Definition

Un associé ouvre le dossier en revue, déroule le grand-livre des ventes du dernier trimestre et tombe sur 240 unités de pièces moteur facturées le jour de la livraison. Le contrat joint au dossier porte la mention « consignation ». Personne dans l'équipe n'a relevé l'incohérence. Dans les dossiers que nous voyons, c'est l'erreur la plus fréquente sur le cycle ventes-clients : tester la forme (la facture de livraison) plutôt que la substance (le transfert de contrôle au client final). Le dossier est trop léger.

Fonctionnement

Commençons par ce qui échoue. Dans un dossier sur deux que nous revoyons sur ce sujet, l'équipe a identifié l'arrangement comme un risque dans la note de planification, puis a testé la facture de livraison comme s'il s'agissait d'une vente sèche. Aucune confirmation directe du consignataire, aucune preuve de la vente au client final. Quand le constat tombe, la mention est toujours la même : insuffisance des procédures spécifiques aux articles en consignation.

La norme dit autre chose. L'ISA 315.26(a) exige que vous identifiiez le risque qu'une transaction soit comptabilisée selon sa forme plutôt que selon sa substance économique. Un contrat peut stipuler « transfert de contrôle à la livraison ». Si le fournisseur conserve les risques d'invendabilité, de prix et la responsabilité de la promotion, la substance économique est que la vente n'a pas eu lieu. L'ISA 500.6 vous oblige ensuite à concevoir des procédures qui reflètent cette réalité : confirmation directe du consignataire attestant les stocks en sa possession à la date de clôture, et preuve de la vente au client final pour les unités déstockées.

L'IFRS 15.35 à 38 cadre le concept côté entité. Le transfert de contrôle intervient au moment où le client obtient la capacité de diriger l'utilisation du bien et d'en retirer substantiellement tous les avantages. Pour une marchandise en consignation, ce moment est la vente au client final, pas la livraison au consignataire.

Reste la zone grise. Quand le consignataire est un client récurrent depuis dix ans, que le contrat de consignation est tacitement renouvelé et que les volumes sont faibles par rapport au seuil de signification, faut-il envoyer une circularisation formelle ou se contenter d'une déclaration de la direction recoupée avec le suivi extra-comptable ? Deux confrères ne s'accorderont pas sur la réponse. La nôtre : la circularisation reste l'élément probant de plus haute qualité, et son absence se justifie au cas par cas, jamais par défaut.

Exemple pratique : Distributeur Alsacien S.A.R.L.

Client : Distributeur Alsacien S.A.R.L., entreprise de distribution de pièces automobiles, année fiscale 31 décembre 2024, chiffre d'affaires 18 M EUR, rapportage IFRS 15.

Étape 1 : Identifier les arrangements en consignation existants Le fournisseur de pièces moteur a livré 240 unités à Distributeur Alsacien en octobre 2024 selon un arrangement en consignation. Coût unitaire 85 EUR, prix de vente cible 140 EUR. En décembre 2024, 160 unités ont été vendues à des ateliers de réparation. Note de travail : Obtenir le contrat d'arrangement en consignation. Identifier tous les articles en consignation, par fournisseur. Créer une liste de rapprochement : livraisons reçues, quantités vendues, soldes en stock.

Étape 2 : Concevoir des procédures de confirmation Demander au fournisseur une confirmation écrite des biens en consignation toujours détenus par Distributeur Alsacien à la clôture. Au 31 décembre 2024, 80 unités restent en stock (240 − 160 vendues). Note de travail : Obtenir et archiver la confirmation directe du fournisseur. Vérifier que la date de la confirmation est postérieure à la date de clôture mais antérieure à la date du rapport d'audit (délai d'événements ultérieurs d'environ 2 semaines). Rapprocher : 80 unités × 85 EUR = 6 800 EUR de stocks en consignation.

Étape 3 : Vérifier l'enregistrement comptable Distributeur Alsacien a enregistré en décembre 2024 une charge de 13 600 EUR (160 unités × 85 EUR) pour le coût des ventes et un produit de 22 400 EUR (160 unités × 140 EUR). Les 80 unités restantes sont enregistrées en stock au coût de 6 800 EUR, pas en produit. Note de travail : Tester l'enregistrement des ventes. Vérifier que chaque produit reconnu correspond à une confirmation écrite de vente au client final (bon de livraison signé du client final, facture du client final, ou confirmation directe du tiers). Aucune vente ne doit être enregistrée sans preuve de transfert de contrôle au client final.

Étape 4 : Évaluer le risque de comptabilisation erronée Interroger la direction sur son processus de suivi des articles en consignation. Demander si des articles en consignation ont été classiquement vendus avant la fin de l'année fiscale ou immédiatement après. Vérifier que le délai entre « demande de paiement du consignataire » et « enregistrement de la vente » ne dépasse pas le délai normal de traitement. Note de travail : Documenter le processus de contrôle interne. Par exemple : « Politique : tout article en consignation vendu au client final doit être payé par le consignataire dans les 30 jours. Aucune vente n'est enregistrée sans confirmation écrite du client final. »

Étape 5 : Traiter l'écart de comptage La confirmation du consignataire arrive le 14 janvier 2025 et indique 68 unités encore détenues, contre 80 selon le suivi extra-comptable du client. Écart : 12 unités, soit 1 020 EUR au coût (12 × 85). En valeur de vente potentielle, l'écart représente 1 680 EUR. Sous le seuil de signification de la mission (fixé à 90 000 EUR), mais pas trivial. Le client justifie l'écart par un déstockage de fin décembre non encore facturé. Aucune facture n'a été émise au 31 décembre, aucune confirmation du client final ne soutient ces 12 unités. Note de travail : Demander au client de produire les bons de livraison datés des 12 unités contestées. Si les bons sont datés de janvier 2025, l'écart est un cut-off correct (les unités étaient bien en stock au 31/12). Si les bons sont datés de décembre 2024 sans facture associée, il s'agit d'une vente non enregistrée. La résolution conditionne l'opinion sur le poste stocks et sur les ventes.

