Definition
Les rapports d'inspection de l'AFM circulent dans nos cabinets. Pas parce que nous sommes inspectés par l'autorité néerlandaise, mais parce que les motifs récurrents (insuffisance d'éléments probants, dossier trop léger sur la matérialité, revue qualité tamponnée trop tard) se retrouvent presque mot pour mot dans les rapports H2A. Quand un confrère néerlandais nous décrit ses constats AFM, nous entendons nos propres dossiers H2A. Voilà pourquoi cette page existe.
Pourquoi nous lisons les rapports AFM en France
Nous ne sommes pas inspectés par l'AFM. La H2A inspecte les CAC français, et l'AFM inspecte les Registeraccountants néerlandais. Mais les normes appliquées sont les mêmes (ISA, ISQM 1, ISA 220 révisée), et les méthodologies d'inspection convergent au sein de l'IFIAR. Quand l'AFM publie son rapport annuel sur les cabinets non-EIP (non-OOB en néerlandais), nous y lisons quatre familles de constats récurrents : matérialité insuffisamment justifiée, échantillonnage non documenté, tests de continuité d'exploitation lacunaires, revue qualité (EQR) intervenant trop tard ou de manière purement formelle.
Dans notre expérience des dossiers de cabinets mid-tier français, ces quatre familles sont exactement celles que la H2A pointe. La H2A a publié en 2024 un bilan sur les contrôles non-EIP montrant des taux de constats sur la documentation de la matérialité et l'EQR comparables à ceux observés aux Pays-Bas. Nous reproduisons les mêmes erreurs, dans une langue différente.
Chez les cabinets de notre profil (5 à 50 associés, mandats EIP marginaux ou inexistants), le constat le plus fréquent est ce que les Néerlandais appellent dossier inkadering ontoereikend, et que nous appelons en interne le dossier est trop léger. Un seul paragraphe pour justifier une matérialité de 450 k EUR, un EQR signé deux jours avant l'émission, des feuilles de travail qui décrivent ce qui a été fait sans dire pourquoi cela suffisait.
Fonctionnement d'une inspection AFM
L'AFM procède à deux types d'inspections : thématiques (sur un sujet précis, par exemple ISA 540 sur les estimations comptables) et générales (sur l'ensemble du dossier d'une mission tirée au sort). La H2A pratique la même distinction depuis l'ex-H3C, avec des cycles d'inspection annuels pour les Bigs sur les EIP, et triennaux pour les autres cabinets.
Lors d'une inspection, l'équipe examinatrice consulte le dossier complet : papiers de travail, éléments probants, justifications écrites, communications avec la direction. Elle évalue deux questions :
1. L'auditeur a-t-il exercé son jugement professionnel conformément à la norme, ou a-t-il sauté des étapes, utilisé une procédure trop simple, ou supposé une conclusion sans test ? 2. Le travail réalisé a-t-il été documenté de façon à permettre à un tiers de comprendre ce qui a été fait, pourquoi, et quelle conclusion en a été tirée ?
Si la réponse est non à l'une ou l'autre, c'est un constat. Les constats AFM sont gradués : observations, manquements, manquements graves. La H2A utilise une échelle voisine (observations, recommandations, mesures correctives, sanctions).
Ce qui se passe réellement dans un dossier inspecté
Sur le papier, ISA 320 demande une justification du référentiel et du pourcentage utilisés pour la matérialité. Dans les rapports AFM 2023 et 2024, environ un tiers des dossiers non-OOB inspectés présentaient une matérialité fixée sans justification documentée du choix du benchmark. Dans nos dossiers, nous voyons la même chose : la matérialité est posée au doigt mouillé sur la base d'une pratique de cabinet jamais formalisée. Le chiffre est souvent défendable. La traçabilité du raisonnement, non.
Je l'avoue, j'ai vu des dossiers où la note de matérialité tenait en une ligne et où l'EQR avait été signé après l'émission du rapport, le tampon posé pour régulariser. Dans ce cas, ce n'est pas la qualité de l'audit qui est en cause, c'est sa traçabilité. Un inspecteur AFM ou H2A qui voit cela coche la case constat sans hésitation.
Exemple comparatif : matérialité d'une PME manufacturière
Client : Fabriek Versteeg B.V., entreprise manufacturière néerlandaise, chiffre d'affaires 28 M EUR, IFRS. Équivalent français approximatif : SAS de taille moyenne soumise à certification volontaire.
Scénario d'inspection AFM : L'équipe accède au dossier ISA 320. La matérialité globale a été fixée à 450 000 EUR sur la base d'un pourcentage du chiffre d'affaires (1,6 %) calculé mentalement. La documentation indique : « Matérialité 450 k EUR. Base : revenu. »
Étape 1 — évaluation de la documentation
ISA 320.A2 exige une justification du référentiel et du pourcentage, adaptée au contexte : secteur, volatilité, attentes des utilisateurs. La documentation tient en une ligne. Aux Pays-Bas comme en France, c'est insuffisant.
Étape 2 — application de la norme
L'inspecteur demande à l'associé responsable pourquoi 1,6 %. Réponse : « c'est ce que nous utilisons habituellement ». Question suivante : avez-vous documenté cette politique avant de l'appliquer à cette mission ? Réponse : non, c'est un usage du cabinet. ISA 320.12 et 320.A2 exigent un jugement documenté pour chaque mission, pas un usage tacite.
