Definition

La plupart des dossiers que nous voyons traitent IFRS 16 et IAS 17 comme deux normes successives, l'une ayant remplacé l'autre en 2019. En pratique, sur les contrats antérieurs conservés en run-off, sur les comparatives publiées en première application et sur les groupes français qui consolident des filiales encore en référentiel local pour leurs comptes sociaux, les deux modèles cohabitent dans le même classeur. C'est dans cette zone grise que la majorité des constats d'inspection se concentrent.

Fonctionnement pratique

Sous l'ancien IAS 17, une location était classée en location-exploitation si le preneur ne se voyait pas transférer la quasi-totalité des risques et avantages de la propriété. Le contrat n'apparaissait pas au bilan, sauf mention en annexe. Seul le loyer s'enregistrait en charges au fil de l'eau.

IFRS 16 change la logique. À partir du 1er janvier 2019, une entité reconnaît un actif de droit d'utilisation et un passif de location dès qu'elle contrôle l'utilisation d'un bien identifié pour une durée déterminée. Le test central (IFRS 16.9) tient en deux questions: le preneur a-t-il le droit d'obtenir la quasi-totalité des avantages économiques de l'utilisation du bien, et peut-il décider comment ce bien sera utilisé? Si oui, c'est un contrat de location au sens d'IFRS 16, indépendamment de la forme juridique ou d'un éventuel transfert de propriété en fin de bail.

Cette approche fait disparaître presque entièrement la distinction location-financement/location-exploitation. Deux contrats juridiquement identiques pour deux entités différentes peuvent être classés différemment selon le contrôle réellement exercé. Une location de trois ans d'un entrepôt génère un actif de droit d'utilisation. Une location de parking de deux ans portant sur quatre places nominatives génère aussi un actif de droit d'utilisation, dès lors que l'entité utilise ces places précises. Sous IAS 17, ces deux contrats auraient probablement été des locations-exploitations, restées hors bilan.

Le calcul de l'actif et du passif tient compte du taux d'intérêt implicite du contrat, ou à défaut du taux d'emprunt marginal du preneur. Une location avec augmentations programmées, options de renouvellement raisonnablement certaines, et options de résiliation dont l'exercice est peu probable entraîne un allongement de la durée retenue (IFRS 16.87-90). C'est ici que les erreurs de classification se concentrent, et c'est ici que le jugement intervient: la durée n'est jamais une donnée brute du contrat, c'est une estimation économique qui doit être documentée.

La frustration ordinaire de la saison de clôture

Soyons honnêtes sur ce qui se passe vraiment chez nos clients. Les contrats sont re-négociés en cours d'exercice (un avenant en mars, une cession-bail en juillet, un déménagement annoncé en novembre), et chaque modification impose un re-calcul du passif. Le contrôleur de gestion envoie le tableur Excel le 12 janvier. Le commissaire aux comptes (CAC) ouvre le fichier le 15 et constate que le taux d'actualisation a été estimé au doigt mouillé, sans note de méthodologie. Je l'avoue, dans ces moments-là, on est tenté de poser deux questions polies et de passer à la section suivante du programme de travail. C'est exactement ce que H2A reproche dans ses rapports d'inspection.

Exemple pratique: Manufacture Textile Provençale S.A.R.L.

Entité: Manufacture Textile Provençale S.A.R.L., fabricant français installé à Nîmes, chiffre d'affaires 28 M EUR, en référentiel IFRS depuis 2020.

Situation: en 2019, avant la transition IFRS 16, l'entité a signé un contrat de location d'entrepôt avec renouvellement automatique tous les trois ans, moyennant 120 000 EUR par an. Le contrat permet à l'entité de modifier l'agencement intérieur. Durée initiale estimée: 12 ans (quatre périodes successives). Aucune clause de résiliation anticipée sans pénalité. Taux d'emprunt marginal: 3,5 %.

Étape 1 — Identifier le bien et évaluer le contrôle. Le bien identifié est l'entrepôt à l'adresse X, Nîmes. L'entité l'utilise exclusivement, sans partage avec d'autres locataires. Conclusion: l'entité contrôle l'utilisation du bien. Note de documentation: accord de location conservé au dossier. Confirmation écrite du locateur que le bien est réservé à Manufacture Textile Provençale.

Étape 2 — Déterminer la durée du contrat. Durée initiale contractuelle: 3 ans. Options de renouvellement: trois options de trois ans chacune. Évaluation: l'entité a un intérêt économique à renouveler (coûts importants d'extraction et de réinstallation ailleurs). Les pénalités de résiliation anticipée hors cette justification sont élevées. Application d'IFRS 16.87-90: la durée retenue est de 12 ans (3 + 3 + 3 + 3). Note de documentation: analyse écrite de la durée du contrat. Justification du calcul de 12 ans. Signature du responsable du contrôle de gestion.

Étape 3 — Calculer le paiement de location identifié. Paiements certains: 120 000 EUR × 12 ans = 1 440 000 EUR. Note de documentation: calendrier des paiements dans le dossier de location.

