Suivi des anomalies : Canada | ciferi
Le Canada applique les Normes d'audit du Canada (NAC), qui sont alignées sur les Normes internationales d'audit (ISA) sans modifications...
Contexte réglementaire
Le Canada applique les Normes d'audit du Canada (NAC), qui sont alignées sur les Normes internationales d'audit (ISA) sans modifications substantielles. La NEP 450 (Évaluation des anomalies identifiées lors de l'audit) s'applique de la même manière qu'en France, mais le contexte de conformité canadien comprend des considérations spécifiques liées aux normes comptables canadiennes (NCCC), à la réglementation des valeurs mobilières au niveau provincial et aux exigences des organismes de réglementation bancaire.
Les auditeurs canadiens travaillent dans une structure réglementaire double. Au niveau fédéral, le Conseil canadien des normes d'audit (CCNA) émet les normes. Au niveau provincial, les ordres professionnels provinciaux (par exemple, l'Ordre des comptables agréés de l'Ontario, CPA Ontario) supervisent l'exercice de la profession comptable. Pour les sociétés ouvertes, les autorités provinciales en valeurs mobilières (par exemple, l'Autorité des marchés financiers du Québec) imposent des exigences supplémentaires.
Structure du suivi des anomalies dans le contexte canadien
La NEP 450.5 vous oblige à accumuler toutes les anomalies identifiées au cours de l'audit, sauf celles qui sont clairement triviales. Une anomalie clairement triviale au Canada ne dépasse pas le seuil de trivialité que vous avez établi selon la NAC 450.A2. La plupart des cabinets canadiens fixent ce seuil entre 1 % et 5 % de la matérialité globale, comme dans d'autres juridictions. Cependant, le contexte canadien introduit des considérations particulières:
Pour les entités qui préparez des états financiers selon les NCCC (pas les IFRS), votre calendrier d'anomalies doit refléter les traitements comptables selon les NCCC. Le NCCC a des règles de reconnaissance et de mesure différentes de l'IFRS dans plusieurs domaines (par exemple, les provisions, les déroulements de contrats de location, les déroulements de dépréciation). Une anomalie selon l'IFRS n'est pas nécessairement une anomalie selon les NCCC et vice versa.
Pour les entités soumises à la réglementation bancaire, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) impose des exigences de divulgation et de mesure supplémentaires qui interagissent avec l'évaluation des anomalies. Une anomalie qui ne changerait pas les ratios de solvabilité ne serait peut-être pas significative dans un contexte autre que bancaire, mais pour une institution financière, elle pourrait être significative d'un point de vue réglementaire.
Trois catégories d'anomalies que vous devez suivre séparément
Les anomalies factuelles sont des erreurs où il n'y a aucun doute. Un montant comptabilisé deux fois, une facture enregistrée dans le mauvais mois, une allocation inexacte de coût. Vous les enregistrez tel qu'elles se présentent.
Les anomalies de jugement découlent des différences dans les estimations que la direction a effectuées et que vous jugez déraisonnables, ou des choix de politique comptable que vous jugez inappropriés. La réserve de provisions pour créances douteuses est trop basse. La durée d'amortissement choisie est manifestement courte pour le type d'immobilisation. Ces anomalies vous obligent à exercer votre jugement auditif et à les enregistrer comme telles.
Les anomalies projetées sont votre meilleure estimation des anomalies dans une population, extrapolée à partir des résultats de l'échantillonnage. Vous testez un échantillon de 100 factures de ventes sur une population de 8 000 et découvrez deux erreurs de prix. L'anomalie projetée est votre extrapolation de ce taux d'erreur à travers la population entière, y compris une composante pour le risque d'échantillonnage.
Chaque catégorie reçoit un traitement différent lorsque vous évaluez votre effet agrégé. La NEP 450.11 exige que vous examiniez à la fois l'ampleur et la nature des anomalies non corrigées. Une anomalie projetée basée sur un petit échantillon porte un risque d'échantillonnage plus élevé qu'une anomalie factuellement connue.
Seuil de trivialité et application
Vous devez établir un seuil de trivialité clairement trivial au moment de la planification et l'appliquer régulièrement. La NEP 450.A2 exige que ce seuil soit « d'un ordre de grandeur clairement différent et plus petit » que la matérialité globale. Cela signifie que vous ne pouvez pas fixer un seuil qui est juste un peu plus petit que celui-ci ; il doit être manifestement insignifiant pour tout utilisateur raisonnable des états financiers.
Pour une entité canadienne de taille moyenne avec un chiffre d'affaires d'environ 50 millions de dollars canadiens et une matérialité globale fixée à 750 000 dollars canadiens, un seuil de trivialité clairement trivial entre 25 000 et 40 000 dollars canadiens est typique. Pour une entité plus petite avec une matérialité de 200 000 dollars canadiens, un seuil entre 6 000 et 10 000 dollars canadiens serait approprié.
