, papier, système) et l'responsable qui vous les a transmis.
Étape 2 : Comprendre le cadre de référence
Vous posez la question : « Avez-vous audité vos comptes conformément aux normes IFRS ou à un autre référentiel ? » La direction répond : IFRS. Vous demandez ensuite : « Avez-vous appliqué une quelconque exemption ou simplification autorisée par les IFRS ? » La direction indique qu'elle a appliqué l'exemption relative aux entités assujettis à la directive 2013/34/UE qui n'exigent pas la présentation des flux de trésorerie pour les petites entités. Vous documentez cet échange.
Note de documentation : Dans le papier de travail de référentiel, vous écrivez : « IFRS intégrales appliquées, avec exemption directive 2013/34/UE pour absence de tableau de flux de trésorerie en annexe. Cf. Annexe note 1.1. »
Étape 3 : Comprendre l'environnement de production de l'information
Vous demandez : « Comment saisissez-vous vos transactions ? » La direction explique : « Nous utilisons le logiciel Ciel Compta depuis 2019. Les factures clients sont saisies dans le module ventes. Les factures fournisseurs sont saisies dans le module achats. En fin de mois, le responsable financier lance une sauvegarde et prépare la balance. »
Vous notez les points de risque : une seule personne (le responsable financier) prépare les chiffres mensuels ; le logiciel est paramétré pour importer automatiquement les données bancaires trois fois par semaine ; il n'existe pas de rapprochement quotidien trésorerie.
Note de documentation : Vous créez un diagramme de flux montrant : facture client → saisie Ciel → balance client → grand-livre général → bilan. Vous notez à côté de chaque étape le responsable et la fréquence de contrôle. Pour la trésorerie, vous écrivez : « Rapprochement bancaire effectué mensuellement par le directeur financier après clôture. Pas de contrôle d'un tiers. »
Étape 4 : Évaluer l'acceptabilité du référentiel
L'information de base (les comptes IFRS) est-elle appropriée pour le contexte de Véron ? Oui : Véron est une entité française non cotée, soumise à la directive 2013/34/UE, et les IFRS sont un référentiel acceptable. Vous documentez cette évaluation.
Conclusion : Vous avez maintenant une compréhension documentée de l'information de base de Véron. Vous savez où elle provient (logiciel Ciel), comment elle est produite (saisie manuelle et import bancaire automatique), qui en est responsable (directeur financier), et selon quel cadre elle est présentée (IFRS avec exemption). Cette compréhension vous permet d'identifier les risques spécifiques à cette entité : le contrôle manuel mensuel (risque d'erreur), l'absence de séparation des tâches (risque de détournement de données), et la dépendance à une seule personne (risque de disruption).
Ce que les examinateurs et praticiens confondent
- Confondu avec l'audit des assertions : L'information de base est ce que vous examinez ; les assertions sont les catégories de risque pour cet examen. L'information de base concerne le quoi ; les assertions concernent le comment vous le testez. Un praticien peut documenter l'information de base (« les factures clients ») mais oublier de documenter comment il évalue le risque pour chaque assertion (existence, complétude, évaluation, présentation).
- Documentation implicite au lieu d'explicite : Beaucoup de dossiers supposent que l'information de base est comprise. L'ISA 100.13 exige que cette compréhension soit documentée de manière explicite. Une simple phrase dans le programme de travail (« nous avons compris les états financiers ») ne suffit pas. La documentation doit inclure les spécificités : le système utilisé, la personne responsable, les contrôles clés.
- Oubli des données non financières : L'information de base n'est pas limitée aux chiffres du bilan. Pour un auditeur travaillant sur des rapports intégrés (TFPR, CSRD en l'avenir), l'information de base inclut également les données de durabilité : consommation d'énergie, émissions CO2, indicateurs RH. Cette compréhension doit être documentée avec la même rigueur que celle des données financières.
Termes connexes
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- Cadre de référence applicable : le cadre (IFRS, référentiel simplifié) selon lequel l'information de base est présentée
- Assertions d'audit : les catégories de risque que vous évaluez pour l'information de base (existence, complétude, évaluation)
- Risque d'anomalie significative : le risque identifié après avoir compris l'information de base et son environnement
- Système informatique : la technologie qui produit et stocke l'information de base
- Contrôles clés : les processus qui vérifient la complétude et l'exactitude de l'information de base
- Papiers de travail de planification : le document où vous documentez votre compréhension de l'information de base