Definition

L'EFRAG ne légifère pas ; l'EFRAG conseille. La Commission européenne adopte formellement les normes. Mais en pratique, chaque norme ESRS commence à l'EFRAG, où les représentants des entreprises, des investisseurs, des professionnels de l'audit et de la comptabilité, et des régulateurs rédigent ensemble les exigences.

Fonctionnement

L'EFRAG ne légifère pas ; l'EFRAG conseille. La Commission européenne adopte formellement les normes. Mais en pratique, chaque norme ESRS commence à l'EFRAG, où les représentants des entreprises, des investisseurs, des professionnels de l'audit et de la comptabilité, et des régulateurs rédigent ensemble les exigences.
Le processus démarre par une décision politique au niveau de l'Union européenne (par exemple, « nous devons inclure un standard sur les émissions de gaz à effet de serre »). L'EFRAG forme un groupe de travail technique. Ce groupe rédige un projet de norme. Une version préliminaire est ensuite exposée publiquement pendant 120 jours. Les commentaires arrivent (plusieurs milliers). L'EFRAG révise. Une deuxième version d'exposition publique suit souvent. Révision finale. Transmission à la Commission européenne. La Commission adopte (ou demande des modifications). Publication officielle.
Cette approche signifie que contrairement aux ISA, qui sont révisées tous les 5 à 10 ans en bloc, les ESRS peuvent être mises à jour progressivement. ESRS E1 (changement climatique) a été adopté en juillet 2023. ESRS S1 (main-d'œuvre propre) en novembre 2023. ESRS G1 (gouvernance) en décembre 2023. Chaque norme se met à jour indépendamment selon sa propre trajectoire technique. Pour un auditeur, cela signifie que vous ne pouvez pas supposer qu'une version 2024 d'une norme ESRS est identique à la version 2023, même si aucune « révision majeure » n'a été annoncée.

Exemple concret : Bakker Industrial B.V.

Entité : Bakker Industrial, PME néerlandaise, 450 salariés, CA 85 M EUR, en scopes CSRD à partir de 2027.
Bakker fabrique des composants d'acier pour les équipements de construction. En 2025, la direction décide d'inclure une déclaration de durabilité dans le rapport annuel 2026 pour devancer les exigences CSRD.
Étape 1 : déterminer quelles ESRS s'appliquent.
L'équipe de direction consulte la liste de contrôle ESRS fournie par l'EFRAG. Pour une PME manufacturière, cela inclut typiquement ESRS E1 (changement climatique), E5 (ressources énergétiques), S1 (pratiques de travail), S4 (relations avec les communautés locales), G1 (gouvernance).
Note de documentation : créer une matrice de couverture des ESRS identifiant chaque norme applicable et le responsable désigné pour chaque domaine.
Étape 2 : évaluer la matérialité double.
Bakker identifie deux dimensions : impacts matériels (quels enjeux créent un risque physique ou de réputation pour notre entité) et enjeux matériels pour les parties prenantes (quels enjeux affectent les décisions des investisseurs, des employés ou des clients). Un audit interne révèle que les émissions Scope 3 (chaîne d'approvisionnement amont) représentent 72 % des émissions totales, mais que 40 % des fournisseurs ne divulguent pas leurs propres données. L'enjeu est significatif pour les investisseurs (matérialité financière) mais n'est pas couvert de manière exhaustive dans les données actuelles.
Note de documentation : créer une analyse de matérialité double à deux axes montrant l'évaluation « impact » versus « importance financière » pour chaque ESRS. Identifier les écarts de couverture.
Étape 3 : évaluer la conformité à ESRS E1 métriques spécifiques.
ESRS E1 exige le rapport des émissions Scope 1, 2 et 3 (où matérielles). Bakker ne dispose de données Scope 3 complètes que pour 60 % de la chaîne d'approvisionnement. La norme (ESRS E1.14) exige une déclaration sur la limitation de la couverture et la raison. Bakker enregistre cette limitation plutôt que de projeter les 40 % manquants.
Note de documentation : justifier la couverture déclarée par rapport à la norme avec citation de la métrique ESRS E1.14.
Conclusion : la matérialité double de Bakker est conforme à l'approche EFRAG parce qu'elle évalue à la fois l'impact sur les parties prenantes et l'impact financier, et elle respecte les limitations de couverture déclarées. Un auditeur effectuant une assurance limitée sur la déclaration vérifierait que cette logique est documentée et défendable avant de rendre un jugement.

