Definition
Sur les dossiers de groupes opérant dans deux juridictions ou plus, nous voyons régulièrement le même problème : le taux de retenue à la source appliqué est celui du droit interne, pas celui prévu par la convention bilatérale applicable. L'administration fiscale française a relevé ce type d'erreur dans ses constats de 2023 sur les redevances intragroupe. Le redressement peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros sur un seul flux.
Fonctionnement
Une convention fonctionne selon un système de crédit d'impôt ou d'exemption. Prenons une entreprise belge qui exerce une activité en France par l'intermédiaire d'un établissement stable. La France impose normalement le revenu généré. Selon la convention franco-belge, la Belgique accorde un crédit d'impôt pour les impôts payés en France, ou accorde une exemption sur ce revenu. Le taux de crédit ou d'exemption est défini dans la convention elle-même.
La complexité augmente quand une entité opère dans plusieurs juridictions avec des conventions entrecroisées. Une holding luxembourgeoise avec des filiales aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et au Portugal doit documenter comment chaque revenu intercompany (dividendes, intérêts, redevances, honoraires de gestion) est traité selon chaque convention applicable. L'ISA 250.13 demande à l'auditeur d'évaluer les risques de non-conformité à ces obligations. Un taux de rétention mal appliqué sur une redevance est une défaillance documentable. Chez nos clients, le dossier est souvent trop léger sur ce point : une ligne dans le mémo fiscal, pas de vérification du taux conventionnel réel.
Exemple pratique : Bakker Logistique B.V.
Client : Entreprise néerlandaise de logistique, chiffre d'affaires 28 M EUR, établissement stable en Roumanie depuis 2021.
Étape 1 : Identifier les conventions applicables. Bakker opère aux Pays-Bas et en Roumanie. La convention Pays-Bas-Roumanie s'applique. L'établissement stable roumain génère un revenu attribué de 3,2 M EUR par an.
Note de documentation : Convention NL-RO consultée. Taux de crédit d'impôt pour revenu d'établissement stable : méthode d'exonération avec progression.
Étape 2 : Évaluer le traitement comptable et fiscal appliqué. La direction a classé le revenu comme revenu roumain et a payé l'impôt sur les sociétés roumain au taux de 10 %. Selon la convention, la Roumanie impose le revenu au taux normal. Les Pays-Bas accordent un crédit d'impôt pour cet impôt roumain payé.
Note de documentation : Impôt roumain payé 320 000 EUR au taux de 10 %. Crédit d'impôt demandé sur la déclaration néerlandaise. Montant du crédit : 320 000 EUR (vérification que le montant n'excède pas l'impôt néerlandais sur ce revenu à titre de limitation du crédit).
Étape 3 : Vérifier la conformité à la convention. L'auditeur a demandé une copie de la correspondance avec l'administration roumaine et la déclaration fiscale néerlandaise pour confirmer que le crédit d'impôt avait été appliqué. Aucune réserve n'existait sur le traitement.
Note de documentation : Correspondance avec autorités fiscales consultée. Déclaration NL 2024 visionnée. Crédit d'impôt de 320 000 EUR alloué sans limite supplémentaire.
Conclusion : Le traitement était conforme à la convention. Les deux juridictions acceptaient le même revenu comme source de crédit d'impôt, éliminant le risque de double imposition. La documentation aurait pu inclure un mémo détaillé du calcul du crédit limité. Le résultat restait défendable.
Ce que les réviseurs et praticiens oublient
L'administration fiscale française a publié des constats en 2023 sur l'application incorrecte des conventions relatives aux redevances intragroupe. Le taux de rétention à la source appliqué était souvent celui du droit interne plutôt que le taux réduit prévu par la convention applicable. L'ISA 250.A1 exige que l'auditeur comprenne les lois et réglementations applicables, ce qui inclut les taux de rétention spécifiques à chaque convention. Une vérification au doigt mouillé ne suffit pas : il faut aller lire l'article de la convention.
Les équipes confondent « présence économique » et « établissement stable ». Une entité qui vend aux clients d'un pays sans y maintenir un bureau physique ou un représentant mandataire ne crée généralement pas un établissement stable. Mais si elle emploie un salarié qui supervise les contrats ou accepte les commandes, elle peut en créer un. Les conventions définissent l'établissement stable de manière précise dans leurs articles 5 ou 7. L'ISA 250.5(c) demande à l'auditeur d'identifier les lois applicables. Une mauvaise classification entraîne une imposition dans la mauvaise juridiction, et le redressement s'accompagne d'intérêts de retard.
Peu de dossiers documentent explicitement la vérification de l'application des conventions. La plupart des équipes supposent que si l'impôt a été payé dans un pays et un crédit ou une exemption demandé dans l'autre, la convention a été respectée. C'est frustrant, parce que la vérification est simple. L'ISA 250.12 demande d'« identifier et évaluer le risque de non-respect ». Une liste de vérification en quatre points (Quelle convention s'applique ? Quel revenu est couvert ? Quel taux s'applique ? Le taux appliqué correspond-il au taux conventionnel ?) améliore la couverture sans alourdir le dossier.
Conventions applicables versus dispositions conventionnelles
Une entité peut être soumise à plusieurs conventions (Pays-Bas-France, Pays-Bas-Allemagne, France-Allemagne) qui affectent le même revenu de manière différente. Une société holding aux Pays-Bas recevant des dividendes d'une filiale française applique la convention NL-France (souvent une exemption de dividendes ou un crédit). Si cette filiale française a un établissement stable en Allemagne, le revenu allemand suit la convention FR-Allemagne. Vous devez vérifier que chaque niveau du flux de revenus applique la bonne convention.
Une convention accorde un « avantage » (taux réduit, exemption, crédit) à condition que certaines conditions soient remplies. L'exemption de dividendes entre sociétés mères et filiales peut exiger une participation minimale (souvent 10 ou 25 %) et une période de détention minimale. Si une entité reçoit des dividendes d'une filiale que le groupe a cédée trois mois après la réception du dividende, les conditions de détention peuvent ne pas être remplies. La convention peut alors s'appliquer partiellement ou pas du tout.
Termes connexes
- Obligation fiscale déclarée : Le cadre plus large des obligations légales et réglementaires gouvernées par ISA 250. - Établissement stable : Concept central des conventions qui détermine si un revenu est imposable dans une juridiction donnée. - Crédit d'impôt étranger : Mécanisme d'atténuation de la double imposition souvent utilisé en conjonction avec les conventions. - Harmonisation fiscale : Cadre plus large dont font partie les conventions bilatérales. - Audit des risques fiscaux : Approche d'audit qui intègre l'évaluation des conventions applicables. - ISA 250 Respect des lois et réglementations : La norme directrice pour toute évaluation d'audit des obligations fiscales.
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