Fonctionnement

La taxonomie de l'UE fonctionne sur la base d'une approche à trois niveaux. D'abord, une activité économique doit correspondre à la description d'une activité admissible énumérée dans les règlements délégués (secteurs de l'énergie, des transports, du bâtiment, de la fabrication, de l'approvisionnement en eau, etc.). Ensuite, si l'activité est admissible, elle doit être testée par rapport aux critères d'examen technique spécifiques pour déterminer si elle est alignée. Enfin, l'entreprise doit divulguer dans son rapport de durabilité le pourcentage de son chiffre d'affaires, de ses dépenses en capital et de ses dépenses d'exploitation provenant d'activités alignées sur la taxonomie.
Le règlement de taxonomie de l'UE (2020/852) et ses règlements délégués ultérieurs (dont le dernier est entré en vigueur en 2023) établissent les critères techniques. Un auditeur vérifiant ces divulgations doit confirmer que l'entité a correctement classé ses activités selon ces critères. Le terme « aligné sur la taxonomie » signifie que l'activité satisfait à tous les critères d'examen technique, ne cause pas de préjudice important à un autre objectif environnemental et respecte les garanties minimales de sauvegarde.

Exemple concret : Amatech Holding B.V.

Client : Société de portefeuille néerlandaise, exercice 2024, chiffre d'affaires consolidé 187 M EUR, entités opérationnelles dans la fabrication de composants électroniques et la logistique, rapport de durabilité sous CSRD.
Étape 1 : Identifier les activités admissibles
L'équipe d'audit énumère chaque ligne d'activité du groupe : fabrication de pièces électroniques (manufacturier), services de logistique et de distribution (transport), services d'énergie renouvelable achetée (approvisionnement). Chacune correspond à une activité énumérée dans le règlement délégué (2021/2139) sur les critères techniques pour l'atténuation du changement climatique.
Documentation de travail : tableau récapitulatif des activités, avec référence croisée aux codes NACE et aux activités énumérées dans le règlement délégué.
Étape 2 : Tester le respect des critères d'examen technique
Pour la fabrication de pièces électroniques, le critère d'examen technique exige une efficacité énergétique définie (par exemple, une consommation d'énergie primaire ne dépassant pas X % d'une référence définie). L'équipe d'audit examine les factures d'énergie, les relevés de consommation et obtient une certification d'efficacité énergétique indépendante. L'usine Amatech (située à Maastricht) consomme 8,2 MWh par unité produite ; la référence de l'activité est 9,5 MWh. L'usine est alignée sur ce critère.
Documentation de travail : tableaux d'efficacité énergétique, certificats d'audit énergétique tiers, calculs de consommation par unité.
Étape 3 : Vérifier l'absence de préjudice important (DNSH)
Le règlement délégué exige que l'activité ne cause pas de préjudice important à la biodiversité, à l'économie circulaire ou à l'eau. Amatech dispose d'un permis d'utilisation des eaux souterraines depuis 15 ans et opère conformément aux seuils régionaux. L'auditeur consulte le rapport environnemental de Maastricht et confirme que les prélèvements d'Amatech ne dépassent pas le quota autorisé.
Documentation de travail : permis de prélèvement d'eau, rapport sur la consommation d'eau annuelle, attestation de conformité auprès de l'autorité environnementale municipale.
Étape 4 : Vérifier les garanties minimales de sauvegarde
Le règlement de taxonomie exige que l'entité respecte les garanties minimales de sauvegarde (droits de l'homme, droit du travail, gouvernance fiscale). Amatech est une entreprise cotée sur Euronext Amsterdam, soumise à la loi sur la gouvernance d'entreprise ; elle a mis en place une politique de droits de l'homme et un audit de conformité sociale annuel dans ses installations.
Documentation de travail : politique de droits de l'homme, rapports d'audit de conformité sociale, déclarations de conformité aux conventions du travail.
Étape 5 : Calculer le pourcentage aligné sur la taxonomie
Chiffre d'affaires total consolidé : 187 M EUR. Chiffre d'affaires provenant d'activités alignées sur la taxonomie (fabrication efficace énergétiquement + logistique verte certifiée) : 94 M EUR. Pourcentage aligné : 50,3 %. L'entité divulgue ce chiffre dans son rapport de durabilité.
Documentation de travail : tableau de rapprochement du chiffre d'affaires, segment par segment.
Conclusion : Amatech a classé deux des trois activités principales comme alignées sur la taxonomie. Chaque classification reposait sur la documentation spécifique des critères techniques et des garanties minimales. Si l'équipe d'audit avait omis de tester le critère DNSH pour l'eau, le rapport de durabilité aurait déclaré à tort une activité alignée, exposant l'entité à un commentaire de régulateur et à une restatement.