Étape 3 — constat ou pas
L'inspecteur note que 1,6 % du chiffre d'affaires peut être approprié pour ce secteur. Les fabricants de pièces mécaniques fonctionnent avec des marges prévisibles. Mais la documentation ne le dit pas. L'approche a été appliquée par défaut, pas par jugement documenté.
Conclusion : constat. Le cabinet répond en ajoutant une note de politique : « Base : chiffre d'affaires. Pourcentage : 1,6 %, cohérent avec la marge brute historique et les attentes des utilisateurs de PME manufacturières. Contexte sectoriel revu. »
Pour un CAC français face à la H2A, le scénario est identique mot pour mot, à la langue près. Nous avons accompagné des cabinets dans leurs revues post-inspection H2A : la note de matérialité rédigée a posteriori, sur le modèle ci-dessus, est devenue une réponse standard. Cela règle le constat formel. Cela ne règle pas la pratique de fixer la matérialité au doigt mouillé, qui est le vrai sujet.
Ce que les CAC et les associés confondent
- Un constat AFM ou H2A ne porte pas sur la qualité du classement. Beaucoup d'associés pensent qu'un constat signifie « le papier de travail était mal présenté » ou « il manquait un en-tête ». C'est faux. Un constat signifie que le travail ou le jugement était insuffisant selon la norme, pas que la mise en page était mauvaise. ISA 230 couvre la documentation, ISA 220.15(d) couvre l'EQR. Les constats sur la suffisance des éléments probants (ISA 330, ISA 540) sont plus fréquents que les constats de format.
- Un constat n'est pas un retrait d'opinion. Ni l'AFM ni la H2A n'ordonnent le retrait d'une opinion. Un constat est une observation selon laquelle la norme aurait exigé davantage de travail. Si ce travail manquant aurait modifié l'opinion, la mission n'aurait pas dû être certifiée. Si le constat porte sur un domaine mineur, l'opinion était peut-être justifiée malgré la documentation lacunaire. Les deux conclusions cohabitent dans les rapports publiés.
- Les constats ne visent pas l'associé personnellement. Un associé reçoit un constat sur une mission où tout s'est peut-être bien passé, où aucune erreur significative n'a été manquée, où le client a accepté l'opinion. Le constat porte sur la traçabilité du raisonnement, pas sur le résultat. C'est une distinction technique, pas une accusation.
- Les patterns AFM ne se transposent pas mécaniquement aux cabinets français. Nous avons une opinion ici, et elle est discutable : à notre avis, les patterns AFM préfigurent assez fidèlement les futurs constats H2A sur les non-EIP françaises, parce que ISQM 1 est universel et parce que l'IFIAR aligne les méthodologies. Un confrère nous a opposé un argument valable : le marché français est plus concentré, les EIP cotées sont quasi exclusivement auditées par les Bigs, et les Bigs ont des dispositifs ISQM 1 plus matures que la moyenne des cabinets non-OOB néerlandais. Selon cette lecture, la comparaison AFM/H2A serait moins pertinente pour les Bigs, et plus pertinente pour les cabinets mid-tier. Nous penchons pour cette nuance.
Pourquoi un CAC français devrait suivre l'AFM
Une raison simple, et c'est la seule qui compte : les régulateurs européens convergent. Le règlement EU 537/2014 sur les EIP, les normes ISA, ISQM 1 et l'alignement IFIAR signifient que ce que l'AFM publie aujourd'hui sur les non-OOB néerlandais sera demain le canevas des contrôles H2A sur les non-EIP françaises. Lire l'AFM, c'est lire en avance la lettre de mission de notre prochaine inspection.
Termes connexes
- Examen de contrôle qualité (EQR) : revue interne du dossier réalisée avant l'émission de l'opinion, opérée par un associé ou un manager senior du cabinet. Différent d'une inspection AFM ou H2A (externe, post-émission). - ISQM 1 : norme de gestion de la qualité au niveau du cabinet, qui régit l'environnement de contrôle, la gestion des ressources, et les processus d'acceptation et de continuation des missions. - ISA 220 : norme régissant la qualité au niveau de chaque mission d'audit, y compris l'EQR, l'engagement de l'associé responsable, et les jugements professionnels. - Papiers de travail : dossier complet des procédures réalisées, des tests effectués, des résultats obtenus, et des conclusions tirées lors d'une mission. L'inspection AFM, comme la H2A, accède intégralement à ce dossier. - Matérialité : seuil établi au stade de la planification pour déterminer l'importance relative des éléments examinés. Les constats AFM et H2A portent fréquemment sur la justification et la documentation de ce seuil. - Jugement professionnel : application de la connaissance, de l'expérience et de l'expertise pour décider en contexte d'incertitude. Les constats visent à vérifier que le jugement a été documenté et justifié, pas appliqué par défaut. - Évaluation des risques : processus d'identification et d'évaluation des risques d'anomalies significatives. Les constats peuvent porter sur l'insuffisance de cette évaluation ou sur l'absence de lien entre les risques identifiés et les procédures mises en œuvre.
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