Definition
Le dossier le plus reproche par la H2A sur ce sujet n'est pas un dossier ou l'auditeur a manque l'influence significative a 25 %. C'est un dossier ou il a ecarte l'influence significative a 18 %, parce que << on est en dessous de 20 % >>, sans regarder le pacte d'actionnaires, sans relire les proces-verbaux du conseil, sans reflechir aux operations entre l'investisseur et la cible. Au doigt mouille. Et c'est defendable a peu pres jusqu'au moment ou un confrere ouvre le dossier.
Le piege de la presomption de 20 %
Le piege que nous voyons le plus souvent chez nos clients : l'auditeur lit l'IAS 28.5, retient << 20 % cree une presomption d'influence significative >>, et applique la regle a l'envers. Sous 20 %, pas d'influence significative. Au-dessus, mise en equivalence. Le forfait de 20 minutes pour conclure sur la nature de la participation. Le dossier est trop leger.
Ce que l'IAS 28.5 dit reellement, c'est que la presomption joue dans les deux sens. L'IAS 28.6 enumere les indicateurs qui peuvent etablir l'influence significative independamment du seuil : representation au conseil d'administration ou de surveillance, participation au processus d'elaboration des politiques (y compris la politique de dividende), transactions significatives entre l'investisseur et la cible, echange de personnel dirigeant, fourniture d'informations techniques essentielles. N'importe lequel de ces indicateurs peut etablir l'influence significative a 12 % comme la rebutter a 28 %.
La zone grise est la, et c'est elle qui demande du jugement. Une participation a 18 % avec un siege au conseil et un contrat de fourniture exclusif representant 40 % du chiffre d'affaires de la cible : influence significative, et nous avons vu des dossiers conclure l'inverse. Une participation a 25 % sans siege au conseil parce que les autres actionnaires ont signe un pacte qui exclut le nouvel arrivant des decisions strategiques, et qui ne recoit que les comptes annuels publies : la presomption peut tomber. Mais elle ne tombe que si le pacte est dans le dossier et que la conclusion est argumentee.
Ce que la norme exige reellement
L'IAS 28.6 liste les indicateurs. L'IAS 28.7 precise que la possession des droits de vote potentiels (options exercables, instruments convertibles) doit etre prise en compte dans l'analyse, ce que beaucoup de dossiers oublient. L'IAS 28.8 a 28.9 precisent que la perte de l'influence significative declenche la sortie de la mise en equivalence et le passage a IFRS 9 ou a IFRS 10/11 selon le cas.
Ce qui se passe en pratique : la documentation de l'evaluation initiale, quand elle existe, tient en une demi-page. Le tableau du papier M.1 coche les indicateurs IAS 28.6, sans references aux pieces. Les statuts de la cible, le pacte d'actionnaires, les proces-verbaux post-acquisition sont rarement dans le dossier. Quand la H2A ouvre, la conclusion est presentee comme acquise, sans pouvoir etre retracee aux pieces. Le constat tombe sur l'IAS 28 mais aussi sur la NEP 500, parce que c'est l'absence d'elements probants suffisants et appropries qui pose probleme, pas le fond de la conclusion.
La reevaluation annuelle est l'autre angle mort. L'IAS 28.5 exige une reevaluation des qu'un changement intervient dans la gouvernance, le capital ou les arrangements contractuels. Un changement de president du conseil de la cible, une modification du pacte d'actionnaires, l'arrivee d'un nouvel actionnaire de reference qui modifie l'equilibre des votes : tous declenchent une reevaluation. Dans les dossiers que nous voyons, la reevaluation est documentee dans 1 cas sur 5. Le reste fait du SALY : on reprend la conclusion de l'an passe, on coche, on signe.
La ou les associes ne sont pas d'accord
Voici le point ou il y a un vrai debat collegial, et il vaut la peine de le poser explicitement.
Position A : la representation au conseil suffit a etablir l'influence significative en dessous de 20 %. C'est la lecture stricte de l'IAS 28.6(a). Si l'investisseur a un siege, par definition il participe aux decisions de politique financiere et operationnelle. Le seuil quantitatif devient secondaire.
Position B : la representation au conseil ne suffit pas si le siege est un siege << observateur >> ou si le pacte d'actionnaires limite les decisions soumises au conseil aux questions courantes. L'influence est un concept substantiel, pas formel. Un siege sans pouvoir de vote sur les budgets, les investissements ou la politique de dividende ne demontre pas l'influence significative.