Une fois que vous avez établi ce seuil, appliquez-le uniformément. Si une anomalie tombe en dessous, marquez-la comme étant en dessous du seuil, mais ne l'incluez pas dans votre calendrier d'accumulation. Si elle dépasse, accumulez-la. Les résultats d'examens de qualité montrent que les auditeurs ne parviennent souvent pas à appliquer ce seuil régulièrement. Certaines anomalies en dessous de la limite ne sont pas incluses tandis que d'autres au-dessus sont exclues sans justification documentée. Votre suivi doit être cohérent.
Accumulation et évaluation des anomalies projetées
La partie la plus techniquement exigeante du suivi des anomalies concerne les anomalies projetées. Lorsque vous effectuez un échantillonnage sur une classe de transactions ou un solde de compte, vous découvrez souvent des erreurs. La NAC 530.14 vous oblige à extrapoler ces erreurs à travers la population non testée. Cette extrapolation devient une anomalie projetée selon la NEP 450.A3.
Considérez cet exemple concret. Vous effectuez un audit d'une entreprise manufacturière canadienne, Usinages Laurentiens S.A.R.L., basée à Montréal. L'entité tient un grand-livre des matières premières contenant 3 200 articles. Vous testez un échantillon aléatoire stratifié de 120 articles (divisés en trois strates par valeur). Dans la strate 1 (articles de grande valeur), tous les articles ont été testés individuellement. Dans la strate 2 (valeur moyenne), vous avez testé 50 articles et découvert une erreur de prix où le coût standard enregistré était de 15 % supérieur au coût réel documenté. Dans la strate 3 (petite valeur), vous avez testé 35 articles et découvert deux erreurs de prix.
Pour la strate 1, vous documentez les articles testés et les montants. Aucune erreur.
Pour la strate 2, vous avez découvert 1 erreur sur 50 articles testés. La population non testée dans cette strate contient 950 articles (1 000 articles moins 50 testés). Votre taux d'erreur de 1/50 = 2 %. Vous estimez que 2 % de 950 articles contiennent une erreur. Cela vous donne une anomalie projetée de 19 articles environ (950 × 0,02). La valeur moyenne de chaque article affecté est d'environ 2 400 dollars canadiens. L'anomalie projetée est d'environ 45 600 dollars canadiens. Vous documentez également une composante du risque d'échantillonnage. Pour une confiance de 95 % et un taux d'anomalies acceptables de 5 %, votre limite supérieure du taux d'anomalies est d'environ 6 %. L'anomalie projetée supérieure devient 6 % × 950 × 2 400 = 136 800 dollars canadiens. Vous enregistrez l'anomalie projetée la mieux estimée (45 600 dollars canadiens) et documentez le risque d'échantillonnage.
Pour la strate 3, vous avez découvert 2 erreurs sur 35 articles testés. Le taux d'erreur est de 2/35 = 5,7 %. La population non testée contient 2 215 articles (2 250 moins 35 testés). L'anomalie projetée mieux estimée est 5,7 % × 2 215 × 180 dollars canadiens (valeur moyenne) = 22 790 dollars canadiens.
Chacune de ces anomalies projetées de strate est documentée séparément sur votre calendrier. Vous ne fusionnez pas simplement les trois pour obtenir une anomalie projetée globale. La raison : la NEP 450.A18 vous oblige à considérer si les anomalies non corrigées partagent des caractéristiques communes qui suggèrent que d'autres anomalies non détectées pourraient exister. Une tendance d'erreurs de prix à la hausse dans la strate 2 mais à la baisse dans la strate 3 est un signal différent qu'un mélange d'erreurs et de compensations. En gardant les strates séparées, vous conservez ce signal.
Évaluation qualitative des anomalies non corrigées
La NEP 450.11 exige que vous déterminiez si les anomalies non corrigées sont significatives, individuellement ou en agrégat. Cela signifie à la fois une évaluation quantitative (comparer l'agrégat à la matérialité globale) et une évaluation qualitative (considérer la nature, la cause et la direction).
L'évaluation qualitative doit couvrir:
Documentez cette évaluation. La plupart des ordres provinciaux et les examens de qualité constatent que les auditeurs canadiens omettent souvent une évaluation qualitative ou la réduisent à une déclaration générique selon laquelle « l'anomalie n'affecte pas la présentation fidèle ». Cela ne suffit pas. Votre conclusion doit être raisonnée et contextuelle.
- Affectent-elles les éléments de performance clés dont parle la direction dans ses communications aux actionnaires ou aux autorités de réglementation? Si un ratio de liquidité est contractuel selon un contrat de prêt et qu'une anomalie non corrigée changerait le calcul, elle est qualitativement significative même si elle est en dessous de la matérialité quantitative.
- Affectent-elles la conformité à la réglementation? Pour une entité bancaire, une anomalie affectant les ratios de solvabilité réglementaires est qualitativement significative. Pour une entité soumise à des restrictions contractuelles sur les ratios d'endettement, une anomalie qui viole cette restriction est significative.
- Indiquent-elles une tendance ou un modèle qui suggère que d'autres anomalies non détectées pourraient exister? Trois erreurs de survaluation successive à la clôture, toutes en direction ascendante, suggèrent un risque. Une anomalie isolée ne le ferait pas.