Ce que les réviseurs et praticiens ne comprennent pas

Tier 1 : Constat institutionnel
L'AFM a déclaré dans ses recommandations de 2024 que la majorité des entités confondent « matérialité CSRD » avec « matérialité comptable ». Une matérialité comptable de 1,5 M EUR ne signifie pas qu'une entité limite son reporting de durabilité à 1,5 M EUR d'impact. La matérialité CSRD est basée sur la pertinence pour les parties prenantes (investisseurs, employés, régulateurs de l'environnement), pas sur le seuil de risque financier d'une anomalie comptable. Les deux coexistent. Les deux doivent être documentées séparément.
Tier 2 : Erreur pratique courante référencée à une norme
Les praticiens supposent souvent que l'EFRAG a publié une « version 1.0 définitive » de chaque norme ESRS et que les mises à jour mineures ne surviennent que tous les 3 à 5 ans. La réalité : la Commission européenne peut demander des modifications à un projet d'ESRS avant adoption, et l'EFRAG peut publier une version « clarifiée » d'une norme approuvée jusqu'à 12 mois après adoption (par exemple, ESRS S1 a été clarifiée en 2024). Si votre dossier d'audit cite un paragraphe d'ESRS S1 basé sur la version publiée en novembre 2023, mais que le client applique la version clarifiée de 2024, il y a une divergence. Créer un registre des versions ESRS que le client applique et des dates de transition.

Comparaison : EFRAG vs ISSB (International Sustainability Standards Board)

| Dimension | EFRAG / ESRS | ISSB / IFRS S1/S2 |
|---|---|---|
| Processus de normalisation | Consultation publique 120+ jours, groupes de travail techniques, adoption finale par la Commission européenne | Processus IFAC standard, consultation 90 jours, adoption par le conseil IFRS |
| Champ d'application | Obligatoires dans l'UE pour les entités CSRD ; utilisés par certains régulateurs mondiaux | Adoptés volontairement par certains pays (Royaume-Uni en phase-in, Australie en discussion) ; non encore obligatoires au niveau fédéral aux États-Unis |
| Matérialité | Double matérialité (impacts de l'entité ET pertinence pour les parties prenantes) | Matérialité financière uniquement (pertinence pour les décisions d'investisseurs) |
| Mise à jour | Fréquente (ESRS peut être révisée ou clarifiée 12+ mois après adoption) | Moins fréquente (révisions tous les 3+ ans en bloc) |
| Utilisation pour les auditeurs | Cadre primaire pour les assurances limitées/complètes en Europe ; obligatoire pour les auditeurs légaux des entités CSRD | Cadre international croissant en importance ; encore volontaire pour la majorité des auditeurs en dehors de certaines juridictions |
La distinction la plus critique : EFRAG produit une norme qui exige la divulgation de la double matérialité. ISSB s'en tient à la matérialité financière. Une entité qui rapporte sur les deux cadres à la fois doit clarifier pourquoi ses seuils de matérialité diffèrent.

Termes connexes

  • CSRD : le cadre légal qui rend les normes EFRAG/ESRS obligatoires pour certaines entités dans l'UE.
  • ESRS : les normes techniques élaborées par l'EFRAG. EFRAG est l'entité ; ESRS sont les produits.
  • Double matérialité : l'approche d'évaluation requise par les ESRS, comparant l'impact de l'entité avec la pertinence pour les investisseurs.
  • Assurance limitée sur la durabilité : le niveau d'assurance applicable jusqu'en octobre 2028 selon l'article 34 de la directive Audit, suivant ISSA 5000.

Recevez des conseils d'audit concrets, chaque semaine.

Pas de théorie d'examen. Juste ce qui accélère les audits.

Plus de 290 guides publiés20 outils gratuitsConçu par un auditeur en exercice

Pas de spam. Nous sommes auditeurs, pas commerciaux.