Definition

La H2A, dans ses rapports de synthèse depuis 2022, revient sur un constat qui ne change pas : les évaluations de continuité d'exploitation s'appuient sur le résultat net seul, sans calcul du flux de trésorerie disponible (FTD). Nous voyons exactement le même schéma dans les dossiers que nous reprenons en deuxième examen. Le partner ouvre la note de continuité, lit « résultat net positif, hypothèse retenue », et passe à la suite. Pas de tableau, pas de rapprochement avec le service de la dette, pas de FTD. Le dossier est trop léger.

Fonctionnement

IAS 7.18 fixe le point de départ : le flux net provenant des activités d'exploitation. À partir de ce montant, vous soustrayez les décaissements pour acquisitions d'immobilisations (équipements, travaux de construction, brevets) et vous ajoutez les encaissements provenant de cessions d'immobilisations. Ce qui reste sert la dette, paie les dividendes ou reconstitue la trésorerie.

Le calcul est observable directement dans le tableau de flux. Vous n'estimez rien. Flux d'exploitation moins décaissements pour acquisitions d'immobilisations égale FTD. Quand une entité ne présente jamais ce montant, c'est souvent que la direction n'a pas intégré ce qui reste une fois les investissements de maintien couverts.

Pourquoi ce montant pèse autant. Une entité peut afficher un résultat net de 2 M EUR au sens d'IAS 1 et un FTD de (0,5 M EUR) si elle investit agressivement. Les créanciers et les propriétaires veulent savoir quel argent était réellement disponible. Un résultat comptable sans trésorerie ne paie ni les intérêts ni les actionnaires.

Ce qui se passe réellement dans nos dossiers

ISA 570.13(a) ne prononce jamais le sigle FTD. Le standard exige seulement « l'évaluation des événements ou conditions susceptibles de susciter des doutes sur la continuité d'exploitation ». Voilà la formulation textuelle. Et c'est sur cette formulation que se tient le débat. Nous pensons que le FTD est la mesure la plus directe de cette évaluation, parce qu'aucun autre indicateur ne dit aussi précisément si l'entité aura, dans douze mois, assez de cash pour rembourser son échéancier. Le résultat net peut être positif quand l'entité s'asphyxie. Nous l'avons vu trois fois cette année.

Et pourtant. Beaucoup de confrères n'inscrivent rien sur le FTD dans la note de continuité. Pourquoi ? Trois raisons que nous avons identifiées. D'abord, la méthodologie cabinet par défaut s'arrête au tableau de flux IAS 7 sans demander un calcul dérivé. Ensuite, la pression temps en fin de mission pousse à conclure « au doigt mouillé » : si le résultat net est positif, la continuité passe. Enfin, une mauvaise compréhension du standard : ISA 570 ne nomme pas le FTD, donc certains en concluent qu'il n'est pas requis. Cette troisième raison est celle qui nous inquiète le plus, parce qu'elle se transmet à toute une équipe de collaborateurs.

Exemple concret : Société Michaud Logistics SAS

Mandat : entreprise française de logistique, exercice 2024, chiffre d'affaires 28,5 M EUR, normes IFRS.

Étape 1 : Obtenir le flux de trésorerie d'exploitation Flux net d'exploitation : 4,2 M EUR Note de documentation : extrait du tableau de flux de trésorerie, section 6.2 des annexes

Étape 2 : Identifier les décaissements pour acquisitions d'immobilisations Acquisitions d'équipements de manutention : (1,1 M EUR) Travaux d'aménagement d'entrepôts : (0,8 M EUR) Produits de cession d'équipements obsolètes : +0,2 M EUR Décaissement net pour investissements : (1,7 M EUR) Note de documentation : tableau des mouvements d'immobilisations incorporelles et corporelles, note 7.3

Étape 3 : Calculer le FTD FTD = 4,2 M EUR − 1,7 M EUR = 2,5 M EUR Note de documentation : calcul en tableau annexe PT 5.2, trésorerie disponible pour service de la dette et distributions

