Comment cela fonctionne

L'EBITDA commence avec le résultat net et remonte jusqu'au résultat d'exploitation pur en supprimant quatre éléments : les intérêts, l'impôt sur les sociétés, les amortissements et les dépréciations. IAS 1.10 exige que les entités présentent un état du résultat global montrant au minimum les agrégats prescrits. Si une entité présente l'EBITDA en supplément de ces agrégats, elle doit respecter deux exigences fondamentales : le calcul doit être transparent et reproductible, et la réconciliation vers le résultat net (ou vers le résultat d'exploitation conforme aux normes) doit être fournie.
IAS 8.5 exige que les entités appliquent des politiques comptables cohérentes d'une période à l'autre. Cela s'applique aussi aux mesures non-conformes aux normes. Si l'EBITDA ajusté inclut des éléments exceptionnels, ces ajustements doivent être documentés, justifiés et appliqués de manière cohérente. La dépréciations d'immobilisations ne doit pas être arbitrairement incluse ou exclue d'une année sur l'autre selon le résultat souhaité.
Sur le plan de l'audit, votre rôle est de vérifier que :

  • Le calcul de l'EBITDA est arithmétiquement correct et basé sur des montants du bilan ou du compte de résultat.
  • Si des ajustements sont appliqués (éléments exceptionnels, frais de restructuration, gains de change), ils sont documentés et justifiés dans les notes.
  • La réconciliation de l'EBITDA au résultat net est présentée et vérifiable.

Exemple pratique : Groupe Mercier SAS

Entité : Groupe Mercier SAS, fabricant français de composants électroniques, exercice 2024, chiffre d'affaires 78 M EUR, IFRS complet.
Étape 1 : Extraction des données du compte de résultat IFRS
Note de documentation : extraire les montants directement de l'annexe aux états financiers. ISA 500 exige que les éléments probants proviennent de documents d'origine.
Étape 2 : Calcul de l'EBITDA brut
Note de documentation : préparer un tableau de rapprochement dans le classeur d'audit. Chaque ligne doit être tracée au compte de résultat consolidé ou à l'annexe.
Étape 3 : Évaluation des ajustements exceptionnels
La direction a signalé une charge ponctuelle de restructuration de 0,9 M EUR (prévisions de fermeture d'usine). La question est : cet élément doit-il être inclus ou exclu de l'EBITDA ?
Selon IAS 8.5, les éléments exceptionnels ne sont pas définis par IFRS. La direction doit documenter sa politique d'ajustements et la justifier chaque année. Dans ce cas, la charge est comptabilisée dans les charges d'exploitation (elle réduit déjà le résultat net). L'inclure dans l'EBITDA ou l'en exclure dépend de la politique de présentation de l'entité.
Note de documentation : obtenir de la direction une lettre confirmant la définition de « EBITDA ajusté » utilisée et sa cohérence avec l'année précédente. ISA 580 (représentations écrites) s'applique.
Étape 4 : Vérification de la réconciliation publiquement présentée
Groupe Mercier a publié dans son rapport de gestion : « EBITDA 2024 : 16,8 M EUR ». Ce montant diffère de vos deux calculs (16,1 ou 17,0). Enquête auprès de la direction : elle a également inclus les gains de change non réalisés de 0,7 M EUR. Cela est incohérent avec la définition de l'EBITDA (qui n'inclut généralement pas les gains de change).
Note de documentation : demander à la direction d'amender le rapport de gestion ou d'expliquer clairement pourquoi cette non-conformité est intentionnelle. ISA 240 s'applique si l'écart suggère une distorsion délibérée.
Conclusion : L'EBITDA de 16,1 M EUR (sans ajustement) est arithmétiquement correct et réconciliable. Si la direction souhaite présenter un EBITDA ajusté, la politique et les ajustements doivent être documentés et appliqués de manière cohérente. Une réconciliation claire vers le résultat net IFRS doit être fournie dans les notes.