- Que se passerait-il si la direction corrigeait l'anomalie? Les résultats rapportés s'amélioreraient-ils ou s'aggraver-ils-ils? Y aurait-il un impact sur les tendances d'année en année?
Communication avec les responsables de la gouvernance
La NEP 450.12 exige que vous communiquiez les anomalies non corrigées et l'effet qu'elles pourraient avoir sur l'opinion d'audit. Cette communication doit identifier chaque anomalie significative individuellement. Vous ne pouvez pas regrouper les anomalies en un seul montant net. Les responsables de la gouvernance (généralement le comité de vérification ou le conseil d'administration) ont besoin de voir chaque élément pour prendre une décision éclairée sur la correction.
Pour les entités canadiennes assujetties à la réglementation des valeurs mobilières, les autorités en valeurs mobilières provinciales attendent également une documentation de cette communication. Dans certaines provinces, vous devez fournir une déclaration confirmant que vous avez soulevé les anomalies significatives avec les responsables de la gouvernance et que vous avez documenté leur réaction.
Demandez à la direction et, le cas échéant, aux responsables de la gouvernance, une représentation écrite confirmant qu'ils considèrent que les anomalies non corrigées sont insignifiantes. Inclure un résumé des anomalies dans ou en annexe à la représentation écrite. Si la direction ou le conseil refuse de corriger une anomalie, documentez les raisons données et prenez-les en compte dans votre évaluation globale du risque de présentation inexacte significative.
Obligations de documentation
La NEP 450.15 exige que vous documentiez:
Cela signifie un calendrier d'anomalies complet, une évaluation écrite et documentée, et un lien clair entre votre calendrier d'anomalies et votre mémorandum d'achèvement d'audit ou votre rapport d'audit.
- Le montant en dessous duquel les anomalies seraient considérées comme clairement triviales.
- Toutes les anomalies accumulées au cours de l'audit et si elles ont été corrigées.
- Votre conclusion quant à savoir si les anomalies non corrigées sont significatives, individuellement ou en agrégat, et le fondement de cette conclusion.
Reconsidération de la matérialité au stade de l'achèvement
La NEP 450.10 vous oblige à réévaluer la matérialité fixée selon la NEP 320 avant d'évaluer l'effet des anomalies non corrigées. Si vous deveniez conscient d'une information au cours de l'audit qui aurait causé une fixation d'une matérialité différente initialement, vous devez ajuster.
Exemple: vous avez fixé la matérialité à 750 000 dollars canadiens basée sur les résultats prévus. Au cours de l'audit, vous constatez que le chiffre d'affaires a chuté de 8 % par rapport aux prévisions. À la clôture, vous apprenez que le chiffre d'affaires réel sera 15 % inférieur aux prévisions. Basée sur ce résultat réel, votre calcul de matérialité indique une matérialité révisée de 500 000 dollars canadiens. Vous devez réévaluer si les anomalies précédemment accumulées restent en dessous de ce seuil révisé et plus bas.
Considérations spécifiques à la juridiction canadienne
Pour les entités canadiennes qui se préparent à des états financiers selon les NCCC, votre calendrier d'anomalies reflète les traitements selon les NCCC. La NCCC a des positions différentes sur plusieurs questions. Par exemple, la NCCC Section 3070 sur les pensions exige différentes reconnaissances et mesures par rapport à l'IFRS 19. Une différence d'estimation de passif au titre des pensions qui est raisonnable selon la NCCC mais non documentée peut être une anomalie de jugement.
Pour les entités assujetties à la supervision du BSIF, votre évaluation doit tenir compte des rapports réglementaires requis. Une anomalie qui affecte les rapports de solvabilité mais pas les états financiers d'usage général doit être documentée de façon à faire ressortir cet effet.
Pour les sociétés ouvertes au Canada, le régime de divulgation suppose que les responsables de la gouvernance sont vigilants. Votre communication d'anomalies doit être suffisamment détaillée pour permettre au comité de vérification d'exercer sa responsabilité de supervision.
Pratique courante : erreurs et constats
Les examens de qualité des ordres provinciaux canadiens ont identifié des constats récurrents concernant la NEP 450:
Les auditeurs ne projettent pas les erreurs connues de la population non testée. Ils enregistrent uniquement les erreurs trouvées dans l'échantillon sur le calendrier des anomalies.
L'évaluation qualitative des anomalies non corrigées est absente ou réduite à une déclaration générique.
Les équipes d'audit ne réévaluent pas la matérialité ou n'étendent pas les procédures d'audit lorsque les anomalies accumulées dépassent le niveau anticipé dans la stratégie d'audit.
La communication aux responsables de la gouvernance ne ventile pas les anomalies non corrigées par éléments individuels, présentant plutôt un seul montant net.
Le seuil clairement trivial est établi mais ne s'applique pas régulièrement.
La documentation du calendrier ne lie pas clairement à la mémorisation d'achèvement ou à la décision de rapport.
Chacun de ces constats représente un écart par rapport à la NEP 450. Utilisez cet outil pour être certain de couvrir chaque exigence de façon documentée et transparente.
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