Étape 4 : Évaluer la suffisance pour l'exercice suivant Paiements d'intérêts prévus : 0,6 M EUR. Remboursements de principal prévus : 0,4 M EUR. Le FTD couvre ces obligations avec marge. La continuité d'exploitation est soutenue. Aucun besoin de refinancement pressant. Note de documentation : rapprochement du FTD avec les engagements de trésorerie prévus au PT 5.3

La complication que nous n'avions pas anticipée

Le manager senior, en revue de PT 5.3, a relevé un point que l'équipe de terrain avait raté. Le flux d'exploitation de 4,2 M EUR intégrait une libération de besoin en fonds de roulement de 1,3 M EUR : un client important avait soldé une créance ancienne en novembre 2024, élément non récurrent. En retraitant cet effet, le flux d'exploitation normalisé tombait à 2,9 M EUR. Le FTD normalisé n'était donc pas 2,5 M EUR mais 1,2 M EUR. La couverture des obligations de 1,0 M EUR (0,6 + 0,4) restait positive, mais la marge fondait. Je l'avoue, sans cette revue, nous serions passés à côté. Nous avons réécrit la note de continuité en distinguant FTD reporté et FTD normalisé, et nous avons ajouté un test de sensibilité sur l'année suivante.

Conclusion : Michaud Logistics génère assez de trésorerie opérationnelle récurrente pour couvrir investissements, intérêts et remboursements, à condition de regarder le FTD normalisé et pas le FTD brut. La continuité d'exploitation n'est pas compromise. Sans cette analyse, l'audit aurait reposé sur le résultat net seul, ce qui ne répond pas à ISA 570.13(a).

Ce que les auditeurs et les examinateurs confondent

- Tier 1 : Les rapports de synthèse de la H2A constatent depuis 2022 que beaucoup de cabinets documentent flux d'exploitation et flux d'investissement sans jamais produire de calcul explicite du FTD. La formulation H2A est précise : l'évaluation de la continuité d'exploitation au sens d'ISA 570.13 s'appuie souvent sur le résultat net seul, sans analyse du flux de trésorerie réellement disponible pour le service de la dette ou les investissements futurs. Le dossier est trop léger.

- Tier 2 : Beaucoup d'auditeurs incluent les intérêts versés dans le flux d'exploitation (option correcte au sens d'IAS 7.33) puis oublient de retraiter pour calculer un FTD « avant service de la dette ». Cela crée une ambiguïté sur ce qui reste pour les propriétaires. ISA 320.A1 demande un jugement professionnel exercé avec clarté ; une trésorerie disponible ambiguë ne tient pas.

- Tier 3 : Même quand le FTD est calculé, le dossier ne documente pas comment. Le standard ne dit pas « affichez le FTD », mais un auditeur qui s'appuie sur ce nombre pour conclure sur la continuité doit montrer la dérivation. Sans cette dérivation, un examinateur de la CNCC ou un confrère en revue qualité ne peut pas suivre le raisonnement. C'est de l'usine à gaz reconstituée a posteriori, pas un papier de travail.

La zone grise : intérêts versés en exploitation ou en financement

IAS 7.33 ouvre deux options. Les intérêts versés peuvent être classés en flux d'exploitation ou en flux de financement. Cette option a une conséquence directe sur le FTD, et nous voyons régulièrement deux partners du même cabinet aboutir à deux FTD différents pour le même mandat.

Partner A classe les intérêts versés en financement. Sa formule : FTD = OCF − Capex. Sa logique : les intérêts rémunèrent les apporteurs de capitaux, donc ils sortent du périmètre opérationnel. Le FTD ainsi calculé représente la trésorerie disponible avant rémunération des créanciers et des actionnaires. C'est le FTD « avant service de la dette ».

Partner B classe les intérêts versés en exploitation. Sa formule : FTD = OCF − Capex, où l'OCF est déjà net des intérêts. Sa logique : IAS 7.33 admet ce traitement, et il reflète la consommation réelle de cash sur l'exercice. Le FTD ainsi calculé représente la trésorerie disponible après intérêts mais avant remboursement de principal. C'est le FTD « après service partiel de la dette ».

