Definition
Chaque année, les directions nous présentent un test de dépréciation du goodwill qui conclut, sans surprise, que le goodwill n'a pas perdu de valeur. Les hypothèses de croissance ressemblent au plan stratégique, le taux d'actualisation tombe au bon endroit, et la valeur recouvrable dépasse confortablement la valeur comptable. Chez nos clients, nous constatons qu'un certain nombre de ces tests sont construits au doigt mouillé (les paramètres ajustés pour obtenir le résultat voulu) plutôt que sur une analyse indépendante des données de marché.
Fonctionnement
Le goodwill n'est pas un actif comme les autres. C'est le surprix payé lors d'une acquisition au-delà de la juste valeur des actifs identifiables nets. Contrairement aux autres immobilisations, il ne peut pas être amorti directement selon IFRS. IAS 36.80 exige que vous testiez sa valeur chaque année pour déterminer s'il a perdu de sa valeur.
Le test fonctionne ainsi : vous estimez la valeur recouvrable de l'UGT à laquelle le goodwill est attribué. Cette valeur recouvrable est le plus élevé de deux chiffres (la juste valeur nette des frais de sortie, ou la valeur d'usage, c'est-à-dire les flux de trésorerie futurs actualisés). Si la valeur comptable de l'UGT (goodwill compris) dépasse sa valeur recouvrable, vous reconnaissez une perte de dépréciation.
IAS 36.104 exige que vous documentiez les hypothèses clés utilisées dans le calcul : taux de croissance du chiffre d'affaires, marges bénéficiaires, taux d'actualisation (WACC ou taux spécifique) et période de projection. Les auditeurs testent rarement la formule elle-même. Ils testent les hypothèses sous-jacentes. Un taux de croissance perpétuelle de 4 % exige une justification, pas une hypothèse par défaut.
Exemple pratique : Société Montpellier Industrie S.A.S.
Client : groupe manufacturier français, basé à Montpellier, chiffre d'affaires 78 M EUR, rapporteur IFRS.
En 2023, Montpellier Industrie a acquis une filiale italienne pour 32 M EUR. La juste valeur des actifs identifiables nets s'élevait à 18 M EUR. L'écart d'acquisition inscrit au bilan : 14 M EUR.
Étape 1 : identification de l'UGT L'équipe d'audit identifie que le goodwill est attribué à la division italienne. Bien que consolidée, cette division génère ses propres flux de trésorerie. C'est l'UGT.
Note de documentation : « Goodwill alloué à UGT Italie. Valeur comptable UGT incluant goodwill : 26 M EUR (actifs nets 12 M EUR + goodwill 14 M EUR). »
Étape 2 : projection des flux de trésorerie La direction projette les flux de trésorerie de la division italienne pour cinq ans : - Année 1 : 3,2 M EUR - Année 2 : 3,6 M EUR - Année 3 : 3,9 M EUR - Année 4 : 4,1 M EUR - Année 5 : 4,3 M EUR - Valeur terminale (croissance perpétuelle à 2,5 %) : 50 M EUR
Note de documentation : « Hypothèses de croissance fondées sur le plan stratégique 2024-2028. Croissance perpétuelle 2,5 % alignée sur taux inflation long terme Italie. »
Étape 3 : sélection du taux d'actualisation L'auditeur challenge le WACC utilisé par la direction (8,2 %). Il compare ce taux à celui des pairs italiens de taille similaire (8,0 % à 8,8 %) et au coût de la dette de Montpellier Industrie (4,1 %). Le WACC de 8,2 % se situe à l'intérieur de la fourchette de marché. L'auditeur l'accepte.
Note de documentation : « WACC 8,2 % accepté. Benchmarking vs pairs : Fiat Industrial 8,3 %, Danieli 7,9 %. Aucun ajustement requis. »
Étape 4 : calcul de la valeur recouvrable Valeur présente des flux 2024-2028 : 15,8 M EUR Valeur présente de la valeur terminale : 31,9 M EUR Valeur recouvrable totale : 47,7 M EUR
Note de documentation : « Calcul Excel : colonne C (flux), colonne D (facteur actualisation), colonne E (flux actualisés). Total : 47,7 M EUR. »
Étape 5 : comparaison et conclusion Valeur comptable de l'UGT : 26 M EUR Valeur recouvrable : 47,7 M EUR Excédent : 21,7 M EUR
Aucune dépréciation requise. Le goodwill n'a pas perdu de valeur.
Conclusion : le goodwill de 14 M EUR reste intégralement comptabilisé. L'auditeur documente le test complet et les hypothèses justifiées dans le dossier. Aucun ajustement audit nécessaire.
Ce que les auditeurs et inspecteurs repèrent couramment
Hypothèses de croissance non documentées. Les équipes appliquent une croissance perpétuelle de 3 % par défaut sans lien avec les taux de croissance historiques ou les prévisions de marché. IAS 36.A13 exige que vous documentiez comment vous avez choisi ce taux. Une inspection du H3C révélera une hypothèse sans justification, et le constat tombera.
Taux d'actualisation calibré après coup. Nous voyons des directions qui choisissent un WACC de 6,5 % pour faire passer un test de dépréciation limite. Le commissaire aux comptes (CAC) accepte ce taux sans le comparer aux taux sectoriels, sans évaluer le coût de la dette réel de l'entité, sans se demander pourquoi ce taux diffère de celui utilisé dans les analyses d'investissement internes. IAS 36.55 et l'Annexe A établissent les critères de sélection du taux. Une déviation doit être justifiée. Je l'avoue : quand le WACC du test de dépréciation ne correspond pas au WACC du business plan, c'est le signal le plus fiable que les chiffres ont été construits pour le résultat.
Période de projection supérieure à cinq ans sans justification. IAS 36.33 reconnaît que les projections au-delà de cinq ans sont moins fiables. Si une direction projette dix ans, le CAC demande pourquoi. Une justification sectorielle (cycle de vie long de l'industrie) est acceptable. L'absence de justification ne l'est pas.
Sensibilité non testée. Le test de dépréciation passe avec un excédent confortable, et personne ne vérifie ce qui se produit si le taux d'actualisation augmente de 50 points de base ou si la croissance perpétuelle tombe à 1,5 %. Quand l'excédent disparaît à la moindre variation d'hypothèse, le confort affiché par le test est trompeur.
Termes connexes
[Juste valeur] : évaluation d'une UGT au prix le plus probable dans une transaction de marché, non influencée par des circonstances exceptionnelles. IAS 36.18 utilise ce concept pour définir la valeur recouvrable.
[Valeur d'usage] : flux de trésorerie futurs estimés actualisés au taux propre à l'UGT, intégrant les risques spécifiques de cette division ou filiale.
[Unité génératrice de trésorerie] : le plus petit regroupement d'actifs susceptible de générer des entrées de trésorerie indépendantes des autres actifs. Le goodwill doit être attribué à une UGT pour être testé.
[Perte de dépréciation] : réduction de la valeur comptable d'un actif inscrite au compte de résultat lorsque la juste valeur tombe en dessous de la valeur comptable.
[Valeur résiduelle] : montant estimé qu'une entité pourrait obtenir de la vente d'une immobilisation à la fin de sa durée d'utilité. Utilisée dans les calculs de dépréciation.
[WACC (coût moyen pondéré du capital)] : taux d'actualisation reflétant le coût du financement par dette et par capitaux propres, pondéré par leur part dans la structure de financement de l'entité.
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