Étape 4 — Mesurer l'actif de droit d'utilisation et le passif de location au 1er janvier 2019. Valeur actuelle des paiements (taux 3,5 %): 1 284 360 EUR. Actif de droit d'utilisation: 1 284 360 EUR (au 01/01/2019). Passif de location: 1 284 360 EUR (au 01/01/2019). Note de documentation: calcul du taux d'actualisation. Tableur d'amortissement du passif.

Étape 5 — Enregistrer les amortissements et intérêts. Au 31/12/2019: amortissement linéaire de l'actif sur 12 ans = 107 030 EUR. Intérêts sur le passif (année 1) = 44 953 EUR. Charge locative totale enregistrée en résultat: 152 000 EUR (approximativement). Note de documentation: preuve de la charge de location (facture du locateur). Détail de la charge en notes aux états financiers.

Conclusion de l'exemple: sous IAS 17, ce contrat aurait été classé en location-exploitation et maintenu hors bilan (sauf mention en annexe). Sous IFRS 16, il génère un actif de 1,28 M EUR et un passif de location systématiquement amorti. Le résultat financier diffère sensiblement. Les ratios d'endettement, le ROA et le rendement des capitaux propres sont également affectés.

Ce que les auditeurs et réviseurs confondent souvent

- Première erreur fréquente: oublier de classer un contrat comme contrat de location IFRS 16 parce qu'il était une location-exploitation sous IAS 17. Une entité passe à IFRS 16 et continue de traiter certains contrats comme avant («c'était une location-exploitation, ça reste une location-exploitation»). Le test de contrôle IFRS 16 n'est pas appliqué. Résultat: des actifs et passifs significatifs restent hors bilan. La H2A, dans ses inspections 2020-2023, a relevé des omissions de locations courtes (parkings, armoires de stockage, terminaux d'empaquetage loués) restées hors bilan précisément parce que l'entité pensait qu'IAS 17 continuait à s'appliquer.

- Deuxième erreur fréquente: estimer incorrectement la durée du contrat. Une option de renouvellement existe. L'entité raisonne ainsi: «L'option est discrétionnaire, donc je ne la prends pas en compte.» IFRS 16.87 exige d'inclure l'option dès lors que le preneur est raisonnablement certain de l'exercer. «Raisonnablement certain» est un seuil technique, pas une certitude contractuelle. Une location de bureaux avec trois options de renouvellement de trois ans, dans un immeuble que l'entité occupe depuis dix ans avec des coûts importants d'extraction, sera probablement prolongée. La durée retenue doit être 12 ans, pas 3 ans. Dans les dossiers que nous voyons en inspection qualité, la durée du contrat est systématiquement sous-estimée.

- Troisième erreur fréquente: utiliser le mauvais taux d'intérêt pour mesurer l'actif et le passif. IFRS 16.26 impose le taux d'intérêt implicite du contrat, ou à défaut le taux d'emprunt marginal du preneur (IFRS 16.27). Une entité utilise systématiquement son taux moyen de financement à la place de son taux d'emprunt marginal. Ou elle calcule un taux implicite de manière approximative au lieu d'une procédure formalisée. Le résultat: une mesure inexacte de la valeur actualisée, qui surévalue ou sous-évalue à la fois l'actif et le passif.

Là où le jugement intervient: associé A contre associé B

Prenons un cas concret. Un client dispose d'une location d'équipements industriels avec un calendrier de paiements et une valeur résiduelle contractuelle. Le taux implicite est techniquement calculable, mais il varie de 1,8 % à 4,2 % selon les hypothèses retenues sur la valeur résiduelle. L'associé A signataire considère qu'IFRS 16.26 est sans ambiguïté: dès que le taux implicite est déterminable, il prime sur le taux d'emprunt marginal, même si son calcul exige des hypothèses fortes. Documenter les hypothèses, oui, mais retenir le taux implicite. L'associé B prend la position inverse: un taux implicite qui dépend lourdement d'une estimation de valeur résiduelle non garantie n'est pas «aisément déterminable» au sens de la norme. Il faut basculer sur le taux d'emprunt marginal du preneur, plus stable, plus auditable, et mieux aligné avec la pratique des Bigs sur ce type de mandat. Les deux positions sont défendables. Dans les dossiers que nous voyons, c'est l'associé qui a finalement le dernier mot, et la note de méthodologie suit la décision plutôt que l'inverse.

L'incitation perverse derrière la confusion

Il y a une raison structurelle pour laquelle les erreurs de transition se reproduisent dossier après dossier. Les directions financières veulent éviter le gonflement du bilan: chaque actif de droit d'utilisation reconnu dégrade les ratios d'endettement présentés aux banques et aux agences de notation. Les équipes d'engagement, de leur côté, sont contraintes par le budget temps. Une discussion approfondie sur le périmètre des contrats de location courte, ou sur l'option des biens de faible valeur, peut ouvrir une boîte de Pandore: re-mesurer dix-huit baux, recalculer les passifs, redocumenter chaque taux. Acceptation tacite des élections trop larges côté entité, contestation modérée côté CAC. Le dossier est trop léger sur la justification des exemptions, mais il passe la revue d'associé parce que personne ne veut rouvrir le sujet à trois jours de la signature.