Ce que les auditeurs et les examinateurs se trompent

Tier 1 : Constatat d'inspection
Les autorités de régulation en charge du rapportage de durabilité (dont l'Agence pour l'environnement de certains États membres) ont constaté dans des contrôles 2023-2024 que les entités confondaient « admissibilité » et « alignement ». Une activité peut être admissible (énumérée comme activité potentiellement alignable) sans pour autant être alignée (sans satisfaire aux critères techniques). Environ 40 % des premières divulgations contenaient au moins une activité classée comme alignée qui n'avait pas été testée contre les critères d'examen technique.
Tier 2 : Erreur pratique référencée à la norme
Le règlement de taxonomie (2020/852, article 3) définit « alignée sur la taxonomie » comme satisfaisant à trois conditions : (1) contribution substantielle à l'un des six objectifs, (2) non-nocibilité importante (DNSH), (3) respect des garanties minimales. Une erreur courante consiste à tester seulement la condition 1 et à omettre les conditions 2 et 3. Lors d'un examen limité, l'auditeur doit demander des preuves de l'évaluation DNSH et des garanties minimales, et pas seulement des certificats d'efficacité énergétique.
Tier 3 : Lacune de pratique documentée
De nombreuses entités ne formalisent pas l'évaluation d'admissibilité initiale. Elles sautent d'une liste d'activités à une hypothèse d'alignement sans d'abord documenter : « Cette activité est-elle même énumérée dans le règlement délégué pour cet objectif environnemental ? » Une feuille de calcul ou un tableau de mapping initial (activités de l'entité versus activités énumérées) constitue la base d'une défense solide en cas de question de régulateur.

Alignement sur la taxonomie par rapport à la divulgation CSRD

Le système de taxonomie de l'UE et la directive sur le rapportage de la durabilité des entreprises (CSRD) sont étroitement liés mais distincts.
La taxonomie de l'UE est un système de classification qui détermine si une activité économique est « verte » selon des critères techniques. Elle répond à la question : cette activité économique contribue-t-elle aux objectifs environnementaux de l'UE ?
La CSRD est un cadre de rapportage qui exige des grandes entreprises qu'elles divulguent des informations complètes sur la durabilité (gouvernance, stratégie, gestion des risques, métriques de performance) couvrant une gamme d'enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance. La taxonomie de l'UE est une composante de la divulgation CSRD (articles 8 et 9 de la CSRD exigent la divulgation des pourcentages alignés sur la taxonomie), mais elle n'est qu'une pièce du rapport global.
Sur un engagement CSRD, un auditeur devra :
Une entité peut être alignée sur la taxonomie sans pour autant avoir mis en place une gouvernance solide de la durabilité ; inversement, une entité peut être peu alignée sur la taxonomie tout en ayant une excellente gestion globale de la durabilité.

  • Vérifier que les divulgations de taxonomie sont présentes et correctement calculées (travail de taxonomie)
  • Examiner l'ensemble du rapport de durabilité couvrant tous les sujets matériels (gouvernance, changement climatique, enjeux sociaux, risques de transition)
  • Vérifier que l'entité a identifié correctement ses domaines matériels et intégré la gestion des risques de durabilité dans la gouvernance globale

Termes connexes

Analyse de double matérialité : processus d'identification des enjeux de durabilité qui sont importants pour l'entité (impact matérialité) et importants pour les parties prenantes (matérialité financière). La taxonomie de l'UE adresse un sous-ensemble de ces enjeux (enjeux environnementaux mesurables et quantifiables).
Directive sur le rapportage de la durabilité des entreprises (CSRD) : cadre législatif de l'UE exigeant des divulgations de durabilité détaillées incluant les divulgations de taxonomie.
Normes européennes de rapport de durabilité (ESRS) : normes spécifiques définissant quoi et comment rapporter en vertu de la CSRD, y compris les métriques de taxonomie.
Enjeux matériels de durabilité : enjeux de durabilité qu'une entité a identifiés comme importants pour ses opérations et ses parties prenantes.
Audit limité de durabilité : niveau d'assurance inférieur appliqué à certaines divulgations de durabilité y compris la taxonomie de l'UE.
Safeguards minimums (Garanties minimales) : exigences du règlement de taxonomie selon lesquelles une activité doit respecter les normes de droits de l'homme, de droit du travail et de gouvernance pour être considérée comme alignée.

Ressources

Pour une compréhension détaillée des critères techniques spécifiques à chaque activité, consultez le Portail de la taxonomie de l'UE publié par la Commission européenne. Les règlements délégués successifs énumèrent les activités admissibles et leurs critères d'examen technique. Pour les auditeurs, la EFRAG Guidance on Taxonomy fournit des clarifications sur l'application pratique des critères et sur les attentes de divulgation en vertu des ESRS.
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