Definition
Nous voyons régulièrement des dossiers où la PD retenue par la direction repose sur un historique de cinq ou dix ans sans le moindre ajustement pour les conditions actuelles. Le chiffre paraît solide parce qu'il sort d'un modèle. Mais un modèle nourri de données périmées ne produit pas une estimation fiable. Il produit une fausse assurance.
Fonctionnement
La PD est le premier paramètre de la formule de perte attendue : perte attendue = PD × EAD × (1 − taux de recouvrement). Sous IFRS 9, chaque entité doit estimer la PD pour chaque portefeuille de créances, individuellement ou par groupes d'actifs présentant des profils de risque similaires. ISA 540.14 exige que vous évaluiez si la méthode de calcul que la direction a choisie est appropriée compte tenu des faits et circonstances de l'entité.
La PD peut être estimée selon quatre approches. Première : les données historiques internes, où l'entité utilise son propre historique de défauts pour calculer la fréquence des défauts observés au cours d'une période représentative. Deuxième : les données de marché ou les agences de notation, où l'entité utilise les probabilités publiées par Moody's ou Standard & Poor's. Troisième : les modèles statistiques, où l'entité construit un modèle multivariable reliant des variables macroéconomiques (taux de chômage et PIB, par exemple, ou taux d'intérêt et indice de confiance) à la probabilité observée de défaut. Quatrième : une approche hybride combinant données internes et externes, fréquente chez les entités qui manquent de profondeur historique sur certains segments. Chaque approche doit être documentée et justifiée dans le dossier de travail. ISA 540.A2 rappelle que l'auditeur doit comprendre la méthode choisie et vérifier que celle-ci est appliquée de manière cohérente.
Un point pratique souvent manqué : la calibration. Chez nos clients, nous constatons qu'une entité peut afficher une PD historique de 2 %, mais cette donnée a été calculée sur une période économique stable. Si les conditions actuelles sont différentes (récession et secteur en déclin, ou nouvelles exigences réglementaires modifiant le profil de risque), la PD historique doit être réajustée. Estimer « au doigt mouillé » que la PD ne bouge pas parce que « ça a toujours été comme ça » ne satisfait pas ISA 540.13(a), qui exige que l'estimation tienne compte de toutes les informations disponibles et fiables, y compris les changements de conditions depuis les périodes antérieures.
Exemple pratique : Baustoffe AG
Baustoffe AG est un distributeur de matériaux de construction établi en Suisse, avec un portefeuille de créances clients de 78 M CHF, principalement composé de petits et moyens entrepreneurs du secteur du bâtiment. À la clôture de 2024, l'entité doit évaluer les pertes de crédit attendues selon IFRS 9.
Étape 1. Identifier la PD historique. Baustoffe AG examine ses 10 dernières années de données de défaut. Au cours de cette période, le solde moyen des créances clients était de 65 M CHF. Le nombre de défauts non recouvrés était : année 1 = 0 défaut, année 2 = 1 défaut (180 k CHF), année 3 = 0 défaut... année 10 = 2 défauts (320 k CHF). Total sur 10 ans : 8 défauts, montant total non recouvré = 1,85 M CHF. Note de documentation : créer un tableau récapitulatif des défauts historiques par année, montant, et raison (insolvabilité, liquidation, abandon de créance).
PD historique simple = 8 défauts / 10 années / solde moyen annuel = 0,12 % par année.
Étape 2. Évaluer la pertinence pour la période actuelle. L'auditeur examine les conditions actuelles. Le secteur de la construction suisse a connu une légère contraction en 2023 (−1,2 % de croissance) mais une reprise attendue en 2024-2025. Les taux d'insolvabilité des PME suisses pour le secteur « bâtiment et travaux publics » publiés par l'Office suisse de la statistique montrent 2,8 défauts pour 1 000 entités en 2023, soit une augmentation par rapport aux 2,2 pour 1 000 en 2021. Baustoffe AG applique un facteur d'ajustement de 1,15 (= 2,8 / 2,43 en moyenne historique) pour refléter une PD ajustée = 0,12 % × 1,15 = 0,138 %. Note de documentation : joindre la source de données de l'office de la statistique, la formule d'ajustement et la justification du facteur.