Comparaison: IFRS 16 vs IAS 17

DimensionIFRS 16IAS 17
Approche de classificationApproche de contrôle unique: il y a contrat de location si le preneur contrôle l'utilisation du bien. Pas de distinction financement/exploitation.Approche fondée sur le transfert des risques et avantages: location-financement si la quasi-totalité des risques/avantages est transférée; sinon, location-exploitation.
Comptabilisation au bilanTous les contrats (sauf exemptions: locations courtes, biens de faible valeur) génèrent un actif de droit d'utilisation et un passif.Seules les locations-financement apparaissent au bilan. Les locations-exploitations restent hors bilan (sauf annexe).
Durée du contratInclut les options de renouvellement si le preneur est raisonnablement certain de les exercer (IFRS 16.87-90). Inclut les options de résiliation si le preneur est raisonnablement certain de ne pas les exercer (IFRS 16.87).La durée correspond généralement à la période non révocable. Les options ne sont retenues que si leur exercice est virtuellement certain.
Mesure initialeValeur actualisée des paiements de location futurs (décaissements certains + variables indexés sur un taux/indice + estimations raisonnables). Taux: taux implicite ou taux d'emprunt marginal.Mesure plus simple. Seules les locations-financement sont évaluées; les locations-exploitations ne génèrent pas de paiements futurs au bilan.
Impact au compte de résultatCharge mixte: amortissement de l'actif + intérêts sur le passif, plus la charge de location résiduelle (loyers variables). Volatilité liée au profil d'amortissement de l'actif vs paiements du passif.Loyer comptabilisé en charges linéairement sous les locations-exploitations (IFRS 16.33).
Ratios d'endettement et métriques financièresActifs et passifs significatifs au bilan. ROA, rendement des capitaux propres, ratio de solvabilité tous affectés. Les utilisateurs des états financiers doivent retraiter ou ajuster les ratios pour préserver la comparabilité.Ratio d'endettement apparent plus faible (locations non reconnues). Les utilisateurs pouvaient être induits en erreur sur la structure d'endettement réelle.
ExemptionsLocations courtes (≤12 mois) et biens de faible valeur (en pratique <5 000 EUR par bien) peuvent être exclues (IFRS 16.5-8).Pas d'exemption formelle, mais peu de locations de très courte durée étaient pertinentes sous IAS 17.

Quand cette distinction est déterminante sur une mission

Une entité qui compare deux exercices sous des normes différentes (par exemple, l'année 2018 sous IAS 17 et l'année 2019 sous IFRS 16) doit retraiter les chiffres 2018 en IFRS 16 pour que les états financiers restent comparables. Si le CAC ne valide pas le retraitement 2018, l'année de base n'est plus comparable à l'année courante, et l'opinion porte sur un jeu d'états financiers structurellement déséquilibré.

Prenons une chaîne de magasins française avec 25 contrats de location immobilière. Sous IAS 17, 20 de ces contrats étaient classés en locations-exploitations (hors bilan). Sous IFRS 16, les 25 génèrent un actif et un passif. Le bilan change radicalement: passif de location reconnu d'environ 35 M EUR, actifs de droit d'utilisation d'environ 35 M EUR. Le ratio d'endettement apparent passe de 0,8 à 1,2 (chiffres illustratifs). Les utilisateurs qui comparent 2018 à 2019 sans comprendre cette transition peuvent tirer des conclusions fausses sur la dégradation de la solvabilité de l'entité émettrice.

L'auditeur doit valider trois points: 1. Que chaque contrat de location a été identifié et classé sous IFRS 16 (pas seulement les grands contrats immobiliers). 2. Que la durée retenue est documentée et justifiée, y compris l'évaluation des options de renouvellement et de résiliation. 3. Que le taux d'actualisation appliqué est approprié et systématiquement documenté.

Termes connexes

- Actif de droit d'utilisation: l'actif comptabilisé par le preneur représentant le droit d'utiliser le bien loué sur la durée retenue du contrat. - Passif de location: l'obligation du preneur de verser les paiements de location futurs, mesurée en valeur actualisée. - Location courte: location d'une durée de 12 mois ou moins à la conclusion, en pratique exemptée de comptabilisation IFRS 16. - Bien de faible valeur: bien dont la valeur à neuf est faible (en pratique <5 000 EUR), exemption optionnelle IFRS 16.5. - Taux d'emprunt marginal: taux auquel le preneur pourrait emprunter pour financer l'acquisition du bien loué, utilisé si le taux implicite n'est pas déterminable. - Locations-financement vs locations-exploitations: distinction devenue obsolète sous IFRS 16, désormais pertinente uniquement pour comprendre les transitions et les états financiers comparatifs.

---

Recevez des conseils d'audit concrets, chaque semaine.

Pas de théorie d'examen. Juste ce qui accélère les audits.

Plus de 290 guides publiés20 outils gratuitsConçu par un auditeur en exercice

Pas de spam. Nous sommes auditeurs, pas commerciaux.