  • Résultat net (part du groupe) : 8,2 M EUR
  • Charge d'impôt sur les sociétés : 2,8 M EUR
  • Charge financière nette : 1,4 M EUR
  • Amortissements (immobilisations corporelles) : 3,1 M EUR
  • Dépréciations (immobilisations incorporelles) : 0,6 M EUR
  • Résultat net : 8,2 M EUR
  • Plus : impôt sur les sociétés : + 2,8 M EUR
  • Plus : charge financière nette : + 1,4 M EUR
  • Plus : amortissements : + 3,1 M EUR
  • Plus : dépréciations : + 0,6 M EUR
  • EBITDA brut : 16,1 M EUR
  • Si exclue : EBITDA ajusté = 16,1 + 0,9 = 17,0 M EUR

Ce que les auditeurs et examinateurs confondent

  • Erreur courante (Tier 1) : Les auditeurs acceptent un EBITDA présenté par la direction sans vérifier que tous les éléments (y compris les dépréciations et les gains/pertes exceptionnels) ont été ajoutés ou soustraits de manière cohérente avec la politique déclarée. Les constats d'inspection de la FRC montrent que les entreprises appliquent différentes définitions de l'EBITDA selon qu'elles communiquent aux investisseurs ou aux créanciers.
  • Erreur courante (Tier 2) : Inclure ou exclure les intérêts de capitaux propres, les charges de location-financement (IFRS 16) ou les éléments non monétaires de manière ad hoc. IAS 1.10 n'impose pas une présentation standardisée de l'EBITDA. Si une entité le présente, l'auditeur doit vérifier que la politique reflète une compréhension cohérente de ce que « opérationnel » signifie.
  • Erreur courante (Tier 3) : Négliger la nécessité d'une réconciliation publiée. Si l'EBITDA est évoqué dans les états financiers, le rapport de gestion ou un communiqué de presse, une réconciliation vers un agrégat conforme aux normes (résultat net, résultat d'exploitation) doit être fournie dans les notes. Beaucoup d'entités omettent cette réconciliation.

Mesures connexes et comparaisons

EBITDA vs EBIT : L'EBIT (résultat avant intérêts et impôts, ou résultat opérationnel conforme aux normes) inclut les amortissements et les dépréciations. L'EBITDA les exclut. L'EBIT est plus proche d'un agrégat standard (il exclut seulement les intérêts et l'impôt). L'EBITDA est une mesure non-conforme construite par l'entité et peut inclure des ajustements discrétionnaires.
EBITDA vs Flux de trésorerie opérationnel : L'EBITDA est un indicateur comptable de performance avant financements. Le flux de trésorerie opérationnel (déclaré en vertu d'IAS 7) est le montant de trésorerie généré par les activités d'exploitation, après variations du fonds de roulement. Une entité peut avoir un EBITDA fort mais un flux de trésorerie faible si elle accumule des créances clients ou des stocks. L'auditeur doit comprendre cette distinction pour évaluer les affirmations de la direction concernant la « rentabilité » versus la « liquidité ».

Où l'erreur se manifeste sur un engagement

Une PME manufacturière déclare un EBITDA de 5 M EUR dans son rapport de gestion. Votre examen montre que :
Selon IAS 8.5, cette entité n'a pas appliqué une politique comptable cohérente. Vous devez demander à la direction d'amender le rapport de gestion et d'inclure une réconciliation clarifiée. Si elle refuse, c'est un constat d'audit pouvant donner lieu à une réserve.

  • La définition inclut les gains de change non réalisés (+250 k EUR).
  • Les frais de restructuration (–300 k EUR) en sont exclus, contrairement à l'année précédente où ils étaient inclus.
  • Aucune réconciliation n'est fournie dans les notes.

Termes connexes

Résultat opérationnel: Le résultat d'exploitation avant intérêts et impôts, mesuré selon IAS 1. Contrairement à l'EBITDA, il inclut les amortissements.
Résultat net: Le bénéfice final après tous les éléments (exploitation, financement, impôts). C'est l'agrégat de base vers lequel l'EBITDA doit être réconcilié.
Charge d'impôt différé: La provision pour impôt futur, mesuré selon IAS 12. L'EBITDA l'exclut à titre de non-opérationnel.
Flux de trésorerie opérationnel: La trésorerie générée par les activités d'exploitation, mesuré selon IAS 7. Contrairement à l'EBITDA (mesure accrual), il reflète les mouvements de trésorerie réels.
Mesures non-conformes aux normes: Tout indicateur de performance non défini par IFRS. L'EBITDA en est l'exemple classique. Les autres incluent l'« EBITDA ajusté », le « flux de trésorerie libre » et le « rendement du capital investi ».
Amortissements et dépréciations: Les charges sans décaissement pour l'usure d'immobilisations corporelles (amortissements) et incorporelles (dépréciations). L'EBITDA les exclut.
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