Étape 3. Segmenter par profil de risque. Baustoffe AG segmente ses créances clients en deux catégories principales (micro-entrepreneurs et PME-ETI) selon la taille de l'entrepreneur. Les données historiques montrent que les micro-entrepreneurs ont une PD légèrement supérieure (0,18 %) en raison d'une plus grande volatilité économique, tandis que les PME-ETI regroupées ont une PD inférieure (0,08 % à 0,10 %). L'entité applique ces PD différenciées par segment plutôt qu'une PD unique. Note de documentation : tableau de PD par segment, justification statistique (régressions logistiques ou arbre de décision), effectif de la population par segment.
Étape 4. Tester la cohérence et les hypothèses. L'auditeur compare la PD appliquée (0,138 % global) avec les données externes. Une recherche sur les taux de défaut des portefeuilles de créances non garanties auprès de fournisseurs de benchmarking (Bloomberg ou Moody's) montre un taux comparable pour les PME de la construction en Europe continentale : 0,11 % à 0,16 %. La PD appliquée par Baustoffe AG se situe dans cette fourchette. Note de documentation : comparaison avec les données de marché ou sources externes, écarts expliqués (exposition géographique, sélection des clients).
Conclusion. Baustoffe AG a appliqué une PD de 0,138 % par segment, appuyée par un historique interne calibré sur les conditions actuelles, validée par rapport aux benchmarks de marché. Cette approche est défendable sous ISA 540.13(a) et IFRS 9.5.5.
Ce que les réviseurs et praticiens manquent
Les inspections de la H2A et de la CNCC relèvent que 34 % des dossiers examinés appliquaient une PD statique sans ajustement cyclique, contrairement à IFRS 9 qui exige une PD « forward-looking » intégrant les conditions attendues. La PD historique stable n'est pas une PD à terme. C'est une des conclusions d'inspection les plus frustrantes parce que la correction est simple. Il suffit de documenter la passerelle entre la PD historique et les conditions actuelles. Mais les dossiers que nous voyons ne le font pas.
Les équipes confondent fréquemment la PD avec le taux de défaut observé au cours de la seule période actuelle. ISA 540.13(a) exige une estimation fondée sur un ensemble suffisant de données historiques représentatives. Utiliser uniquement les 12 derniers mois de défauts parce que les conditions sont « actuelles » est une application incomplète de la norme.
La segmentation par profil de risque est rarement documentée de manière granulaire. Les entités calculent une PD unique pour l'ensemble du portefeuille, puis l'appliquent à tous les segments. ISA 540.A2 suggère que des groupes présentant des profils de risque différents devraient avoir des estimations distinctes. L'absence de segmentation ne signifie pas une erreur, mais elle limite la précision et rend plus difficile la validation de l'estimation.
Termes connexes
[Exposition au risque de défaut (EAD)]: Le montant du crédit auquel une contrepartie est exposée au moment du défaut. Travaille avec la PD pour estimer la perte attendue.
[Taux de recouvrement]: Le pourcentage du montant en défaut que le créancier parvient à récupérer après défaut. Réduit la perte attendue (perte attendue = PD × EAD × (1 − taux de recouvrement)).
[Estimation comptable (IFRS 9)]: Catégorie plus large dont la PD est une composante ; gouvernée par ISA 540 et requiert une évaluation appropriée de la direction et un audit des hypothèses sous-jacentes.
[Probabilité pondérée]: Concept d'estimation qui s'applique à la PD ; l'entité peut estimer plusieurs scénarios (PD faible, PD base, PD haute) avec des probabilités assignées plutôt qu'une seule PD point.
[Données externes et benchmarks]: Données de marché ou agences de notation utilisées pour valider ou ajuster les PD internes.
[Modèle de notation interne (IRB)]: Sous Bâle III, les banques peuvent utiliser leurs propres modèles pour estimer la PD plutôt que des pondérations réglementaires ; les auditeurs de banques doivent comprendre la gouvernance de ces modèles (ISA 540.A21).
Liens internes
- Estimation comptable (IFRS 9) - Pertes de crédit attendues (PCE) - Pertes de crédit attendues sur 12 mois vs durée de vie (IFRS 9)
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