Fonctionnement
La plupart des auditeurs commencent par une analyse des ratios financiers pour comprendre la performance d'un client. C'est un point de départ. Mais l'ISA 315.31(a) exige que vous alliez plus loin : vous devez identifier les zones où les anomalies sont les plus susceptibles d'être introduites dans les chiffres. Ces zones correspondent presque toujours à des points de la chaîne de valeur.
Prenez un fabricant. La chaîne de valeur comprend l'approvisionnement (risque de surpaiement ou de non-réception des matières premières), la production (risque de perte de contrôle des stocks, risque de déclassement ou d'obsolescence), la vente (risque d'acceptation de prix trop bas ou de conditions de paiement mal documentées), la livraison (risque de colis perdus ou de retours non enregistrés) et le recouvrement (risque de clients insolvables ou de comptes clients fictifs).
Chaque point représente une ligne de bilan ou de compte de résultat. Chaque compte peut contenir une erreur. Mais ce sont les comptes situés aux points sensibles de la chaîne de valeur qui concentrent généralement le risque. C'est pourquoi une bonne cartographie de la chaîne de valeur oriente vos procédures analytiques. Au lieu de tester tous les comptes avec la même intensité, vous concentrez vos travaux où l'entité peut réellement faire l'erreur.
Exemple pratique : Transports Alpins S.A.R.L.
Client : Entreprise française de transport routier, chiffre d'affaires 18 M EUR, normes IFRS.
Étape 1 : Cartographier les activités principales
Transports Alpins exploite une flotte de 24 camions. La chaîne de valeur comprend cinq points clés : (1) acquisition et maintenance des véhicules, (2) embauche et gestion des chauffeurs, (3) négociation et signature des contrats clients, (4) exécution des transports, (5) facturation et recouvrement.
Note de dossier : graphique de la chaîne de valeur créé et conservé en page 1 du dossier de synthèse.
Étape 2 : Identifier les risques par point
Note de dossier : tableau des risques par fonction créé. Pour chaque risque, procédure analytique définie (ratio de rotation des stocks de carburant, ratio de jours de recouvrement, taux d'absence de chauffeurs).
Étape 3 : Adapter l'approche d'audit
Les comptes clients et les charges de carburant présentent le plus haut risque d'anomalie significative. Pour les comptes clients, des procédures analytiques de comparaison année sur année ont été mises en place par client (un client représente 22 % du chiffre d'affaires, un autre 18 %). Pour les charges de carburant, procédure analytique en quatre colonnes : litres facturés par le fournisseur, litres alloués aux différents trajets par le logiciel de suivi, charges enregistrées en comptabilité, vérification de la cohérence du prix au litre entre les mois.
Note de dossier : plan de procédures mis à jour pour concentrer les sondages de détails sur les contrats clients signés en septembre-décembre et sur les paiements de carburant de novembre-décembre.
Conclusion
Cette cartographie a permis de concentrer les travaux : 42 % du temps d'audit a été consacré à trois points de la chaîne de valeur au lieu de tester tous les comptes avec la même intensité. Deux anomalies ont été identifiées : une facture de 28 000 EUR sans contrat client signé (anomalie projetée acceptée), une charge de carburant d'août enregistrée en septembre (ajustement proposé et accepté). Sans cette cartographie, ces anomalies auraient pu passer inaperçues dans une approche par compte de résultat classique.
- Acquisition de véhicules (immobilisations) : risque d'amortissement incorrect, risque de perte de suivi des maintenances qui devraient être capitalisées vs engagées.
- Gestion des chauffeurs (charges de personnel) : risque de salaires fictifs ou de cotisations sociales mal enregistrées.
- Contrats clients (chiffre d'affaires) : risque d'erreurs de tarification, risque de factures émises sans contrat signé.
- Exécution des transports (dépenses d'exploitation) : risque de frais de carburant mal attribués aux périodes comptables, risque de dépenses engagées mais non payées.
- Facturation et recouvrement (comptes clients, trésorerie) : risque de clients insolvables non provvisionnés, risque de factures annulées post-clôture non enregistrées.
Ce que les réviseurs et les cabinets confondent
- Confondre chaîne de valeur et processus opérationnels. La chaîne de valeur décrit l'ensemble complet des activités qui créent de la valeur pour le client. Les processus opérationnels décrivent comment ces activités sont exécutées. ISA 315.31 exige la compréhension de la chaîne de valeur, pas seulement l'énumération des processus existants. Une entité peut avoir un processus de « recouvrement » très structuré, mais sa chaîne de valeur peut révéler que 60 % des ventes proviennent de clients sans contrat écrit. Le processus ne capture pas ce risque.
- Ne pas retracer les comptes de résultat à la chaîne de valeur. Beaucoup de dossiers présentent une description générique de la chaîne de valeur (« approvisionnement, production, vente ») mais n'établissent pas le lien entre chaque point et les comptes concernés. Résultat : les procédures analytiques sont mises en place par compte au lieu d'être orientées par le risque. ISA 315.A97 précise que l'auditeur utilise sa compréhension de la chaîne de valeur pour identifier où des anomalies significatives sont probables.
- Confondre le benchmarking externe avec la compréhension interne. Certains auditeurs procèdent à une analyse du secteur (« Dans le secteur du transport, les marges brutes moyennes sont de 8 % ») sans cartographier comment Transports Alpins crée réellement sa marge. La chaîne de valeur est propre à l'entité. Même deux transporteurs de tailles similaires peuvent avoir des chaînes de valeur très différentes (l'un sous-traite la maintenance, l'autre la réalise en interne).
Termes connexes
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- Procédure analytique : technique d'audit qui évalue les montants enregistrés en analysant les relations plausibles entre les données financières et non financières. La chaîne de valeur oriente le choix des ratios à analyser.
- Anomalies significatives : inexactitudes ou omissions dans les états financiers dont l'ampleur pourrait influencer les décisions des utilisateurs. Comprendre la chaîne de valeur aide à identifier où ces anomalies sont probables.
- Risque au niveau des assertions : risque qu'une anomalie significative affecte une asserção particulière (exhaustivité, existence, évaluation). Chaque point de la chaîne de valeur correspond généralement à un ou plusieurs risques au niveau des assertions.
- Environnement de contrôle interne : l'ensemble des politiques et procédures qu'une entité met en place pour prévenir ou détecter les erreurs. La chaîne de valeur révèle où ces contrôles sont les plus critiques.
- Évaluation des risques (ISA 315) : processus permettant à l'auditeur d'identifier et d'analyser les risques d'anomalies significatives. La chaîne de valeur est un élément clé de cette évaluation.