Les deux positions ont leurs partisans. Position A a l'avantage de la securite documentaire : le siege est une piece factuelle, le pacte d'actionnaires se discute. Position B a l'avantage de la fidelite economique : si l'investisseur ne pese pas reellement sur les decisions, conclure a l'influence est une fiction comptable. Ce que nous retenons : si vous etes en dessous de 20 % et que la conclusion est OUI, le dossier doit demontrer la substance, pas seulement la formalite. Le proces-verbal d'un conseil ou le representant a vote sur le budget vaut plus que la mention du siege dans les statuts.
Pourquoi les cabinets sur-utilisent la regle des 20 %
Le second-order ici, c'est que la regle des 20 % est sur-utilisee non pas parce que les associes ne connaissent pas l'IAS 28.6, mais parce qu'elle resout un probleme de productivite. Conclure a partir d'un seul chiffre quantitatif prend dix minutes. Conclure a partir d'un faisceau d'indices qualitatifs (lecture du pacte, analyse des PV, evaluation des transactions intercos) prend une demi-journee, et la conclusion est defendable mais pas certaine. Sur des participations qui ne sont pas materielles isolement, le forfait l'emporte. Et tant que la H2A n'a pas tape sur ce point precis, le forfait passe.
Je l'avoue : nous avons vu nos propres dossiers raccourcir cette analyse sur des participations a 12 % ou 15 % parce que << ca ne pouvait pas etre une influence significative >>. Sur l'une d'entre elles, la cible representait 18 % du chiffre d'affaires du groupe via un contrat de prestation. La conclusion etait fausse. Heureusement, elle a ete revue avant le rapport.
Exemple pratique : Beaumont & Associes SARL
Entite : Beaumont & Associes SARL est un cabinet de conseil en gestion francais base a Lyon. Chiffre d'affaires 2024 : 8,5 M EUR. En janvier 2024, Beaumont a acquis une participation de 25 % dans Logistique Rhone-Alpes SAS, prestataire logistique regional. Prix d'acquisition : 2,1 M EUR.
Etape 1 : evaluation initiale (a la lecture des statuts)
A premiere vue, 25 % declenche la presomption de l'IAS 28.5. La conclusion semble acquise. Le contrat d'acquisition prevoit un siege au conseil d'administration de Logistique Rhone-Alpes pour Beaumont, avec voix deliberative sur les budgets, les investissements superieurs a 500 k EUR et la politique de dividende. Le gerant de Logistique conserve le quotidien.
Note de documentation : papier M.1 avec les indicateurs IAS 28.6. Pieces : statuts (annexe M.1.a), contrat d'acquisition (annexe M.1.b), composition du conseil au 31/12/2024 (annexe M.1.c).
Etape 2 : la complication
Au cours de l'audit 2024, le directeur financier de Beaumont mentionne en passant qu'un autre actionnaire de Logistique (un fonds detenant 30 %) a signe en juin 2024 un pacte d'actionnaires avec le gerant fondateur (qui detient 35 %). Le pacte n'a pas ete communique a Beaumont au moment de la signature. Lecture du pacte : les decisions strategiques (budgets pluriannuels, ouverture de nouveaux sites, modification du capital) requierent l'accord conjoint du fonds et du gerant. Beaumont est de fait exclu de ces decisions, meme si son representant siege au conseil.
C'est la zone grise. La representation au conseil reste un fait. Mais la substance des decisions soumises au conseil de Logistique est desormais limitee aux questions d'execution. Le pacte n'est pas opposable a Beaumont, mais il decrit la realite economique du pouvoir de decision.
Etape 3 : le jugement
Deux lectures possibles.
Lecture 1 : Beaumont conserve l'influence significative. Le siege est reel, le representant vote au conseil, les comptes mensuels sont communiques. La presomption de 20 % joue, et aucun indicateur de l'IAS 28.6 n'est detruit. Mise en equivalence.
Lecture 2 : Beaumont a perdu l'influence significative au cours de l'exercice. Le pacte d'actionnaires de juin 2024 a transfere le pouvoir de decision strategique a un bloc dont Beaumont est exclu. Les decisions soumises au conseil ne sont plus que des decisions d'execution. La participation devient un actif financier IFRS 9, et la juste valeur s'applique a partir de la date du pacte (IAS 28.22 sur la perte d'influence).