Conclusion : Les 160 unités vendues et enregistrées avec une marge brute de 55 EUR par unité (140 − 85) sont soutenues par les confirmations directes du client final et du fournisseur. Les 80 unités restantes sont enregistrées en stock au coût, pas en produit, sous réserve de la résolution de l'écart de 12 unités. L'arrangement est comptabilisé selon sa substance économique. Le dossier tient en revue.

Ce que les CAC et examinateurs comprennent mal

- Tier 1 : Constat d'inspection. La H2A a relevé que des équipes documentaient l'absence de procédures spécifiques aux articles en consignation alors même que leur existence était confirmée dans le dossier. Ce que ça signifie en pratique : l'équipe a vu le contrat de consignation, l'a noté dans la planification, puis n'a rien fait de plus que tester la facture de livraison. La conception des procédures (circularisation du consignataire attestant les articles détenus, preuve de la vente au client final) ne se délègue pas à un test de rapprochement de facture.

- Tier 2 : Erreur courante de norme. Beaucoup de CAC testent un arrangement en consignation en se contentant d'une déclaration de direction sur les stocks en consignation, sans circulariser le consignataire lui-même. L'ISA 500.A22 énonce que les confirmations externes fournissent un élément probant de meilleure qualité que les déclarations de direction. Pour les arrangements en consignation, la confirmation du consignataire (qui détient physiquement les articles) est de plus haute qualité probante qu'une déclaration interne.

- Tier 3 : Lacune de documentation. De nombreux dossiers identifient à juste titre les arrangements en consignation comme un risque d'anomalie significative mais ne documentent pas explicitement comment ce risque a été couvert par les procédures. L'absence d'un papier de travail dédié (liste d'identification, confirmations archivées, rapprochement aux états financiers) est un signal d'audit incomplet.

Pourquoi cette pratique persiste-t-elle ? La réponse est structurelle. Les volumes en consignation paraissent souvent faibles par rapport au seuil de signification, la circularisation coûte du temps de collaborateur que le budget de mission n'a pas prévu, et le réflexe est de reprendre la même approche que l'an passé (SALY) sans la requestionner. La pression budgétaire et le défaut paramétrique de l'ERP, qui comptabilise la livraison comme vente, alimentent ensemble l'écart de pratique. Corriger demande des confirmations supplémentaires que le budget ne couvre pas. C'est l'incitation perverse qui transforme un risque identifié en procédure escamotée.

Arrangements similaires

Arrangements en consignation vs. dépôt-vente

Un dépôt-vente et un arrangement en consignation sont juridiquement proches mais diffèrent dans l'intention économique. Dans un arrangement en consignation, le fournisseur conserve intentionnellement la propriété jusqu'à la vente au client final pour sécuriser son crédit (il peut reprendre les invendus). Dans un dépôt-vente, le détenteur agit davantage comme un intermédiaire de vente et ne peut généralement pas reprendre les articles. Pour l'audit, la distinction repose sur le contrôle : qui supporte le risque d'invendabilité ? La réponse détermine si la vente est enregistrée à la livraison ou à la vente au client final.

Arrangements en consignation vs. accords de retour client

Les deux arrangements reportent le transfert de contrôle, mais pour des raisons différentes. Un accord de retour client (le client peut retourner une unité vendue dans un délai donné) diffère d'un arrangement en consignation parce que le transfert de contrôle initial a déjà eu lieu. L'IFRS 15.20 à 22 régit les retours. L'ISA 500 vous oblige à évaluer si la direction a correctement appliqué ces paragraphes en obtenant une preuve de l'existence et du contenu de la politique de retour, et en testant une sélection de retours traités après la clôture pour évaluer si des retours non accrués existaient avant la clôture.

Désaccord entre confrères : circulariser ou non sous le seuil ?

Quand le volume en consignation est inférieur au seuil de signification de mise en oeuvre, la pratique se sépare. L'associé A circularise systématiquement le consignor, parce qu'un échantillon non confirmé devient un trou de procédure dès qu'un examinateur ouvre le dossier (et la H2A ouvre les dossiers à partir de la note de planification, pas du seuil). L'associé B accepte la déclaration de direction recoupée au suivi extra-comptable, parce qu'envoyer une confirmation pour 6 800 EUR sur un bilan de 18 M EUR consomme un temps de collaborateur que la mission ne facture pas et que le risque résiduel reste sous le seuil. Les deux positions tiennent. La nôtre penche pour A : un risque identifié dans la planification se couvre par une procédure tracée, sinon la note de planification devient un boomerang.

Estimer le stock en consignation au doigt mouillé n'est pas une option.

Termes associés

- Transfert de contrôle : moment auquel la propriété économique d'un bien change de propriétaire, gouverné par IFRS 15.35 à 38 - Risque d'anomalie significative : évaluation du risque qu'une assertion contenue dans les états financiers soit erronée d'une façon significative, décrite dans l'ISA 315 - Élément probant externe : preuve obtenue d'une source indépendante en dehors de l'entité (par exemple, confirmation directe d'un consignataire), définie dans l'ISA 500 - Substance économique : principe selon lequel les transactions doivent être comptabilisées selon leur réalité économique plutôt que leur forme juridique - Test de détail : procédure d'audit qui examine des transactions ou des soldes individuels en détail plutôt que de manière agrégée

Termes connexes

Vous pouvez consulter le glossaire complet pour d'autres définitions et concepts d'audit connexes.

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