Les deux ont raison au sens du standard. Notre position : pour une analyse de continuité, le FTD avant service de la dette (Partner A) est plus parlant, parce qu'il se confronte ensuite à l'échéancier complet (intérêts + principal). Pour une analyse de valeur (DCF, multiples), le FTD après intérêts (Partner B) colle mieux à la réalité économique. Le danger n'est pas de choisir une option ; c'est de mélanger les deux dans le même dossier sans le dire.

Flux d'exploitation vs. flux de trésorerie disponible

DimensionFlux d'exploitationFlux de trésorerie disponible
QuoiTrésorerie générée par les activités normales d'exploitationTrésorerie restante après investissements en immobilisations
FormuleRésultat net + amortissements − variations du besoin en fonds de roulementFlux d'exploitation − dépenses en capital + produits de cession
ButMontrer la capacité de l'entité à générer de la trésorerie via ses opérationsMontrer ce qui reste pour rémunérer les créanciers et les propriétaires
UtilisateursAnalystes de trésorerie, gestionnaires de fonds de roulementCréanciers, actionnaires, auditeurs évaluant la continuité
Point faible courantPeut être gonflé si le besoin en fonds de roulement est réduit artificiellementSouvent non calculé ou non rapproché avec les engagements de remboursement

Quand cette distinction compte en audit

Mandat d'une PME manufacturière. L'auditeur lit un flux d'exploitation à 3,1 M EUR. Confortable au premier regard. Mais l'entité a investi 2,8 M EUR en nouvelles chaînes de production. FTD réel : 0,3 M EUR. Échéancier de dette à court terme l'année suivante : 0,5 M EUR. Le flux d'exploitation seul ne signale pas ce trou. L'entité devra refinancer ou lever des fonds. La continuité n'est pas acquise. Sans analyse du FTD, l'audit serait passé à côté du signal. ISA 570.13(a) exige l'évaluation des événements susceptibles de susciter des doutes sur la continuité ; un FTD insuffisant face aux engagements futurs en est un, sans ambiguïté.

C'est ce genre de dossier qui nous tient éveillés. Quand un confrère nous dit « le résultat net est positif, ça suffit », nous savons que la prochaine inspection H2A va sortir un constat. Et nous savons qu'un examinateur CNCC qui ouvre le dossier en revue qualité ne trouvera pas le rapprochement qu'il cherche.

Termes connexes

- Flux de trésorerie d'exploitation : le flux brut avant prise en compte des investissements, le numérateur de la plupart des calculs de FTD - Dépenses en capital : les décaissements pour acquisitions d'immobilisations incorporelles et corporelles qui réduisent le FTD - Ratio de couverture des intérêts : le FTD divisé par les intérêts versés, indicateur de capacité à servir la dette - Hypothèse de continuité d'exploitation : l'évaluation visée par ISA 570 qui s'appuie partiellement sur l'analyse du FTD - Flux de trésorerie libre : terme alternatif pour FTD, utilisé de façon interchangeable dans la pratique - Tableau des flux de trésorerie : le document IAS 7 où s'observent tous les flux d'exploitation, d'investissement et de financement

Termes connexes pour la structuration en chaînes thématiques

Cet ensemble de termes constitue une chaîne de lecture autour de l'analyse de trésorerie en audit :

1. Flux de trésorerie d'exploitation (amont) → le FTD utilise ce montant comme point de départ 2. FTD (central) → alimente l'hypothèse de continuité d'exploitation au sens d'ISA 570 3. Ratio de couverture des intérêts (application) → mesure la suffisance du FTD face à un engagement spécifique 4. Dépenses en capital (composant) → détermine directement le FTD 5. Tableau des flux de trésorerie (source) → le document dans lequel tous ces éléments sont observables

Cet ordre de lecture reconnaît que comprendre le FTD passe d'abord par le flux d'exploitation, puis par son ajustement pour les investissements, puis par son utilisation pour conclure sur la continuité.

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