Nous avons retenu la lecture 1, parce que les proces-verbaux du second semestre 2024 montrent que des decisions de politique de dividende et de validation budgetaire 2025 ont ete soumises au conseil et que le representant de Beaumont a effectivement vote. Mais nous avons documente la lecture 2, le pacte, et la note de revue de l'associe. Si en 2025 le pacte d'actionnaires conduit a vider le conseil de sa substance, la conclusion bascule.
Conclusion : influence significative confirmee pour 2024. Mise en equivalence appliquee. Quote-part du resultat 2024 de Logistique (24 k EUR x 25 % = 6 k EUR) reconnue. Reevaluation prevue a la cloture 2025, avec extraction des proces-verbaux de l'annee. Le dossier contient le pacte, l'analyse, et la note de revue. Si la H2A ouvre, le raisonnement se defend.
Ce que les dossiers manquent le plus souvent
Les trois angles morts que nous trouvons en revue chez nos clients :
- Pacte d'actionnaires non lu. Le dossier conclut a partir des statuts et du pourcentage. Le pacte d'actionnaires, qui peut ajouter ou retirer l'influence significative, n'est pas dans le dossier. C'est le constat NEP 500 le plus frequent sur ce sujet : conclusion non etayee par les pieces probantes appropriees.
- Droits de vote potentiels ignores. L'IAS 28.7 exige de prendre en compte les options et les instruments convertibles. Une participation a 18 % avec une option sur 7 % supplementaires immediatement exercable doit etre evaluee a 25 %. Le dossier qui ne mentionne pas les options dans le calcul est faux sur la conclusion, meme si la conclusion est par hasard correcte.
- Pas de reevaluation lors des changements de gouvernance. L'IAS 28.5 exige la reevaluation, mais la reevaluation suppose qu'on detecte le changement. Sans procedure de revue annuelle des PV, des pactes et de la composition du conseil, le changement passe inapercu. C'est SALY : on reprend l'an passe.
Influence significative vs controle
| Dimension | Influence significative | Controle |
|---|---|---|
| Seuil quantitatif typique | 20 % a 50 % (presomption rebutable IAS 28.5) | Plus de 50 %, ou pouvoir de fait (IFRS 10) |
| Substance | Participation aux decisions financieres et operationnelles | Direction unilaterale des activites pertinentes |
| Methode comptable | Mise en equivalence (IAS 28.10) | Consolidation par integration globale (IFRS 10) |
| Representation au conseil | Un ou plusieurs sieges, pas la majorite | Majorite ou controle de fait |
| Reevaluation | Annuelle, et a chaque changement de gouvernance | Continue, sur le pouvoir et les rendements |
Quand cette distinction joue sur une mission
Sur une participation a 22 % avec une valeur d'acquisition de 2,5 M EUR, la difference entre << influence significative >> et << pas d'influence significative >> change le bilan consolide et le compte de resultat de facon non triviale. Mise en equivalence : la participation porte la quote-part du resultat depuis l'acquisition, soit + 150 k EUR par an si la cible est rentable a hauteur de 700 k EUR de resultat net. Pas d'influence significative : IFRS 9 a la juste valeur, et aucun resultat n'est reconnu jusqu'a la vente ou au dividende, sauf reevaluation OCI ou P&L selon la classification.
Sur une mission EIP, ce point est ouvert au controle qualite externe et au controle H2A. Sur une mission TPE/PME avec consolidation volontaire, il est ouvert au CAC successeur. Dans les deux cas, le raisonnement doit etre dans le dossier au moment de la signature, pas reconstruit en revue.
Termes connexes
- Controle (IFRS 10) : exposition a des rendements variables et capacite de les influencer. Plus exigeant que l'influence significative. - Entreprise associee : entite sur laquelle l'investisseur exerce une influence significative. Mise en equivalence par defaut. - Mise en equivalence (IAS 28.10) : methode comptable par laquelle la participation est portee au cout d'acquisition ajuste de la quote-part du resultat post-acquisition. - Controle conjoint (IFRS 11) : arrangement contractuel ou deux ou plusieurs parties exercent un pouvoir conjoint. Distinct de l'influence significative unilaterale. - Juste valeur (IFRS 13) : mesure applicable aux participations classees IFRS 9 (sans influence significative ni controle). - Gouvernance d'entreprise (NEP 260, alignee sur ISA 260) : processus de direction et de surveillance que le CAC evalue pour identifier les risques lies a l'exercice de l'influence sur les decisions de l'entite.
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